‹ Journal d'un spahi au Soudan, l897-1899Chapitre 18 sur 37 · TABA-KORO. — SÉBÉ-KORO · texte numérisé non relu

TABA-KORO. — SÉBÉ-KORO

d'un joli bois, plein de grands arbres minces, au feuillage très fin.

5 décembre. — Taha-Koi^o.

Un tout petit marigot, qui cascade discrètement sous une verdure échevelée, lianes et troncs d'arbres, qui forment un inextricable et pittoresque fouillis. Je le parcours pieds nus et tombe brusquement sur une petite baie naturelle, une éclaircie ensablée, où des femmes indigènes font trempette : à ma vue, c'est une panique bruyante des belles dames effarouchées.

6 décembre. — Sébé-Koro.

Autre petit marigot, moins pittoresque d'ailleurs. Le hameau fortifié, bâti en pisé, est petit, pauvre et délabré.

7 décembre. — Cassaro.

Beau village bien entretenu : des murs d'enceinte presque intacts, des cases assez vastes.

8 décembre. — Nafadié.

Station de ravitaillement : magasins et télégraphe, tenus par deux indigènes, exélèves de l'école de Kayes. On nous distribue des vivres.

9 décembre. — Ba-Oulé.

Du nom du grand cours d'eau qui prend sa source près de Bammako, et va, par un long circuit vers le Nord, rejoindre le Bakoy à Billy.

NEGALA. — DIO 57

10 décembre. — Né gala.

Nous convions Lamour à notre table,

pour le dîner Ne vous scandalisez pas,

c'est le nom du chef de convoi!

11 décembre. — Dio.

Ce nom reste dans mon souvenir comme celui d'une des plus délicieuses

étapes Village infect, mauvaises cases,

exiguës, démolies, loin du convoi, de la route, des puits, pas d'arbres, sauf un gigantesque baobab qui s'élève sur une place, devant notre case, et dans les guérites que forment les énormes racines du tronc, de vieux bonzes à barbiches blanches, emmitouflés dans leurs grands et sales boubous, le chef coiffé d'un petit bonnet qui fut blanc, somnolant au soleil, immobiles, les yeux mi-clos, comme les

génies lamentables de ce triste pays

Tout cela est peu séduisant. Mais, comme nous terminions nos ablutions et fumions mélancoliquement nos pipes, en attendant le déjeuner, un des nôtres, parti au convoi chercher une couverture oubliée, arrive en courant, tout joyeux : il tient une liasse de papiers à la main, et, du plus loin qu'il nous aperçoit, crie : « Le courrier de France! »

Celui qui n'a point passé par là ne peut comprendre tout ce que ces mots ont de charme.

Maintes fois je l'ai entendue, cette phrase, et toujours avec la même émotion, la même angoisse délicieuse. On ne s'y fait point; du plus grand au plus petit, du vieux marsouin au jeune colonial, à sa première campagne, chacun se précipite, s'arrache les bienheureuses lettres qui arrivent de là-bas, du petit coin de France oij battent à l'unisson les cœurs des parents, des amis ; et l'on s'enfuit dans un coin

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