‹ Journal d'un spahi au Soudan, l897-1899Chapitre 33 sur 37 · octobre. —Kita · texte numérisé non relu

octobre. —Kita

Je profite de mon passage ici pour aller visiter, à deux kilomètres du poste, la mission des Pères du Saint-Esprit, les Pères Noirs.

A mon arrivée, un religieux se présente et m'offre aimablement de parcourir son domaine : le parc est bien planté de tous les arbres coloniaux et Ton y fait avec succès de nombreux essais, fruits, légumes, céréales; le Père m'offre des goyaves, me montre de superbes ananas et me dit tout ce qu'il espère de la culture du caoutchouc qu'il vient d'entreprendre.

Plus loin, des travailleurs défrichent les abords d'un ruisseau dont s'échappe une odeur fétide, endroit fort malsain que l'on assainit.

— Mais, mon Père, dis-je, comment résistez-vous à ces miasmes ?

— Bah ! depuis le temps que je suis là, je m'habitue.

— Vous êtes seul ?

- — Non ; il y a un frère avec moi, un vieux frère qui est ici depuis plus longtemps encore que moi.

— Vous êtes seuls, tous les deux?

— Oui. Quand je suis arrivé ici, la première fois, je remplaçais un Père qui venait de mourir; au bout de trois ans, étant très fatigué, on me renvoya pour six mois en France, et un Père me remplaça ; je revins ; trois jours après mon retour, mon compagnon mourut dans mes bras, d'une bilieuse.

— Le fait est que l'endroit est essentiellement marécageux.

— Il faut cela pour que les cultures réussissent.

— Et vos enfants?

— Ils sont une soixantaine. Je n'ai du

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reste qu'à me louer des indigènes. Je vais tâcher de prendre une mesure importante à leur sujet : vous savez qu'ils tiennent beaucoup à la circoncision?

— Oui ; fétichistes et musulmans sont unanimes à ce sujet : c'est d'ailleurs une mesure hygiénique utile dans ces pays.

— Parfaitement... Mais, pendant le temps qui précède et suit la cérémonie, les familles reprennent les enfants et les livrent aux marabouts qui cherchent à détruire chez nos jeunes adeptes les principes de foi que nous leur inculquons ; c'est l'occasion de fêtes, de solennités, au cours desquelles ils nous échappent complètement... Pour obvier à cetinconvénient, je tâcherai de faire faire l'opération par un de nos médecins.

— Il y aurait tout à y gagner, mais vous aurez bien des difficultés.

— Je n'en doute pas ; cependant les noirs commencent à avoir confiance dans nos docteurs et si celui de Kita s'y prête, il peut obtenir cette transformation.

L'idée était bonne ; je ne sais si le Père put la faire aboutir.

Ce même soir, grand événement : le premier automobile arrive à Kitaî Mais quelle arrivée ! détérioré , incapable de rouler, poussé à bras, il fait dans la ville une entrée peu triomphale; les roues trop étroites enfoncent dans le sol ; la route, aménagée spécialement, ne peut supporter le poids d'une voiture vide. Que sera-ce, quand ces véhicules seront chargés et quand les chemins seront désagrégés par les tornades?

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