‹ Journal d'un spahi au Soudan, l897-1899Chapitre 9 sur 37 · LISBONNE · texte numérisé non relu

LISBONNE

enserrent des hameaux qui s'évasent sur des plages dorées : on dirait un panorama fait par des enfants, qui auraient vivement semé leurs jouets au hasard : arbres et maisons, plages et coteaux, vaches paissant et mulets attelés à des voitures basses et légères.

Au loin, dans une brume que le soleil dore et dissipe, l'horizon s'éclaircit d'une masse de toits et de façades blanches : c'est Lisbonne, et voici la grosse tour carrée, noire, lourdement sculptée, qui s'avance dans l'eau, impressionnante et prétentieuse.

D'ici, la ville est très pittoresque, bâtie sur une colline de la rive droite qu'elle couvre entièrement : églises, palais, hôtels, tours, statues, monuments, forment une curieuse agglomération variée et coquette, de tonalités vives et d'architectures contournées. Au premier coup d'œil, on ne voit que les masses et les couleurs; les ruines, les lézardes, la saleté, la misère,

disparaissent dans cette silhouette de grande ville jadis opulente, somptueusement décorée.

A peine V Uruguay ancré au milieu du port, une foule de bateaux se détachent des quais et se hâtent vers nous ; en un quart d'heure, le paquebot est entouré de barques de toutes sortes, les unes lourdement chargées de charbon ou de colis, les autres de passagers, — des émigrants pour l'Amérique; puis c'est toute une flottille de barcarolles, peintes de tons criards, la poupe en l'air, l'avant relevé en arc de cercle, de grandes voiles grecques tombant le long des mâts, et les Portugais, coiffés d'un long bonnet noir, nous hèlent leurs invitations et leurs tarifs.

Nous débarquons dans ce brouhaha indéfinissable, tandis que la grue du bord fonctionne déjà et déverse, dans les profondeurs de la cale, le charbon et les caisses.

Nous commençons par passer au change

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