‹ Journal d'un vaudevilliste, 1870-1871Chapitre 5 sur 20 · JUUR.NAL 1) U.N VAUDE VILLISTK · texte numérisé non relu

JUUR.NAL 1) U.N VAUDE VILLISTK

L'ancien gandin de l'empire est chasseur de Yincennes , franc - tireur ou garde mobile ; il ne parle plus de mademoiselle Schneider et n'imite plus Léonce. — Chose extraordinaire , il dit « vingt francs » au lieu d'un « louis », et rougit d'être tutoyé en public par les cocottes qu'il rencontre.

25 septembre.

Hier à la commission des barricades j'ai reçu la visite d'un jeune homme assez proprement vêtu.

— Bonjour, monsieur Ernest Blum, m'at-il dit, vous ne me reconnaissez pas?

— Ma foi non, n'essayai-je pas de dissimuler.

— Alfred P***, dit Malagauche, j'ai joué autrefois dans vos pièces, au boulevard du Temple.

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— Oh ! oui ! répondis-je en me souveluiiit vaguement.

— J"ai laissé pousser mes moustaches, et ça me change... Savez-vous ce que Je viens vous demander ?

— Non, pas encore, mais puisque vous allez me le dire...

— Je viens vous demander si, par le plus grand des hasards, vous sauriez où se trouve en ce moment le iT régiment de cavalerie havaroise ^ ?

Je regardai le jeune homme avec un certain étonnement. A la commission des barricades Louis Ulbach et moi recevons toute la journée pas mal de détraqués, apportant ou des inventions diverses pour faire cesser le siège ou venant nous poser des points d'interrogation plus ou moins fantaisistes.

— Ma question vous surprend? reprit le

1. Le numéro et le nom de ce régiment sont de fantaisie, la suite de ces petits récits expliquera suffisamment pouniuoi je n'ai pas cru devoir duimer les jj authentiques.

jeune homme, et vous méprenez probablement pour un fou. Je ne suis pas fou, j'en suis sûr, et je ne vous aurais pas importuné pour si peu, si mon frère, qui est employé au ministère de la guerre, n'avait pas suivi M. Gambetta à Tours... il m e l'aurait dit, lui !

— Mais comment voulez-vous que je sache une chose pareille !

— Puisque vous êtes ici, vous devez avoir des accointances avec le gouvernement !

— Ce n'est pas une raison, répondis-je en riant.

— Alors, mettons que je n'ai rien dit et excusez-moi de vous avoir dérangé!

— Mais pourquoi diable tenez-vous à savoir où est le 17*" régiment de cavalerie bavaroise ?

— C'est toute une histoire, et tenez je viendrai peut-être vous la raconter un de ces jours; vous en ferez une pièce!

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— Oh ! les pièces cle théâtre, ce n'est guère le moment d'y songer !

— Ce sera pour plus tard, à la paix... je reviendrai... vous dis-je, et vous verrez... il y a une pièce à faire ! Seulement vous ne me donnerez pas de rôle dedans, ce serait bête, et puis je ne serai probablement plus là.

— Pourquoi ?

— Vous verrez, je reviendrai !

Et il est parti sans m'emprunter cent sous, je le reconnais, ce qui d'ordinaire est le dénouement obligé de ce genre de visites.

26 septembre.

Quelqu'un vient de trouver une dénomination assez drôle pour les personnes « méfiantes » qui ont cru devoir quitter Paris avant l'arrivée des Allemands ; il les appelle : les francs-fîleurs ou le régiment de la Fille

de rair.

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Ce régiment n'est pas absolument celui sur lequel il faut compter pour débloquer Paris, non pas qu'il ne soit nombreux, bien équipé et des mieux disposés aux longues trottes, mais par cette modeste raison — qui en vaut plusieurs — c'est qu'on ne sait où il est.

Car le régiment de la Fille de Tair a surtout pour caractère fondamental d'être éparpillé ; il se compose de tirailleurs qui ont tiré les uns sur Londres, les autres sur la Belgique ou sur la Suisse.

27 septembre.

J'ai eu la bonne fortune, bier, d'aller, en compagnie d'un membre du gouvernement, rendre une visite au fort du Mont- Valérien.

La route est toujours la même : Neuilly, Courbevoie, Puteaux et Suresnes ; mais

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quels changements dans ces quatre petits pays si joyeux il y a encore un mois !

Toutes les maisons désertes, les persiennes fermées, les portes barricadées; pas l'ombre d'un habitant; sauf les campements militaires, on croirait traverser le pays de la Belle au Bois Dormant... mais de quelle ■Belle au Bois Dormant, hélas !

A Puteaux, grand étonnement : une femme est sur le pas de sa porte et joue tranquillement avec ses enfants.

Est-ce qu'elle ne sait pas que nous sommes en guerre avec la Prusse et que Paris est assiégé ?

Nous avons envie de descendre le lui apprendre.

A Suresnes, au bas de la montagne, le village reprend un peu d'animation. On rencontre des paysans qui déménagent encore ! — On ne taxera pas ceux-là de précipitation! Un marchand de vins est ouvert

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