‹ Journal d'un prêtre Lorrain, pendant la Révolution (1791-1799);Chapitre 95 sur 148 · M. l'abbé François Laurent (voir p. 153, note · texte numérisé non relu

M. l'abbé François Laurent (voir p. 153, note

200 C'y l'RÉTRE LORRAIN PENDANT LA RÉVOLUTION

chez ce jeune seigneur qui nous l'avait donnée. Il nous dit qu'il ne fallait pas partir, qu'il connaissait plusieurs seigneurs, qu'il nous enverrait huit jours chez l'un, huit jours chez l'autre, et que sûrement la permission de rester viendrait enfin. Nous le remerciâmes, le quittâmes, et revînmes chez M. son père pour coucher. Nous restâmes encore le lendemain tout entier chez ce respectable seigneur, mais, malgré ses instances, nous partîmes le jour suivant vers les dix heures du matin. C'était un vendredi. Ce seigneur si bon nous fit préparer à déjeuner, ensuite se dépouilla d'une capote toute neuve qu'il avait, et m'en revêtit. J'eus beau le remercier, le prier de vouloir bien ne pas se priver ainsi, il n'y eut rien à faire. Il fit aussi chercher une autre capote pour mon compagnon, qu'il le força d'accepter, nous donna encore de l'argent à chacun, fit préparer une voiture à laquelle il fit atteler quatre bons chevaux, fit mettre le dîner dans la voiture et nous donna son homme d'affaires, lui recommandant bien de ne pas nous laisser dépenser un liard, de nous mener à Lissa S à six lieues de là, et de nous conduire de sa part chez M. le curé de cette ville.

1. Lissa = Leszno, ville appelée par les Allemands Polnisch Lissa.

Ainsi nous partîmes d'office, habillés en Polonais; mon bon curé de Choincisa' m'aA'ait donné déjà un bonnet et des bottes. Là, je m'en revêtis aussi bien que de ma capote. Ainsi, bien fourré, je fus préservé du froid. Nous allions grand train et nous arrivâmes avant midi au lieu fixé pour le dîner. L'homme d'affaires fit la cuisine et nous servit avec autant de respect que si nous avions été avec le maître. Nous étions à Lissa entre trois et quatre heures. On nous conduisit chez M. le curé, homme vénérable. Il nous dit qu'il était bien fâché de ne pouvoir nous loger, que sa maison venait d'être réparée, et qu'il n'avait point de lits montés. Il indiqua un habitant où nous pourrions être, et dit que l'homme d'affaires de M. d'Ossiac nous y conduisît. Il ne voulut pas absolument partir avant de nous avoir vus logés. Nous le remerciâmes et le priâmes encore de témoigner toute notre reconnaissance à son maître charitable.

De Lissa nous vînmes à pied, le lendemam, à Fraustâdt^ où nous demeurâmes environ trois jours. Nous fûmes logés à l'auberge, où nous ne fûmes pas si mal que dans bien d'autres endroits. Nous fîmes d'ailleurs connaissance d'un bon père

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