‹ Journal d'un prêtre Lorrain, pendant la Révolution (1791-1799);Chapitre 64 sur 148 · De l'année · texte numérisé non relu

De l'année

128 UN PRETRE LORRAIX PE.\DAyT LA REVOLUTION

purent pour m'engager à ne pas tant me presser; mais je résistai à leurs instances. J'allai remercier aussi mes autres hôtes qui tâchèrent aussi de me détourner de partir. Les RR. PP. Jésuites en firent autant, mais je tins ferme. J'avais un habit noir qu'on m'avait donné depuis peu et d'autres effets que je ne voulais pas emporter. L'épouse de mon hôte boulanger me déchargea de tout cela et me le paya bien plus que je ne l'aurais vendu. Quand je voulus sortir de cette maison, ils se mirent tous à pleurer et je ne pus molmême retenir mes larmes, voyant la tendresse et l'affection que ces bonnes gens avaient pour moi. Il en fut à peu près de môme de la part des autres hôtes. Celui qui me logeait voulut me porter mon paquet lorsque je sortis de chez lui, et, lorsque je l'embrassai en le quittant, il se mit à pleurer et s'en retourna en essuyant ses larmes.

en API THE XIV

DE WARENDORF A EICHSTiETT

(6 février — fin mars 1795).

,N ROUTE POUR EICHST.ï:TT AVEC MM. VARIN. =: CENT LIEUES AC AU DOS EN PAYS PROTESTANTS. = PADERBORN . = 'ÉVÊQUE. = LE R. P. FELLER. = ERFURT ENCOMBRÉ DE PRÊ- RES FRANÇAIS. = CASSEL. = COBOURG. = NUREMBERG. = SPALT. = ARRIVÉE .V EICHST.ïTT.

RÉUNI aux Messieurs Varin, mes compagnons de vo3'^age, j'endossai le sac de nouveau et lous sortîmes tous trois de Warendorf vers les )nze heures du matin, le vendredi 6 février'. Les chemins étaient encore tout couverts de ^lace et de neige ; cependant le temps s'adoucisait et nous annonçait le dégel qui vint en effet et [ui nous rendit le chemin fort difficile. Ce début t'était pas agréable, il s'en fallait de beaucoup.

1. Chatrian (Calendrier hisioricc-ccclésiasliquc, ann. 1793) noie ue rabi)é Alaidon quitta Warendorf i)our aller en Franconie il l'attendait une bonne place clicz un chanoine de la calhérale d'Eichstalt.

130 LW PRÊTRE LORRAIS PESDAyT LA RÉVOLUTION

Nous nous animâmes et nous gagnâmes Paderborn. Mais nous fûmes obligés d'attendre la au moins six à se[»t jours, parce qu'il n'était pas possible d'avancer à cause des eaux.

Monseigneur l'évêque de Paderborn faisait donner deux gros écus à tous les prêtres français qui passaient. Nous allâmes nous présenter au bureau pour avoir la permission de dire la sainte messe qu'on nous accorda et on 3' joignit deux gros écus qui servirent à payer la dépense que nous fîmes dans cette ville. M. Yarin le prêtre en eut autant et on donna encore quelque chose à son frère le laïque. Nous vîmes la liste de ceux qui avaient déjà reçu avant nous : il y en avait à peu près huit cent cinquante.

L'éo-lise cathédrale de cette ville est antiaue, enfoncée, et pas belle; mais celle des Jésuites, où j'allai tous les jours dire la messe, est bien située, élevée, bien bâtie, vaste et bien décorée. Ce sont eux qui tiennent encore le collège, mais ils n'ont plus leur habit.

Nous vîmes dans leur maison le fameux père Feller*. Il était déjà fort âgé et tout voûté. En

1. Jésuite. Né à Bruxelles en 1735. Professa les humanités puis la théologie à Liège, à Luxembourg et en Hongrie. Se retira à Liège, puis à Paderborn dans le collège de son ordre, quand les Français envahirent la Belgique. Auteur d'ouvrages philosophiiiues et du Dictionnaire tùslorique. Mourut à Ratisbonne en 1802.

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conversant avec lui, il nous dit qu'il avait perdu tous ses livres et tous ses papiers, sans cela qu'il nous aurait donné son catéchisme philosophique. Nous visitâmes aussi M. l'ahbé de Fontenay qui nous reçut avec bonté et nous montra sur la carte la route que nous devions tenir. Enfin, je vis là M. le curé d'EsseyS près de Nancy. Il y était à demeure; il donnait des leçons à des jeunes gens et faisait ordinaire avec d'autres prêtres de sa connaissance.

Quand nous pensâmes que les chemins étaient un peu praticables, nous reprîmes notre route; mais nous fûmes arrêtés à trois quarts d'heure de Paderborn par un ruisseau que nous ne pûmes franchir. Par bonheur il venait des chars derrière nous. Nous les attendîmes; on nous permit de monter et par ce moyen nous passâmes. Ce jourlà nous vînmes à une abbaye où je croyais trouver mon vénérable abbé et son neveu mon bon arai^. Je me serais réuni à eux et probablement je ne

1. Pierre Thouvenel. (Voir Ttiiriet, le Séminaire de Nancy, p. 46). D'après Ghatrian Calendrier hislorico-ecclésiasliqae (il u demeuré quinze mois à Trêves; de là, il est allé à Dusseldorf où il a résidé vingt-neuf mois, en qualité de secrétaire auprès de Mgr le cardinal de Montmorency, évèque de Metz. 11 alla ensuite à Paderborn, qu'il habita huit années, jusqu'au Concordat. Il rentra à Nancy, le 1" septembre 1802, et fut rendu à son ancienne paroisse. Il mourut à Nancy le 5 avril 1825, étant chanoine honoraire de la cathédrale.

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