l' R N A L d' U N VAUDEVILLISTE
Puis, l'œil en feu, le doigt sur la gâchette de sa tabatière, il s'avança et pénétra dans une chambre à coucher où, auprès du lit, il aperçut une paire de bottes et une de bottines entrelacées, et, sur le lit, les deux propriétaires de ces deux genres de chaussures, enfouis sous les draps. Poussant la frénésie jusqu'au bout, le caporal courut au couple, enleva vigoureusement les couvertures et reconnut en la personne de la propriétaire des bottines, — qui?
Sa propre femme, qui était soi-disant sortie depuis le matin pour aller faire de la charpie chez sa tante !
Une autre histoire est celle de cette excellente sentinelle qui, un peu endormie sur les remparts, voit soudain un globe lumineux s'élever lentement à l'horizon.
— Qui vive ? crie le brave garde.
Le globe ne répond pas (dédaigneux comme tous lesglobes)et continue à monter.
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Alors le garde arme son fusil, tire un coup de feu et appelle le poste à son secours.
On examine du regard et on s'aperçoit que le globe lumineux, c'était — la lune î
23 septembre.
La « manie » de l'espion continue à sévir ; j'ai même le regret de constater qu'elle augmente d'intensité dans le corps de la garde nationale !
Il n'est pas une journée possible sans l'arrestation d'un soi-disant collaborateur de M. Bismarck. C'est devenu l'intermède obligé ; et, je suis convaincu que les gardes nationaux seraient encore plus exacts qu'ils ne le sont au service, si au bas de leur billet de convocation le sergent- major mettait : « A dix heures, arrestation d'un espion. »
Cette obstination ne serait que comique si elle n'avait l'inconvénient de troubler la vie des citoyens inoffensifs et de porter un peu trop atteinte à la liberté individuelle de chacun.
Je passe le délit de la violation de domicile, conséquence qui pourrait un de ces matins jouer un vilain tour à ses auteurs, car tout le monde n'aime pas à être dérangé inutilement ; et, à l'heure qu'il est, ce même tout le monde dispose d'une arme quelconque.
Et que pourrait faire lajustice contre un homme perquisitionné sans mandat, à qui la chose aurait tellement déplu qu'il aurait manifesté son mécontentement à coups de revolver.
Il devient donc de plus en plus nécessaire de supplier les gardes nationaux de renoncer au doux passe-temps de la recherche des espions. Qu'ils les surveillent très bien, qu'ils tâchent d'en « pincer » de
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véritables, tant mieux, mais qu'ils n'en voient pas partout. Il y a beaucoup d'espions, c'est vrai, mais il n'y en a pas sous chaque pavé des rues, sous chaque caillou des routes.
2'i septembre.
Quelle bizarre chose que la vie.
Il y a un mois, un canotier qui revenait de Bougival était un farceur, aujourd'hui c'est un héros.
L'état de choses actuel déplaît souverainement aux petites dames, — leur principal grief, c'est qu'il n'y a plus de « fils de famille ».
En effet, la guerre a absolument fait fondre le petit crevé, — cette espèce a disparu ou plutôt s'est transformée.
Nous y aurons au moins gagné cela.