novembre. — Sur le Sénégal
Nous nous embarquons pour Kayes le 4 novembre.
Le petit steamer, le Borgnis-Desbordes ^ remorque, fixés à ses flancs, deux grands chalands, dans l'entrepont desquels nous sommes installés, tandis que les officiers occupent les cabines du vapeur.
Le paysage est monotone : les rives sont nues, couvertes d'une brousse rare ; les abords du fleuve sont défrichés et l'on y cultive le mil, qui donne jusqu'à trois récoltes par an. Presque tous les villages sont sur la rive gauche ; la rive droite est abandonnée, à cause des pillages des Maures.
Le Fouta-Djallou s'étend sur le sud, mais ses parties riches sont séparées de la
vallée du Sénégal par de vastes déserts, coupés seulement par une ligne de lacs et de marigots parallèles au fleuve et dépendant du lac de Koïa, derniers vestiges d'une rivière disparue maintenant.
Nous stoppons à Richard-Toll, Podor, Saldé, Matam, Bakel, passons près de Tembouchure de laFalémé, affluent de gauche, qui arrose le fertile pays du Bambouk et roule des paillettes d'or, dont trafiquent les indigènes.
Les bords s'élèvent de jour en jour, en même temps que les eaux baissent ; sur l'argile rougeàtre, nous apercevons souvent un caïman étendu au soleil, béatement allongé sur la vase ; sa carapace grise se détache à peine : on dirait un tronc d'arbre mort. On lui envoie une balle, qui rebondit; le saurien, d'un bond, se glisse sous Feau.
Certains pèchent à la ligne, car le poisson abonde ; parfois l'heureux pêcheur décroche un « capitaine », le plus gros des pois-