Le lundi 15 août
Nous convînmes entre nous de demeurer encore le mardi jusqu'après diner seulement, pour ne pas être à charge, et pour ménager les bonnes dispositions de M. Tabbé et de ses religieux pour ceux de nos confrères qui viendraient après nous. M. l'abbé nous renouvela ce qu'il nous avait dit la veille. Il nous dit qu'il était obligé de s'absenter, mais qu'il reviendrait jeudi et qu'il espérait qu'il aurait encore le plaisir de nous voir. Nous lui répondîmes que nous étions très reconnaissants de ses bontés, mais que nous le priions de vouloir bien nous permettre de nous avancer, afin que nous puissions trouver plus aisément à nous placer. Il se rendit avec peine à nos raisons, et nous fit donner à chacun six francs. Un religieux me donna aussi une bonne paire de bas. M, l'abbé partit, et nous tînmes aussi notre parole.
Après dîner on nous donna un guide qui nous conduisit à peu près ù deux lieues, où nous fûmes obligés de passer en nacelle un fleuve nommé l'Oder. L'abbaye de Novecelle est sur les confins de la Saxe au milieu des protestants. Les religieux en ont été chassés une fois par ces sortes de gens, et ils s'y sont rétablis comme par miracle. M. l'abbé a la première voix dans les assemblées, après le prince-électeur.
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Au sortir de cette abbaye, nous entrâmes dans la Lusace, qui appartient en grande partie à l'électeur de Saxe, mais où je crois que le roi de Prusse possède aussi quelque chose. Nous arrivâmes dans une petite ville où il y avait garnison. Quelques officiers, nous ayant aperçus, vinrent à nous, nous demandèrent qui nous étions. Un d'entre eux parlait français. Il fut touché de notre état, fit une petite collecte auprès de ses amis et nous rapporta de quoi payer notre dîner. Nous lui témoignâmes notre reconnaissance, et nous allâmes coucher plus loin.
Le lendemain, après avoir fait quatre lieues sans rien prendre, nous vînmes à une autre petite ville nommée Schilikau'. Il y avait aussi garnison. On nous arrêta à la porte. Après avoir montré nos passeports, on nous fît conduire par un soldat chez le major ou le commandant de la troupe. Il était sur la porte de sa maison avec deux ou trois officiers. Lorsque nous approchâmes : « Vous êtes Français, messieurs, nous dit-il, d'où venez vous et où allez-vous? » Nous répondîmes à toutes ses questions. Il nous fit entrer et nous fit servir à déjeuner.
A peine commencions-nous qu'il vint un