ÉCOUEN
se peut faire en France en toute sécurité; les lois qui régissent la circulation sont très sévères, et il est impossible aux postillons de tremper dans quelque brigandage sans être découverts immédiatement. Nous ne rencontrâmes aucune difficulté et je crois même que nous marchâmes plus rapidement que durant le jour.
Mon ami et moi montions tour à tour sur le siège pour assurer notre sécurité ; j’ajouterai que nous étions l’un et l’autre, armés d’une paire de pistolets chargés, dont nous n’eumes pas l’occasion de nous servir. Nous fiâmes amplement dédommagés de l’inconvénient d’un voyage nocturne en pensant que, si nous n’avions évité de continuer à nous exposer à l’extrême ardeur du soleil, nous n’aurions su échapper à quelque mal sérieux.
Aucun incident digne d’attention ne survint pendant la nuit, sauf que nous faillîmes verser à Clermont, par la faute de nos postillons qui, malgré toutes nos plaintes, lâchaient la bride à leurs chevaux ; à noter aussi qu’à Ecouen, où nous nous arrêtâmes pour déjeuner, nous fûmes exploités au-delà de toute mesure ; pour quelques tartines de beurre rance et un café très ordinaire, on nous taxa à seize livres.
A mesure que nous approchions de Paris, toutes nos sensations de fatigue disparaissaient ; la curiosité, et un sentiment indéfinissable que l’on éprouve toujours à l’approche des lieux nouveaux, dominèrent toutes les difficultés; nous oubliâmes ainsi tous les petits ennuis que nous avions endurés, pour ne plus songer qu’au plaisir qui nous attendait. Les abords de Paris sont en vérité d’une beauté remarquable ; ces superbes alignements d’ormes élevés, bordant une large chaussée, ainsi que toutes ces larges voies convergeant au même
point, ne peuvent que provoquer l’admiration la plus complète. La route, ou plutôt l’avenue est absolument droite à partir de Saint-Denis ; elle compte six milles, ou une poste; comme jadis, elle est taxée double; c’est ce qu’on appelait autrefois une poste royale, mais on l’appelle aujourd’hui poste nationale. Il faut payer double poste pour l’entrée à Paris, et une poste et demie lors du départ '.
i. Ces tarifs exceptionnels étaient, du reste, indiqués d'une façon très précise dans le Livre de Poste.
ARRIVÉE A PARIS. - l'hÔTEL RICHELIEU. — LES TUILERIES,