‹ Journal d'un spahi au Soudan, l897-1899Chapitre 17 sur 37 · décembre. — Kita · texte numérisé non relu

décembre. — Kita

Un des plus beaux postes du Soudan, à mi-chemin du Sénégal et du Niger, — un des plus anciens aussi, car il date, je crois, de 1882. Entouré d'une sérieuse enceinte en pierres, il a été élevé par les Chinois, qui firent les premiers travaux importants de la colonie et y apportèrent, avec leur travail, l'horrible fièvre jaune.

La ville est coquette j ce qui est rare ; les

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voies principales sont bordées régulièrement de fromagers dont l'ample frondaison répand Fombre sur presque toute la chaussée.

Les Pères du Saint-Esprit, — les Pères Noirs, comme on les appelle par opposition aux Pères Blancs de la vallée du Niger, — ont ici un vaste établissement et leur superbe potager est une sérieuse ressource pour les Européens : ils cultivent tout ce qu'ils peuvent et font toutes sortes d'essais.

Nous séjournons deux jours à Kita et le docteur en profite pour m'administrer un ipéca, puis du sulfate de magnésie, traitement énergique et salutaire. Je constate que l'écriture de mes lettres et de mon journal est devenue, ces derniers temps, toute petite et tremblante.

Nous partons le 4. Au bruit de la

trompe, nous voulons nous lever, mais il paraît que c'est un autre convoi qui part. Une demi-heure cependant se passe; n'entendant toujours rien, nous envoyons un

homme aux informations : les deux convois sont partis I

Vivement, nous plions bagages, chargeons les boys de nos couvertures et fiions. La nuit est noire, sans lune ; non sans peine, nous trouvons le sentier étroit et raboteux qui constitue la route nationale, et alors, c'est une course folle : il faut à tout prix rejoindre la troupe, qui doit être déjà loin, car on ne voit même pas les torches. On se heurte aux cailloux, on trébuche, on est vanné en peu d'instants ;

nous nous échelonnons lamentablement

J'allais m'arrêter, éreinté, quand j'entends un camarade qui crie : « Voilà des voitures ! ))

Le chef de convoi s'est aperçu que nous manquions et nous envoie notre véhicule. Les braves voitures Lefèvre ! comme elles sont confortables, et que leurs ressorts sont doux ! 11 fallait cela pour les apprécier !

Nous cantonnons le soir à Banding-Ko, sur la rivière du même nom, au milieu

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