‹ Journal d'un prêtre Lorrain, pendant la Révolution (1791-1799);Chapitre 77 sur 148 · DE BAVIÈRE EN SAXE · texte numérisé non relu

DE BAVIÈRE EN SAXE

la ville, nous passâmes par une porte un peu éloignée de celle où on nous avait arrêtés. On avait là beaucoup de compassion de nous, jusquelà que plusieurs personnes nous mettaient de l'argent en miains, en passant auprès de nous. D'autres faisaient porter des billets d'invitation à dîner. On donnait ces billets aux premiers qu'on trouvait n'être pas encore invités, et ces billets portaient qu'ils en amèneraieni avec eux un, ou deux, ou trois, ou même plus, à telle maison, à telle rue, tel numéro. On nous permettait de dire la sainte messe. Le premier jour on en donnait la rétribution; mais le jour suivant c'était à ceux qui n'avaient pas encore paru.

Deux de nos confrères se promenant dans la ville, une fille vint leur apporter un billet d'invitation qui était pour quatre. Ils revinrent à l'auberge 011 nous étions rentrés, mon compagnon et moi, et nous demandèrent si nous voulions aller dîner avec eux. « Très volontiers, répondîmes-nous. » Nous partîmes pour nous rendre à l'heure fixée. C'était à près d'un quart d'heure, dans une maison qu'on appelle la maison de fondation parce qu'il y a là une fondation pour l'éducation de six jeunes demoiselles nobles, outre une autre fondation pour des orphelines ou pauvres filles, les unes et les autres catho-

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ligues. Les six jeunes nobles, séparées des autres, avaient pour institutrice une demoiselle respectable, mais presque toujours, infirme, C'était elle qui avait envoyé le billet d'invitation. Elle nous reçut très honnêtement, nous donna un fort bon dîner, qui fut suivi du café. Comme elle parlait fort bien français, cela nous mit à notre aise pour la conversation.

Après le repas nous allâmes voir le R. P. Jésuite directeur de cette maison, qui nous fit beaucoup d'accueil; et, comme je ne pouvais plus dire la messe à la grande église, je lui demandai la permission de venir la dire dans la sienne les autres jours que j'avais encore à rester à Dresde, et il y consentit. Quand nous voulûmes sortir de la maison, la demoiselle nous donna encore à chacun un petit écu, au moins.

Il y eut même plusieurs protestants qui donnèrent à manger et de l'argent à nos confrères. Ils y furent excités par leurs ministres dont l'un monta en chaire le jour de saint Laurent', harangua son peuple qu'il avait assemblé et lui dit, entre autres choses, qu'il les exhortait tous à faire tout le bien qu'ils pourraient à ces prêtres français qui avaient tout quitté et s'étaient réduits à

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