‹ Journal d'un voyage à Paris au mois d'août 1802Chapitre 17 sur 60 · DE BOULOGNE A ABBEVILLE · texte numérisé non relu

DE BOULOGNE A ABBEVILLE

7 août.

Dans la matinée, je contournai Boulogne jusqu'à la jetée, et constatai que, de la mer, il était impossible de se faire une idée exacte de la ville. La note fut plus élevée à Boulogne qu’à Calais, quoique nous fussions servis avec moitié moins d’élégance. Les Anglais ont d’ailleurs lamalechance de trouver, en arrivant en France, une auberge tellement supérieure à toutes les autres qu’elle fait paraître ces dernières pires encore qu’elles ne le sont en réalité.

Nous quittâmes la place, peu après neuf heures, par une chaleur excessive; le trajet est accidenté, mais la route est excellente jusqu’à Abbeville, et pavée dans le milieu, avec un bon chemin de chaque côté, comme en Angleterre ; c’est de celui-ci que l’on se sert toujours en été. Nous passâmes devant plusieurs châteaux, tous paraissant hermétiquement fermés, ou seulement habités en partie. Le long de la route, la population nous sembla extrêmement clairsemée, et je ne crois pas que nous vîmes, pendant cette journée, le tiers de monde que nous aurions rencontré, en Angleterre, sur le même parcours. Les récoltes étaient, en général, fort

JOURNAL D’UN VOYAGE A PARIS

maigres, et nous entendîmes bien des gens se plaindre de ce que les cultivateurs épuisaient les terres, sans les entretenir par un engrais convenable. Nous ne pûmes marcher toute la journée qu’avec une extrême lenteur et pensâmes que notre voiture légère était sans avantage, car une voilure française, d’un poids excessif, nous devança continuellement sur la route.

En entrant dans Montreuil, nous fûmes très frappés de la beauté du site, à la fois imposant et pittoresque 1 . La première chose qui frappe l’œil en pénétrant dans la ville, après avoir gravi la colline, c’est un château et une église superbes, l’un et l’autre ruinés par le peuple, durant les jours furieux de la Révolution. En traversan t la place du Marché, nous aperçûmes une ruine grandiose, celle de l’église Notre-Dame, détruite de la même manière ; nous apprîmes que Montreuil était primitivement divisé en cinq paroisses formées de cinq églises ; mais Sa Majesté le Peuple, jugeant plus sage de s’en tenir à une seule paroisse, à quoi suffirait une seule église, s’attaqua aussitôt aux quatre autres infortunées ; il en vendit les matériaux ou les employa à la réfection et à la décoration de ses propres maisons. Ce procédé sommaire eut lieu en l’an III de la Révolution 2.

Les ruines de Notre-Dame sont admirables, et les chapiteaux des piliers restés debout, sont des plus riches ; quelques restes de sculptures, au fond d’une chapelle, nous donnèrent une idée de l’ancienne magnificence de ce monument 3. Nous eûmes l’impru-

1. Au lieu de « nous fûmes très frappés... » ( we were much slruck), la 3* édition porte : «nous fûmes très charmés... » (we were much pleased).

2. Voir Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France, par Charles Nodier, J. Taylor et Alph. de Cailleux, Picardie, t. 111 (i845. In-fol.), feuilles 191-195 et les planches.

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