LE CARROUSEL ET LE PALAIS-ROYAL
0 août.
Arrivés aux portes de Paris à sept heures du matin, nous n’y fûmes retenus que peu de temps pour le visa de nos passeports. L’Hôtel de Courlande, place de la Révolution, et l’IIôtcl des Etrangers, à côté, nous avaient été recommandés. L’un et l’autre, de belle apparence, se trouvèrent combles b ÎNous essayâmes alors l’Hôtel Richelieu où l’on nous reçut et où l’on
i . L’hôtel de Courlande occupait depuis peu l’un des anciens hôtels particuliers compris dans les constructions situées en façade sur la place de la Révolution (actuellement place de la Concorde), entre la rue de la Concorde (actuellement rue Royale) et la rue des Champs Elysées (actuellement rue Boissy-d’Anglas). L’Almanach (lu Commerce pour l'an XI (par Duverneuil et La Tynna), p. io5, le situe au n° i, c’est-à-dire probablement à l’angle de la place de la Concorde et de la rue Royale, et nous apprend qu’il était tenu par Bcauvalet. L'installation en était récente, car il ne figure pas dans l’Almanach de l’an \. — Cet hôtel était fort cher et on y était «écorché à vif». Cf. Lanzac de Laborie, Paris sous Napoléon , t. II (iyo5), p. 3ào, où l’on trouvera deux références qui le concernent.
Non moins cher devait être l'hôtel des Étrangers qui se trouvait tout près de là, rue de la Concorde (actuellement rue Royale), n° G87, et dont le gérant se nommait Dupiéris. ( Almanach du Commerce pour l’an XI, p. 106.) — Le même hôtel figure sous le n” G dans V Almanach de 1807 ; il occupait doue un des immeubles situés de l’autre côté de la rue, entre le Ministère de la marine et la rue Saint-IIonoré.
JOURNAL D’UN VOYAGE A PARIS
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nous logea magnifiquement. Nous ne remarquâmes pas au premier abord, que nos appartements étaient fort bruyants, et tout le jour exposés au soleil ; il s’en trouvait, il est vrai, dans l’hôtel, de plus beaux et de moins bruyants, mais ils étaient déjà occupés.
La maison avait appartenu au célèbre maréchal de Richelieu1, et son fils l’avait vendue pour payer des dettes de famille; pendant la Révolution, elle passa en différentes mains et devint finalement un hôtel meublé, ce à quoi elle se prêtait particulièrement bien 2.
Nous avions une suite de pièces, au même étage, consistant en antichambre, salle à manger et boudoir,
i. La 3° édition porte : « Au célèbre cardinal de Richelieu ». Fâcheuse variante qu’il faut probablement imputer à un copiste inattentif, plutôt qu’à l’auteur qui était très lettré, et certainement incapable de commettre une pareille confusion.
a. Pour se rendre compte de la situation de l’hôtel Richelieu (hôLel garni), il faut se rappeler ce qu’était le quartier Gaillon avant l’existence de la rue du Quatre-Septembre et de l’avenue de l’Opéra ; il faut aussi faire abstraction de la partie supérieure de la rue d’Antin, audessus de l’Avenue de l’Opéra, partie qui ne fut ouverte qu’en x 83 g . La rue de Port-Mahon, projetée dès l’an III sous le nom de rue de la Fontaine, entre le carrefour Gaillon et la rue de la Place Vendôme (maintenant rue Louis-le-Grand), ne devait être qu’à peine construite en 1802, car si elle figure sur la 7" planche de l’excellent plan de Maire, daté de 1808, on n’en voitpas trace encore sur la même planche de l’édition datée de l’an XII.
L’entrée de l’hôtel Richelieu, tenu par Grégoire, était rue Neuve Saint- Augustin (aujourd’hui rue Saint-Augustin), n° 7(18 ( Almanach du Commerce pour l’an XII). V Almanach de 1807 lui assigne le n° 3o, d’où il faut conclure que cette entrée devait se trouver vers les n°‘ 32 ou 34 actuels, peut-être même sur l'emplacement où la rue Saint-Augustin, à l’angle de la rue d’Antin, débouche maintenant sur l'avenue de l'Opéra. Les jardins de l’ancien hôtel du maréchal de Richelieu étaient fort vastes: le percement de la rue de Port-Mahon les diminuait un peu du côté de l’est, mais ils étaient limités à l’ouest par la rue Louis-le-Grand (rue de la Place Vendôme en 1802), et s’étendaient jusqu’au boulevard. Le pavillon de Hanovre, qui existe encore aujourd’hui, en était une dépendance ; il venait d’être, ainsique les jardins, consacré à un lieu do plaisir et à un centre d’attractions diverses, et rivalisait avec Frascati et Tivoli sans arriver à égaler ses concurrents. Nous aurons l’occasion d’en reparler plus loin.