LONDON
Filnted by A. Strahsn, Printers-Straet}
SFOR T. CADELL, JUN. AND W. DAVIES, IN THE STRAND. ï802.
JOURNAL D’UN VOYAGE A PARIS
Au mois d’Août 1802
PRÉFACE
Il est, je pense, nécessaire de m’excuser près du public en lui présentant un ouvrage de cette nature ; ainsi qu’on s’en est souvent plaint, et avec raison, les personnes qui voyagent pour leur agrément sont tellement frappées par les nouveautés rencontrées en pays étranger, que le monde entier, s’imaginent-elles, doit y trouver le même intérêt qu’elles-mèmes. Aussi la littérature est-elle féconde en productions imparfaites de voyageurs ignorants dont les découvertes les étonnent eux-mêmes beaucoup plus qu’elles ne sauraient instruire ou divertir le lecteur.
Afin de me justifier autant que possible et afin d’éviter une pareille critique, je préviens que les pages qui vont suivre n’ont d’autre but que de donner à mes compatriotes quelques avis utiles pour faire un tour sur le Continent; ils leur permettront d’échapper à de nombreuses difficultés et leur indiqueront ce qui
PRÉFACE
peut être le plus digne de leur attention1. Ces avis s’adressent particulièrement à ceux dont le temps est limité, ou à ceux qui ne sont pas assez familiarisés avec les usages français pour échapper aux inconvénients sans nombre qui menacent le voyageur anglais.
Au commencement de l’été, désirant visiter Paris et ne connaissant personne qui eût fait ce voyage, je m’informai vainement de l’état actuel de la France, afin d’évaluer les dépenses probables qui m’y attendaient, et le train que, pour ces dépenses, je pourrais y mener. J’aurais voulu recueillir quelques données sur la manière de voyager, sur la sécurité des étrangers dans le pays, et, en général, sur les conditions de la société à Paris ; mais je ne trouvai nulle part des renseignements sincères : tous se trouvant empreints de parti pris politique, ou donnés sous l’impression défavorable que provoque en ce moment le seul nom de la France. Il me parut qu’un récit au jour le jour, et un simple exposé de ce qui m’était arrivé durant celte courte excursion, répondraient aux besoins de ceux qui voudraient l’entreprendre à leur tour.
Voilà pourquoi je me risque à publier ce journal. Il ne prétend pas être très riche en renseignements ; cependant, les critiques seront, je l’espère, désarmés, s’ils ne considèrent que mon fervent désir d'avoir été utile, et les efforts que j’ai faits pour peindre fidèlement tout ce que j’ai vu.
i. Notre voyageur n’est pas le premier qui ait tenu à couvrir la publication de son récit de l’étiquette Conseils ou Renseignements. Longtemps avant lui, Philip Tliicknesse fit un voyage en France et intitula la relation qu’il en fit sous forme de lettres : Usejul hints to Ihose who niake the tour of France... (Lond., 1768. In 8°). Dès le début du xix” siècle parut en Angleterre un Practical guide ( 1802); l’épithète a été ensuite adoptée en France.
PRÉFACE
Presque tout le monde, aujourd’hui, serait curieux de connaître l’effet produit sur le pays et sur le peuple par cette prodigieuse révolution. Le changement sera saisissant pour ceux qui ont connu la France sous la monarchie. Pour les autres, il sera fort intéressant et en même temps fort instructif de constater tout le bien et tout le mal qui ont pu, chez un peuple aussi puissant, résulter de la destruction de toutes les anciennes autorités constituées. Les faits les plus insignifiants nous conduisent souvent à d’importantes conclusions et je dois dire qu’en parcourant ce pays avec un œil observateur, j’ai eu souvent à m’étonner, souvent à blâmer, et quelquefois à admirer.
La vie en France est, en tous points, si différente de la nôtre qu’une famille anglaise, pourvue de bons serviteurs, et ne craignant pas la dépense, sera, faute de conseils, exposée à y rencontrer encore assez de difficultés pour gâter son plaisir et cela au détriment même de sa bourse. C’est à ceux-là que je m’adresse. Si mes avertissements peuvent contribuer à l’agrément et à la facilité de leur voyage, je considérerai mon but comme pleinement atteint.