‹ Journal d'un spahi au Soudan, l897-1899Chapitre 21 sur 37 · SALA · texte numérisé non relu

SALA

mon hamac peu large, peu stable, et, sommeillant, je cherchais à me retourner avec précaution sur mon étroite et mobile couchette, sans verser, — problème d'équilibre assez ingrat au début, — quand une noire silhouette s'encadre dans la porte, tout éblouissante de la lumière crue du dehors.

Je me retourne brusquement, avec une imprudence qui risque de m'être fatale.

— Hein ? Quoi ? Qu'est-ce que tu veux ? Qui es-tu ?

Le nouveau venu est un jeune nègre, bien bâti, convenablement vêtu, coiffé d'un grand chapeau en toit de case.

Il sourit avec un calme parfait, et me dit :

— Anissagué ! (Bonjour.)

— Bonjour. Et après ? Ce n'est pas pour me dire ça que tu es venu me réveiller.

— Non. Moi y a vu ton boy Guédionna.

— C'est un animal. Où est-il ?

— Lui y a resté à Bammako.

— Ah î Alors?

— Si toi y as besoin d'un boy, moi y a bien connaître.

— Tu sais faire la cuisine? Tu as déjà servi un Toubab ?

— Oui, à Koulikoro.

— Pourquoi Fas-tu quitté?

■— Lui a pas payé assez.

— Vraiment ! Combien veux-tu par mois?

— Comme toi y as vouloir.

— Je t'offre trois doromés (15 francs).

— Y a pas beaucoup argent.

— Si tu fais bien, je donnerai plus. Veux-tu?

— Oui. Où vas-tu?

— A Timbouctou.

— Hé ! hé ! Timbouctou y a pas bon pour les boys.

— Pourquoi?

— Parce que y a pas facile à quitter la ville et revenir.

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