SUR LE SÉNÉGAL
jeune Bouniane \ient me trouver et me demande de lui faire un gri-gri : j'ai, paraît-il, une tête de marabout, effet de ma barbe qui pousse.
Un gri-gri, c'est une amulette que l'indigène achète généralement aux marabouts, et qui est destinée à Je préserver des maléfices, maladies, accidents, misères de toutes sortes. Il en existe pour tout : contre l'incendie et les épidémies, pour donner la fortune, le courage, la santé, garantir la fidélité des épouses, leur fécondité, provoquer la mort des ennemis, rendre impuissantes leurs armes... Plus on les paie cher, plus ils ont de valeur, et la réputation de sainteté du marabout, tout en garantissant mieux l'efficacité, en augmente proportionnellement le prix.
J'entre volontiers dans la combinaison et, prenant gravement un morceau de papier, j'écris dessus : ce Dieu seul est grand ! » Cela est de toutes les religions et ne peut faire que du bien.
Le noir me remercie et emporte précieusement son document : il l'enveloppera dans un sachet de cuir, qu'il s'attachera au cou par une ficelle, et sera certainement à Tabri d'une foule de maléfices
Nous partons le lendemain, à l'aube; les officiers ont des mulets et nous, nous marchons à pied ; nous refusons même d'user de quelques montures qui suivent la colonne, à l'usage des traînards trop fatigués ; des adjudants seuls ne dédaignent pas de les enfourcher, à l'instar des officiers partis en avant.
Les étapes sont de 25 kilomètres et nous les faisons aisément ; le premier soir, nous couchons à Samé etarri\ons, le dimanche 14 novembre, à Kayes.
La dernière journée a été longue et plus pénible ; immobilisés sur les bateaux depuis le départ de France, nos jambes se sont ankylosées et le manque habituel d'entraînement à la marche se fait sentir ; nous suivons tout de même, par amour-propre, fiers de laisser en arrière des marsouins fatigués.