Après la bataille de Yaliiiy (14 octobre
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chemins affreux, dans la boue jusqu'à mi-jambes, et avec cela porter le sac. J'avais acheté à Verdun un sac de nuit dans lequel je mis tout ce que j'avais de linges et autres effets nécessaires. J'essayai si je pourrais soutenir cette charge sur mon dos, mais je sentis bien que je ne pourrais pas la porter pendant un quart de lieue.
Dieu vint à mon secours : j'appris qu'il y avait au poids de la ville deux voitures de fromage qui retournaient à vide au lieu oii nous allions. J'allai trouver les voituriers avec quelques-uns de mes confrères; nous fîmes prix avec eux pour nous rendre nos sacs à Arlon; nous les leur confiâmes après que j'eus tiré du mien seulement une chemise, une coiffe de nuit, un mouchoir, une paire de chaussons et mon rasoir. Ainsi allégé, je partis avec deux ou trois. Les chemins étaient abominables, et d'ailleurs souvent nous étions arrêtés par le train de l'armée, éclaboussés par les chevaux. Enfin nous vînmes coucher à Etain. Là, j'avais une fille de ma paroisse que j'avais élevée, qui était sœur d'école *. Je proposai à mon compagnon de voyage d'aller voir si, du con-
1. L'école d'Etain avait été fondée en 1779 et elle était tenue par les sœurs Vateloltes ou de la Doctrine chrétienne, dont il sera parlé plus loin. (Voir plus loin, p. 64, note 1.) Les premières sœurs arrivèrent le 25 mars 1779. (E. Marin, Mougenot, Introduction, p. xxv.)
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sentement de ses consœurs, elle pourrait nous loger. Nous en fûmes fort bien reçus; elles se mirent aux petits soins ù notre égard, nous donnèrent bon souper et bon lit, et cela nous remit de nos fatigues. Le lendemain, après avoir déjeuné, je demandai à cette sœur si elle connaissait quelqu'un dans la ville qui pourrait, sur mon billet, me prêter quatre louis, car lorsque j'étais parti de notre ville je n'en avais voulu prendre que six sur moi; elle me dit qu'elle ferait mon afîaire. En effet, elle m'apporta aussitôt ces quatre louis. Je lui laissai mon billet et lui dis qu'elle le donnerait à mes sœurs, quand elle irait au pays, et qu'elles l'acquitteraient. Je lui donnai ensuite mes avis, et la recommandai à ses anciennes; puis nous partîmes et nous fîmes une terrible journée.
Toujours au milieu des bagages de l'armée, nous fîmes environ trois lieues dans la matinée, et c'est tout ce que nous pûmes faire à raison des mauvais chemins et des embarras. Nous voulûmes nous reposer dans un village, mais nous ne trouvâmes ni à loger ni à manger. Nous nous rabattîmes cependant chez un pauvre homme dont la femme allait mettre le pain au four. Nous la priâmes de nous y jeter un morceau de pâte qu'elle fit cuire à moitié. Ce fut là tout notre
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dîner, avec un peu d'eau-de-vie qu'un étranger, qui se trouva là avec nous, nous fit prendre. Cela ne nous suffit guère; aussi, le reste de la route, jusqu'à LonguionS j'étais faible et j'avais beaucoup de peine à avancer. Nous y arrivâmes cependant entre cinq et six heures du soir, fort épuisés. Nous battîmes une partie de la ville; nous frappâmes à plusieurs portes; tout était si plein qu'on ne pouvait nous loger.
1. Longuyon est une petite ville du département de Meurtheet-Moselle. Elle était le siège d'un archidiaconé du diocèse de Trêves et possédait une collégiale.