‹ Journal d'un prêtre Lorrain, pendant la Révolution (1791-1799);Chapitre 57 sur 148 · Le 17 avril · texte numérisé non relu

Le 17 avril

occupé chez l'ami de mon curé. Nous souffrîmes beaucoup ces jours-là. Enfin, le saint jour de Pâques, voj^ant que les crises devenaient plus fréquentes et plus sérieuses, je revins à liambrouck.

Comme nous étions à dîner, on vint nous dire que les Français n'étaient qu'à une lieue de nous. Je pliai vite ma serviette et dis à mon bon curé que je partais. Je partis en effet sur-le-champ et j'allai chez un autre curé à une lieue de Rambrouck, où demeurait un curé du diocèse de Langres avec qui j'avais fait connaissance déjà depuis longtemps. On craignait déjà là et j'augmentai encore la crainte. Cependant quelqu'un nous rassura en nous disant que c'étaient seulement deux ou trois Français qui étaient venus si près de nous chercher quelque contribution. i^]n conséquence, je pris le parti de revenir chez mon curé; j'y passai la semaine de Pâques et quelque temps ajircs j'allai me réfugier à Esch pendant huit jours. Ce curé de Langres mon voisin y vint avec moi; au bout de quatre jours il voulut retourner chez son curé; je lui recommandai de nous donner des nouvelles, et il tint parole.

Lorsque je sortis de Rambronck ces dvux premières fois, le village, les bois étaient j)kMns de

SÉJOUR A RAMBROUCK 83

gens, d'animaux, de voitures. C'étaient des pauvres gens qui, par la crainte des patriotes, se sauvaient et emmenaient avec eux leurs enfants, leurs bestiaux, et ce qui leur était le plus nécessaire. Ils couchaient dans les bois, exposés à toutes les injures du temps.

Malgré ce spectacle si déchirant, je revins encore. J'aurais bien désiré me clouer à Rambrouck. J'y restai encore quelque temps; mais, étant continuellement en danger d'être surpris pendant la nuit, cela me fatiguait beaucoup ; mon curé craignait de son côté. On lui fit entendre que les Français lui feraient beaucoup de mal parce qu'il m'avait réfugié chez lui. Il avait tant de bonté qu'il n'osait ni me le dire ni me le témoigner. L'ayant appris d'ailleurs, je me décidai à le mettre à son aise et à le débarrasser de moi. Je vis mon curé de Langres; je lui proposai de nous éloigner l'un et l'autre et d'aller jusqu'à Cologne. Après quelques réflexions, il y consentit. Nous prîmes jour, et nous pensâmes à faire nos paquets. J'avais déjà trop à porter, quoique j'eusse perdu mon premier paquet. Je pris donc ce qui me parut le plus nécessaire et je laissai au moins la moitié de mon petit butin. J'avais prévenu mon bon curé de notre résolution et il me dit que nous faisions prudemment. Un autre curé du diocèse de Trêves,

mais dont la paroisse était du côté de LongAvy, ayant appris que nous étions sur le point de partir , demanda de venir avec nous. « Bien volontiers, lui dîmes-nous, nous partons tel jour. »

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