‹ Journal d'un prêtre Lorrain, pendant la Révolution (1791-1799);Chapitre 97 sur 148 · DÉPART DE DRESDE POUR LA BOHÊME · texte numérisé non relu

DÉPART DE DRESDE POUR LA BOHÊME

NOUS descendîmes de voiture à une petite demi-lieue de Dresde, dans une auberge où nous restâmes un jour. Nous entrâmes cependant à la ville le jour même pour aller voir quelques confrères et prendre des instructions auprès d'eux. Comme nous étions habillés en Polonais, nous passâmes aux portes, sans qu'on nous dît mot. Nous nous avançâmes dans la ville; tout le monde nous regardait comme de véritables Polonais. Les prêtres français surtout nous considéraient avec de grands yeux. Ils devinèrent cependant que nous étions Français, mais que nous revenions effectivement de Pologne. Nous trouvâmes enfin celui de notre société que nous

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avions laissé à Dresde, qui nous rendit tous les services dont nous avions besoin. jNous vîmes même chez lui quelques prêtres de notre diocèse qui furent tout ébahis de voir notre costume, qui me rendait si méconnaissable qu'un curé de notre ville ne me reconnut qu'à la voix. Nous leur dîmes que notre projet n'était pas de demeurer dans cette ville, mais de retourner incessamment àEichstâtt et de vouloir bien nous conduire chez quelque voiturier, pour voir ce qu'il nous demanderait pour nous conduire au moins à moitié chemin. Ils nous accompagnèrent chez plusieurs ; mais ils demandèrent si exorbitamment cher que nous ne pûmes convenir avec eux. D'ailleurs mon compagnon commença à avoir une fluxion.

Il fallut donc nous décider à rester du moins quelques jours. Nous vînmes donc loger dans la ville, et dans une auberge que nous indiquèrent nos amis. Nous n'y fûmes que trois jours et nous allâmes dans une autre où nous restâmes environ une huitaine. Comme il faisait déjà froid et que, ne faisant pas grande dépense, nous avions des chambres fort tristes, cela ne nous accommodait pas. Nous avions néanmoins été chercher nos permissions et de demeurer et de dire la sainte . messe, et on nous avait volontiers accordé l'une

et l'autre. Malgré cela je parlais toujours de partir. Ayant appris qu'il venait toutes les semaines une voiture qui pourrait nous conduire à bon marché à une vingtaine de lieues, nous allâmes trouver le voiturier, et nous convînmes avec lui. Mais quand nous vînmes avec nos paquets, il était parti. Alors je pensai que Dieu n'approuvait pas notre retour dans ce moment-là et je quittai mon projet. Ainsi je restai à Dresde.

Cette ville est grande, bien située, bien bâtie, a de belles rues, un beau pont sur l'Elbe qui la traverse, et la partage en deux villes : savoir la vieille et la neuve. La cour du prince électeur est brillante. Lui et toute sa famille sont catholiques et très pieux. Il y a une très belle église pour les catholiques qui sont entre cinq et six mille dans cette ville, qui contient quarante ou cinquante mille âmes. Mais il n'y a point de cloches à cette église.

L'exercice de la religion est concentré dans cette église. Le ministère extérieur s'exerce en secret, parce que c'est la secte protestante qui domine. Elle s'est opposée même à ce que l'électeur fît monter dans la tour de son église une grosse cloche qu'il avait fait fondre. Les catholiques ne peuvent point y avoir de propriétés ni faire de commerce sans permission. Les prêtres

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catholiques ne peuvent y recevoir l'abjuration d'aucun protestant sans le consentement, par écrit, des ministres. Cependant, outre l'église dont j'ai parlé, il y a trois autres chapelles catholiques, une dans une maison de fondation, une à l'hôpital des catholiques et une aux casernes.

Le marché de la ville vieille se tient tous les jours sur une très grande place, et a plutôt l'air d'une foire que d'un marché.

Dans la ville neuve il 3' a un bâtiment superbe et très vaste, où est une bibliothèque publique où on peut aller tous les jours, et on y est reçu fort honnêtement. Ce sont des Jésuites qui jusqu'alors ont été aumôniers de la cour et confesseurs des princes et princesses aussi bien que prédicateurs. J'ai été très édifié de l'assiduité du prince-électeur et de toute sa famille aux grandes messes, aux prédications, aux bénédictions et à l'adoration du Très Saint Sacrement, et de leur piété qui paraît d'autant plus solide qu'ils la soutiennent par les aumônes et par les bonnes œuvres.

Je restai donc dans cette ville où la nourriture n'est pas bien chère. Je cherchais à me loger lorsqu'un nommé M. Dupont, qui avait été professeur à Saint-Claude ', me proposa de partager la

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