‹ Journal d'un voyage à Paris au mois d'août 1802Chapitre 19 sur 60 · Cf. plus loin, p. 68, note i · texte numérisé non relu

Cf. plus loin, p. 68, note i

d’abbeville a paris.

8 août.

Nous avions espéré devancer les Anglais qui nous avaient dépassés, mais, malgré tous nos efforts, ils trouvèrent le moyen de partir avant nous. La chaleur était forte et semblait augmenter d’heure en heure. La route était toujours bonne, et nous étions beaucoup mieux conduits que la veille, grâce, sans doute, à un pourboire de quelques sous, donné aux postillons en plus du tarif habituel.

En arrivant à Picquigny, on voit à sa droite le beau couvent des Bernardins dont l’église a été détruite ; le couvent lui-mème a été acheté dernièrement par un manufacturier d’Amiens, pour être, nous dit on, transformé en une fabrique de papier. Cet édifice imposant s’élève sur un vaste terrain, dans une très belle situation. Nous remarquâmes, dans la ville, sur une roche abrupte un vieux château qui s’écroule, inhabité : il avait appartenu jadis à un comte d’Artois. Nous souffrîmes beaucoup de la chaleur en allant à Amiens, où les gens nous pressèrent de rester pendant le milieu du

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JOURNAL D’UN VOYAGE A PARIS

jour; mais nous étions très désireux d’arriver et nous continuâmes notre voyage1.

Au cours de cette nouvelle étape, nos postillons, tout tranquillement et sans nous consulter, permirent à un ami rencontré sur la route, de monter sur le derrière de notre barouche ; nous crûmes préférable de ne rien dire ; cet homme, figure curieuse, était coiffé d’un grand tricorne et était vêtu des débris d’un antique habit brodé. Il était inoffensif, poli, et aussi communicatif que son intelligence pouvait le lui permettre. Lorsque nous atteignîmes l’endroit où il comptait descendre, il salua et remercia.

Pendant les trois relais suivants, nous souffrîmes tellement de l’intense chaleur, qu’il nous fut impossible d’aller au-delà de Breteuil où nous nous arrêtâmes à quatre heures ; notre courrier, un Français, pour qui monter à cheval par cette chaleur n’avait rien de pénible, se montra fort surpris que celle-ci nous eût ainsi éprouvés. Nous demeurâmes là, quatre heures, nous rafraîchissant avec d’excellents abricots, du café et de la bonne crème ; quand le soleil baissa, nous reprîmes notre route, décidés, si possible, à marcher toute la nuit pour gagner Paris avant une nouvelle journée de canicule. Ainsi fut fait; la lune se leva dans toute sa splendeur et la fraîcheur du soir fut un véritable paradis, après ce que nous avions enduré. Ces dames n’étaient pas sans craintes à la pensée de voyager toute une nuit en pays étranger ; mais cela

i. Les trois volumes consacrés à la Picardie par les auteurs des Voyages pittoresques el romantiques dans l'ancienne France (cf. ci dessus, p. 26, note 2), renferment de fort belles et fort intéressantes illustrations pour toute cette région. — Voir aussi le Voyage pittoresque de la France (par J. -B. de Laborde et autres), 1781-1792.

Breteuil.

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