‹ Journal d'un spahi au Soudan, l897-1899Chapitre 32 sur 37 · octobre. — De Khati à Kita · texte numérisé non relu

octobre. — De Khati à Kita

Je quitte Khati le 5 octobre, avec un convoi régulier de voitures Lefèvre, et marche à mulet, ce qui est le mode de transport le plus pratique ; seul blanc de la troupe, je puis, dans les cantonnements, choisir de bonnes cases, ce qui est facile du reste, car partout il en est de réservées aux passagers et qui sont très confortables.

A Négala, je rencontre sur la route beaucoup de tirailleurs revenant de la mission Marchand, suivis de porteur de bagages ; la plupart arborent fièrement des ombrelles, des fusils à pierre, des chapeaux de feutre, toutes les coquetteries du monsieur qui a vu Paris ; ils vendent les montres et médailles qu'on leur a données et,

DE KHATI A KITA 323

seule, la médaille militaire a de la valeur pour eux, à cause des cent francs de pension qu'elle représente ; la plupart sont Bambaras ou Toucouleurs, originaires des environs de Bammako.

Quelques jours après, à Balani, je trouve toute une équipe de travailleurs en train de construire une route pour les automobiles, travail assez difficile, car il faut tracer la voie dans des terrains ferrugineux, éviter le sable, puis aménager et consolider la chaussée.

Il est au moins étrange que l'on établisse à grands frais un service d'automobiles précisément là où doit passer un peu plus tard la voie ferrée ; quand les automobiles commenceront à fonctionner sérieusement, ils deviendront inutiles.

On me conte que, dans une équipe voisine, il y a un Père Blanc qui fait son service dans le génie ; étant dans le clergé en France, il avait été dispensé de deux ans; devenu, depuis, religieux, il a été

aussitôt rappelé et le Gouverneur a pu seulement obtenir qu'il fasse ici son temps ; il travaille, me dit-on, avec beaucoup de gaîté, d'ardeur, et rend de grands services, car il sait la langue et connaît le pays.

Page 1