‹ Journal d'un prêtre Lorrain, pendant la Révolution (1791-1799);Chapitre 94 sur 148 · De raniiéo · texte numérisé non relu

De raniiéo

avec beaucoup d'intérêt, et nous engagea encore à rester. « Si vous aviez la moindre maladie, nous disait-il, ou si vous vouliez faire serment de fidélité au roi de Prusse, vous pourriez obtenir la permission. — Mais, monseigneur, répondis-je, grâce à Dieu nous nous portons bien. Nous ferions bien serment de ne rien faire contre la volonté de Sa Majesté, mais nous ne voulons pas nous engager. » Quand il vit que nous étions décidés à partir, il nous donna à chacun un frédéric en or, c'est-à-dire à peu près un louis. Après lui avoir demandé sa bénédiction, nous nous retirâmes et nous revînmes chez M. le doyen, qui chercha une voiture pour nous conduire le lendemain.

Avant de sortir de Posen, je remarquerai que cette ville est une des grandes villes de Pologne après Varsovie et Cracovie; qu'elle est assez bien située; qu'il y a de beaux bâtiments et de belles églises. La cathédrale est assez bien, mais mal placée, tout à fait au bout de la ville, et la rue, à ce que je crois unique, qui y conduit, a Fair d'un village. Il peut y avoir entre seize et vingt mille habitants, dont sept à huit mille juifs, qui y exercent toute sorte de métiers. Elle est arrosée d'une rivière nommé la Warta. Elle est enfin la capitale de la grande Pologne, à présent Prusse

méridionale, parce que cette partie de la Pologne est actuellement sous la domination du roi de Prusse.

M. notre vénérable doyen nous fit mener jusqu'à Mouchina. Comme nous arriA^âmes de bonne heure, nous allâmes voir M. le curé, avec qui mon compagnon avait fait connaissance. Il dînait au château ce jour-là, et nous dit que nous y dînerions avec lui. Il nous y conduisit. Mon compagnon y était déjà connu aussi. A l'ombre de ces deux ailes, j'y fus reçu. Je vis d'abord une forte dame que je pris pour la dame du lieu, mais je me trompais. C'était une Française qui avait une éducation de jeunes demoiselles de la maison, où elle paraissait jouir d'une grande considération. Elle alla elle-même avertir de notre arrivée le seigneur et la dame et vint nous dire qu'ils nous invitaient à dîner, à souper et à coucher. Nous acceptâmes, et nous fûmes très bien traités.

Le lendemain, nous partîmes, après avoir remercié cette demoiselle, et l'avoir priée de témoigner notre reconnaissance à Monsieur et Madame. Nous n'avions que deux lieues jusqu'à Champin où nous vînmes faire nos adieux à M. le curé. 11 n'avait plus chez lui ce jeune prêtre de notre société qu'il n'avait pu obtenir la

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permission de conserver. Nous dînâmes chez lui et nous vînmes coucher à Ossiac', oîi ce jeune prêtre avait trouvé place pour enseigner l'allemand et le français au fils et aux demoiselles du seigneur de ce lieu.

En 3'^ arrivant, nous vîmes un bon gros papa de bonne mine qui vint à nous lorsque nous nous approchâmes, qui nous accueillit beaucoup. C'était le seigneur lui-même; il nous fit conduire chez notre confrère , après nous avoir invités à rester. Notre confrère fut fort étonné de nous voir, et encore plus lorsque nous lui dîmes que nous partions pour nous rapprocher. Lui nous raconta comme il était bien et nous vîmes par nous-mêmes qu'il ne nous en avait pas trop dit. Il nous introduisit devant Monsieur et Madame qui étaient l'un et l'autre des personnes respectables par leur vertu, aussi bien que par leur uge. Nous ne pûmes pas parler avec Madame, parce qu'elle ne savait pas le français, mais nous nous entretînmes avec Monsieur qui parlait bien latin. Nous lui racontâmes nos aventures et notre retour. « Rien ne vous presse, messieurs, nous dit-il, restez ici tant qu'il vous plaira, et A'ous me ferez plaisir ». Ils examinèrent bien ce

1. Ossiac=:Ossieck; appartenait en 1796 à Sylvestre Zarrewski.

qui pouvait nous manquer, firent faire une chemise à mon compagnon qui en avait besoin, demandèrent notre linge pour le blanchir, enfin cherchèrent tous les moyens de nous obliger.

Nous voyant angariés là pour quelques jours, je dis à Monsieur et à Madame que nous désirions aller faire nos adieux à Bioche. Ils nous donnèrent une voiture et une lettre pour M. leur fils aîné, qui était à moitié chemin, pour l'engager à nous bien recevoir et à nous fournir lui-même une autre voiture et à nous conduire à Bioche. Ce jeune iMonsieur, que j'avais déjà vu, qui avait voulu me prendre chez lui, et qui, à ma place, avait pris M. le curé de ChampougnyS me reconnut, nous fit politesse, me demanda pourquoi je n'étais pas venu demeurer chez lui, nous donna très bien à dîner, et, après, nous fit effectivement conduire à Bioche. M. le comte et Mme la comtesse, fort surpris de nous voir, nous écoutèrent avec attention, s'attendrirent, en leur faisant nos adieux, jusqu'aux larmes, et me donnèrent environ deux gros écus.

Après avoir causé environ une demi-heure avec eux et leur avoir témoigné notre reconnaissance, nous remontâmes en voiture pour revenir

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