‹ Journal d'un spahi au Soudan, l897-1899Chapitre 4 sur 37 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

mante entre toutes de poésie et d'entrain.

Écoutez :

« ... Je couche habituellement sur le toit de ma case. D'abord, c'est un excellent poste d'observation. Une caravane maure qui arrive, des hommes qui se disputent, des chevaux qui se détachent. . . je vois, j'entends tout, sans même me déranger. A la moindre alerte, je puis, sur-le-champ, rassembler mes spahis...

« Mais ce qui est délicieux, c'est de s'étendre en face du ciel, de sentir passer la légère brise de la nuit, si fraîche, si caressante... de s'endormir à la douce clarté des étoiles, sous un ciel absolument pur, oii les moindres astres brillent d'un incomparable éclat...

(( A peine si de temps en temps, l'hyène ou le chacal, voire même le lion, se font entendre dans la brousse. Parfois un vol de canards passe près de moi, en sifflant...

« ... C'est la nuit sereine et douce... la nuit immense, dans le désert sans bornes... la nuit limpide et mystérieuse, qui porte au rêve et au repos... C'est le moment oij l'on pense à l'avenir, à la famille, à la France et à Dieu. On se sent meilleur et plus heureux, l'âme est paisible et le sommeil arrive à regret...

PREFACE vil

(( Mais, continue le gentil poète, toute médaille a son revers, et ces nuits délicieuses n'ont pas que des charmes.

«Je me réveille en sursaut. — Plus d'étoiles. — Un vent violent m'arrache mes draps, de grosses gouttes d'eau m'aspergent. Un nuage de poussière m'aveugle. C'est la tornade.

« J'appelle un spahi. Je ramasse mes draps, mes couvertures. Je les lance à mon homme et dégringole l'escalier. Il n'est que temps. Le déluge commence. Je refais mon lit, en bas, j'essaie de me rendormir. Mais les moustiques eux ne dorment pas, et le supplice commence...

Et tenez, fut-il jamais plus joli portrait de soldat que ce portrait retrouvé dans une lettre du lieutenant de L... à M'^' Lautour?

« ... Que votre mari était donc un gai et aimable compagnon. Oui, j'aurais dû vous parler dans ma précédente lettre de la délicatesse de langage, de l'élévation d'idées, de l'attitude noble et élégante qui étaient comme sa marque originale, et qui dès l'abord attiraient l'attention sur lui.

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