L'ABBÉ NICOLAS ALAIDON ET SON JOURNAL XXXIII
verve critique de Tabbé Baston^; son journal ne ressemble en rien à celui de François Delestre-, qui nous parle d'histoire générale beaucoup plus que de lui-même. Le récit de l'abbé Alaidon, c'est la lutte pour la vie dans toute son intensité, avec ses duretés, ses privations, ses incertitudes et aussi les rares et fugitives joies d'une généreuse hospitalité : « Une pareille réception, écrit-il après un séjour de deux jours et demi dans l'abbaye de Novecelle en Saxe, nous fit oublier tous nos maux. Nous admirions l'aimable providence qui savait si bien les adoucir^. » Mais c'étaient de courtes trêves après lesquelles la tourmente emportait de nouveau ses victimes sur les routes inconnues. Quelque doux que leur fût le repos et pénible la reprise de la lutte, ils ne prolongeaient pas outre mesure les douceurs de l'hospitalité et résistaient même aux instances de leurs hôtes pour « ne pas abuser des bontés » de peur de « gêner » et « d'être à charge » et aussi afin de « ménager les bonnes dispositions pour ceux de nos confrères qui viendraient après nous* ».
On dirait que les privations, la difficulté de vivre et la crainte de n'y pas réussir aient rendu l'abbé Alaidon quelque peu gourmand. Du moins les repas occupent une trop grande place dans son journal. Pauvres gens! N'en sont-ils pas bien excusables I N'était-ce pas pour eux une nécessité de