‹ Journal d'un spahi au Soudan, l897-1899Chapitre 29 sur 37 · septembre. — de Farahougou à Sansanding · texte numérisé non relu

septembre. — de Farahougou à Sansanding

Je me rends d'une traite à Sokolo où j'ai expédié mes bagages, la veille; j'y déjeune avec mes camarades et repars le soir même pour Sansanding.

Je vais aussi vite que mes porteurs peuvent me suivre et les fais relayer à chaque étape ; les gens de ce pays sont d'excellents marcheurs : la caisse de trente kilogrammes posée avec un coussinet sur la tête, maintenue d'une main en équilibre, les jambes un peu courbées, ils rasent le sol de grandes enjambées et font une pause toutes les heures et demie, près d'un marigot ou d'une source ; on les paie dix sous par jour, plus la ration de mil et de sel; ils ont en outre une indemnité quoti-

dienne de cinq sous, pour le retour. Mon boy les accompagne, monté sur un petit cheval acheté à Sokolo.

Je couche la seconde nuit à Tousama, expédie mes porteurs en avant à Sansanding, et envoie un indigène en estafette porter un mot au fama, lui annonçant mon arrivée pour dîner et mon désir d'embarquer sitôt après pour Ségou ; à trois heures, après la sieste, je monte moi-même à cheval avec le fidèle Mamadi.

Le soleil, quand nous partons, brille dans le ciel bleu avec une ardeur implacable, mais au bout d'une heure, brusquement, arrive une tornade : le déluge commence, Feau tombe à flots, augmente peu à peu, si bien que nous sommes, en quelques minutes , complètement trempés par cette douche glacée et que nos chevaux ont de Feau jusqu'aux boulets; bientôt la grêle s'en mêle et succède à la pluie, fouettant avec une telle violence que nos bêtes, aveuglées, ne peuvent avancer : force est

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de nous réfugier dans des cases isolées.

Le temps passe cependant : nous repartons et nos braves montures font face à la giboulée; je suis transi, Mamadi grelotte. Enfin, à quatre kilomètres de Sansanding, les nuages s'éloignent et le soleil reparaît dans tout son éclat.

Nous arrivons au tata à six heures; le fama a reçu ma missive, mais se fait excuser de ne point se montrer, étant un peu malade.

Au moment de dîner, on m'annonce l'arrivée d'un Européen, un sergent télégraphiste qui va à Sokolo remplacer un camarade rapatrié ; il me conte qu'il est à Sansanding depuis ce matin et n'a pu obtenir ni logement ni rations; le fama, le jugeant comme un seigneur sans importance, n'a pas daigné s'occuper de lui; le malheureux a dû chercher un gîte dans une case abandonnée et se tirer d'affaire tout seul, en attendant, sous le soleil, le bon plaisir du roi nègre.

Vers la fin du repas, Mademba paraît et me félicite; je m'informe de sa santé et lui demande pourquoi il a ainsi négligé ce sergent français, mais il en rejette la faute sur ses gens; son neveu nous affirme aussi avoir fait le nécessaire dès qu'il eut appris la présence du sous-officier.

Le fama, qui souffre d'une laryngite, se met dès lors en frais, et nous nous séparons dans les meilleurs termes ; je lui fais mes adieux et son neveu me conduit à la pirogue, qui m'attend avec ses huit somonos et son abri de paille, longue barque indigène, soudée par le milieu au moyen de ligaments, mais étanche et propre.

Bientôt, nous démarrons ; Birama installe mes bagages, me fait un lit avec mon fauteuil, des caisses et mes couvertures et nous filons le long de la rive, où le courant est moins dur à remonter. J'ai promis au chef des somonos un mouton si j'étais à Ségou le lendemain matin.

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