DOUVRES
4 août 1802.
Notre société se composait de deux messieurs, de trois dames, d’un homme et d’une femme de service, ainsi que d’un courrier ; il fut convenu que nous devions voyager en barouche et en coach h celle-là très légère et ne contenant que nous, celui-ci portant serviteurs et bagages ; c’est ainsi que nous arrivâmes à Douvres, à V Auberge du Navire 2, pour le déjeuner du malin, espérant, le même jour, faire voile pour la France.
A peine arrivés, nous fûmes assaillis par un patron de bateau, qui se montra des plus empressés à nous guider. Ces gens-là s’imposent aux voyageurs pour leur faire louer un bâtiment privé qui leur coûte vingt-cinq guinées, alors que le prix du paquebot est d’une guinée par personne, et de deux guinées 3 par
i. La barouche était une voiture de luxe, très légèrement construite, assez analogue à notre calèche ; elle pouvait se découvrir et le siège était mobile. Un très curieux catalogue d’un carrossier établi à Paris à cette époque (Bibl. Nationale, Estampes, Ld. 17 a) en donne une description sommaire et malheureusement la planche manque. — Le coach de voyage était au contraire une voiture très solide et assez lourde.
a. The Ship Inn.
3. Rappelons que la guinée, équivalant à ai shillings représente, de nos jours, environ aG francs 80. Au mois d’août 180a, elle représentait à peine a4 francs 5o en raison du cours du change à cette époque. Voir plus bas, p. 35, note 1.
voiture. Pour nous entraîner au premier choix, il nous dépeignit, sous les plus fortes couleurs, les nombreux avantages de ce moyen de transport, ainsi que les dangers et les difficultés qui accompagnaient l’autre. Il aurait presque voulu nous faire croire qu’il soufflait deux sortes de vents, l’un pour les navires frétés à grand prix, l’autre pour la canaille h Étant déterminés à prendre le paquebot, nous n’eûmes plus qu’à espérer un vent favorable2; mais comme un calme complet persista tout le jour, ce ne fut que le lendemain matin à neuf heures, que nous pûmes nous installer à bord. On nous avait recommandé de remettre notre argent entre les mains d’un banquier de Douvres, qui nous ouvrirait un crédit sur un autre banquier de Calais, en vue de nous approvisionner de la monnaie convenable pour voyager en France : ainsi fut fait.
Comme nous nous promenions ce matin-là sur la jetée, un triste accident arriva à un cheval, par la négligence du conducteur ; celui-ci faisant reculer sa chai-rette sur le bord, le pauvre animal tomba entre un bateau et un mur, et, malgré tous les efforts pour le sauver, il fut écrasé 3.
Le prix d’un bâtiment privé est, comme je l’ai déjà dit, de vingt-cinq g minées. Cette somme paraît, à première vue, considérable ; pourtant, quand on songe que les droits de port s’élèvent, pour Calais seul, à quinze livres sterling, elle ne paraît plus si déraisonnable. Ce règlement, et celui qui oblige tout Anglais à revenir sur un vaisseau français, furent l’objet de