iS janvier 1899, de Yélimané à Goumhou
Je pars, le 6 janvier, avec le lieutenant G... et un peloton, pour Sokolo...
Le lieutenant G., avec qui je vais vivre plusieurs mois, est un vieux Soudanais : c'est ici qu'il a conquis l'épaulette et il a combattu clans le pays que nous traversons.
Il me montre la plaine où il rencontra les Toucouleurs ; quand nous passerons à Nioro, il me conduira au cimetière, visiter les tombes de ses camarades, morts à ses côtés; puis, il me conte les campagnes d'alors, les rudes marches en pays ennemis, la prise du gué de Birali, la bataille de Niogoméra. .. 11 est resté beau sabreur et rêve d'avoir encore l'occasion de se mesurer avec les noirs...
DE YÉLIMANÉ A GOUMBOU 193
Le 8, nous arrivons à Gaari et nous passons, h rentrée du Yiilage, près du tombeau du capitaine de Pianhol. Avant le déjeuner, G. m'emmène revoir la tombe du capitaine...
— Il est mort entre mes bras, dans cette case que vous voyez. Il était souffrant à Kayes, quand il reçut la mission de diriger un convoi se rendant à Nioro... Le pays n'était pas encore pacifié. Il ne voulut pas laisser à un autre la place qui lui était désignée et, malgré les instances de ses camarades et la quasi certitude qu'il avait de tomber en route, il voulut partir.
(( Les combats, la fièvre jaune, la bilieuse, la dysenterie, une attaque de guêpes même, enlevaient chaque jour quelque blanc. Les remèdes manquaient. Pianhol, miné par la maladie, rendit alors le dernier soupir... »
Son nom est resté légendaire partout où il a passé. Poète distingué, remarquablement doué, brillant officier, adoré do ceux
qui le fréquentaient, il est tombé victime du devoir. Son corps est enterré au pied d'un baobab, à l'entrée du village; un mausolée très simple, formé de dalles épaisses, recouvre la tombe ; une palissade de branchages l'entoure ; les termites ont élevé leurs terrassements à côté, mais le dougoutigui entretient soigneusement le monument.
Fixée au baobab, une plaque de marbre, envoyée par M^^ de Planhol, porte ces vers du disparu :
Jusqu'au jour où...
Ayant, comme il convient, porté mon devoir
[d'homme, Je me coucherai pour mourir.
et au-dessous :
Mors ! utinam avidos vitae subducere noies, sed virtus te sola daret.
Nous faisons une courte prière à la mémoire du héros qui, comme tant d'autres, a succombé à l'odieux climat.