‹ Journal d'un spahi au Soudan, l897-1899Chapitre 14 sur 37 · SUR LE SÉNÉGAL · texte numérisé non relu

SUR LE SÉNÉGAL

sons mangeables du fleuve ; souvent ce n'est qu'un margouillat.

Nous ne voyons plus autant de jolis petits oiseaux aux couleurs vives ; de grands vautours noirs, les « charognards », flânent au-dessus des maisons, en quête de détritus, ou, s'installant sur les hautes branches sèches d'un arbre mort, y demeurent immobiles, des journées entières, à digérer et à dormir.

Des postes sont installés dans les plus grands villages ; entourés de murs et bâtis sur une éminence naturelle ou artificielle, ils s'élèvent en dehors des cases indigènes, tandis que les maisons de traitants, qui appartiennent à des commerçants de Saint- Louis, occupent le centre, près du quai où s'amarrent les bateaux. Ces traitants font l'importation des articles indigènes : verroteries, bijoux, parfums, étoffes, mais recherchent surtout les éléments d'exportation : arachides, gomme, caoutchouc, kola, qui ont fait déjà la fortune de beau-

coup. Le vapeur qui nous remorque, comme tous ceux qui naviguent sur le fleuve, appartient à ces maisons de commerce.

Le 12, nous atterrissons à Tambokané, à 50 kilomètres de Kayes. Les eaux sont trop basses, nos bateaux ne peuvent aller plus loin et des barques nous ont été envoyées : bientôt la rive est couverte de caisses de toutes formes; nous devons faire nousmêmes le transbordement, aidés de quelques noirs : on recharge les colis sur les barques et nous allons chercher pâture et abri.

Des huttes en paille ont été élevées près du village : les marsouins les occupent vivement. Nous ne nous pressons d'ailleurs pas d'y chercher des places, préférant loger chez l'indigène; bientôt nous trouvons notre affaire et installons le campement ; nous achetons du lait, des poulets, ouvrons quelques boîtes de conserves, et deux boys, que nous avions pris à Saint- Louis, font la cuisine.

Pendant que le dîner se prépare, un

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