I. Mouchina = Mosina
186 Uy PRETRE LORRAIN PENDANT LA REVOLUTION
quelque Français, mais nous n'en rencontrâmes point. Je regardai, par hasard, par une petite rue qui était à notre droite et j'aperçus trois ou quatre prêtres qui causaient ensemble. Je dis à mon compagnon : « Allons parler à ces Messieurs, peut-être nous apprendront-ils quelque chose ». Nous y vînmes, nous nous adressâmes à un A^énérable et lui demandâmes en latin s'il ne pourrait pas nous indiquer quelque Français. Ce bon Monsieur salua sa compagnie et nous fit entrer chez lui. Nous lui contâmes le sujet de notre voyage, et il nous dit : « Demeurez ici, et je vous ferai faire votre affaire ». Il appela son domestique pour nous conduire chez M. le suffragant, lui donna même un billet de recommandation pour nous, et nous dit : « Allez, messieurs, faire votre affaire, et vous reviendrez dîner ici : je vous attendrai ». M. le suffragant, très bien disposé, nous accueillit, nous accorda notre permission, et nous revînmes dîner chez ce Monsieur à qui la Providence nous avait adressés.
C'était un doyen d'une collégiale de Posen, qui faisait en même temps les fonctions de curé. Il logeait dans la maison des Jésuites, qui est superbe. Il ne voulut pas nous laisser partir le même jour et nous couchâmes aussi chez lui. Le
^•A' POLOGNE \%'i
lendemain, il fit chercher une voiture pour nous reconduire. 11 n'en trouva point, mais Dieu luimême y pourvut. Etant à quelque distance de Posen, nous trouvâmes un char qui retournait à vide à Mouchina : on nous accorda d'y monter. Nous arrivâmes de bonne heure dans cette ville oîi, après un petit rafraîchissement, nous nous mîmes à marcher, et nous vînmes coucher à Champin, chez notre bon curé qui nous reçut aussi bien que la veille. Nous n'avions plus, de là, que deux lieues à faire pour nous rendre dans nos demeures respectives. Nous les fîmes aisément dans la matinée du lendemain, et j'arrivai à Bioche * pour le dîner. Monsieur et Madame parurent très contents de me recevoir, et crurent que j'allais rester tranquillement chez eux; mais point du tout.
Quatre ou cinq jours après arriva à ^ï. le comte une lettre de la part du commissaire du district, qui lui annonçait qu'il aA-ait appris qu'il avait réfugié chez lui un Français, outre celui qu'on lui avait déjà accordé; qu'il l'avertissait qu'il ne pouvait le garder sans une nouvelle permission, sous peine de cinquante ducats d'amende. Monsieur et Madame furent affligés de cette lettre.