De l'année
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l'annoncer à votre compagnon. — Je me charge de tout, lui (lis-je; et combien vous donnerai-je par mois? — .le ne vous demanderai rien, répliqua-t-il ; vous donnerez "seulement quelque chose à la servante. » Je le remerciai beaucoup de sa charité, et lui dis qu'il était bien juste de donner quelque chose à cette pauvre fille; que je ne manquerais pas de me conformer à ses intentions.
Mon compagnon rentra et nous parlâmes d'autre chose; peu après on servit le souper qui fut fort gai ; et, l'heure de nous retirer venue, nous saluâmes notre bon curé et nous nous retirâmes dans notre chambre. A peine y étions-nous que mon compagnon me dit : « Avez-vous parlé au curé? — Oui, lui dis-je. — Et à quoi se décidet-il? — Il se décide à en prendre un de nous deux. — Et lequel? — Devinez, lui dis-je. — C'est vous, me répondit-il. — Eh bien, oui ! je n'osais presque pas vous le dire. — J'en suis bien aise, continua-t-il, et moi je tâcherai de trouver une pension dans le village afin de ne point nous séparer. »
Nous fimes donc la fête à Rambrouck, qui est un village à trois petites lieues d'Arlon. Le lendemain de la fête, je demandai à M. le curé s'il était toujours dans les mêmes dispositions, et si
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je pouvais aller chercher le petit nouveau paquet que je m'étais amassé depuis la perte du premier; et, m'ayant répondu que oui, nous partîmes, mon compagnon et moi, pour retourner à Esch. J'y fis mes adieux et mes remerciements, payai mes petites dettes et je revins à Rambrouck trois ou quatre jours après *. Mon pauvre compagnon avait le cœur bien gros. Il me dit qu'il viendrait dans peu me voir et qu'il ferait tout son possible pour venir loger dans ce village. Mais Dieu ne permit pas qu'il trouvât de logement convenable, et il resta à Esch.
Me voilà donc à Rambrouck chez mon bon curé, qui me donna bonne chambre, bon lit, bonne nourriture, tout près de l'église, jouissant enfin de tout ce que je pouvais désirer. J'y avais aussi des livres pour m'occuper. La seule chose qui me manquait était de n'être pas dans ma paroisse. Quelle providence admirable! Pour comble d'agrément, ce bon curé parlait bien français, en sorte que nous pouvions aisément converser ensemble. Quand il allait voir ses amis voisins, il me proposait d'aller avec lui, mais il me laissait parfaitement ma liberté. J'y ai été quelquefois, et ces Messieurs me recevaient tous
!. Fin d'août 1793.
avec bonté. D'ailleurs, mon curé était aimé et respecté et n'allait pas souvent les A^siter, en sorte que c'était toujours une espèce de fête quand nous allions quelque part. Il était très exact à ses devoirs, prêchait, confessait assiduement. Il ne découchait jamais pour son plaisir et était fort sobre. C'était, en un mot, un homme tel qu'il m'en fallait un. Mon Dieu, je vous bénis et vous remercie de me l'avoir donné.
Tandis que j'étais là, j'allais tous les jours un peu prendre l'air, et ma promenade ordinaire était un bois charmant qui était tout près du village. Comme il fallait un peu monter pour y aller j'avais une très belle vue. Je voyais non seulement Arlon et tous ses alentours, mais je voyais même jusqu'à Longwy. Je vous priais, ô mon Dieu, de nous en ouvrir les portes et celles de toute la France ; mais. Seigneur, mes prières n'étaient pas dignes d'être exaucées et de désarmer votre colère.
Je fis aussi connaissance d'un des amis et confrères de mon bon curé. Comme celui-ci était estropié et ne pouvait pas se tenir longtemps debout à l'autel, il m'invitait les jours de grande fête à aller faire son office, ce qui me comblait de joie. Je chantais la messe et les vêpres: il me semblait encore être dans ma paroisse. J'ai eu
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ce bonheur aux fêtes de Noël', de l'Epiphanie ^ pendant le carême et la semaine sainte et aux fêtes de Pâques^; ce curé me donnait à dîner et l'honoraire de mes messes, lorsque j'y allais. J'avais beaucoup de peine pour y aller, mais je l'endurais volontiers pour le plaisir que j'avais à faire encore quelqu'une de mes fonctions.
J'allais de temps en temps à Esch voir mon compagnon et les gens qui m'avaient fait du bien. Ils me voyaient toujours avec plaisir. Mon petit marchand me gardait toujours sa chambre gratis et c'était chez lui que je couchais. Mon compagnon venait aussi de temps en temps nous visiter et mon bon curé le recevait également bien.
J'avais demeuré à peu près onze mois à Esch * ; j'en passai environ autant à Rambrouck^, oîi je fus tranquille jusqu'aux environs de Pâques 1794. Pendant le carême qui précéda nous eûmes de temps en temps des alertes. Les patriotes étaient rassemblés du côté de Longwy et faisaient mine de vouloir s'emparer d'Arlon. Enfin ils prirent cette ville le jour du jeudi sainte J'étais alors