HÔTEL RICHELIEU
ouvrant sur les chambres et cabinets de toilette, avec des water-closet très bien aménagés. A première vue, tout cela nous parut fort élégamment meublé ; mais, en quelques heures, cent autres élégances, apparemment neuves, vinrent s’ajouter, fournies, j’imagine, par un entrepreneur qui meuble les hôtels, moyennant le prix de la location.
Nous convînmes de payer nos appartements dix louis par semaine, et après avoir un peu marchandé, vingt louis pour l’entretien de notre table comprenant cinq personnes, plus deux domestiques ; cette convention comportait aussi la fourniture de deux bouteilles devin. Nous jugeâmes par la suite que c’était une organisation mauvaise et peu usitée. L’habitude est de demander chaque jour la carte du traiteur. Celle carte porte l’indication des plats ainsi que le prix de chacun d’eux, et l’on y fait son choix suivant son goût ; celle manière de faire est généralement plus économique et on a, en plus, l’agrément de choisir ce qu’on aime. Nous arrêtâmes un valet de pied à 4 livres par jour, nourri à ses frais, et commandâmes voiture et chevaux au prix de 25 gui nées par mois 1 ; ainsi, dans l’espace d’une heure, nous nous étions procuré tout le luxe et le confort nécessaires.
Nous étions fatigués du voyage et pensant qu’un bain chaud serait le meilleur moyen de nous rafraîchir, nous nous fîmes conduire aux Bains Chinois, sur le boulevard; ils sont confortables, mais coûteux, car on y paie trois livres pour l’entrée et trois pour le ser\ ice
i. La gainée (ai shillings) représentait, à peine a \ francs 5o, en raison (lu taux du change de Paris sur Londres à cette époque (a3 fr. iâ à 3o jours).
a. Les Bains Chinois se trouvaient sur le boulevard de la Chaussée d’Anlin (maintenant boulevard des Italiens), entre la rue de La Micho-
Nous essayâmes, au retour, de prendre quelque repos, mais vainement hélas ! Il est vrai que l’ardent désir de commencer nos promenades dans cette ville si fameuse nous rendit un nouveau courage.
Notre première tournée à travers les rues fut divertissante : la première nouveauté était dans la manière dont les rues sont pavées ; il n'y a pas de trottoirs et les voitures rasent les murs au grand détriment des piétons h Les maisons sont plus élevées qu’à Londres,
dière et la rue de Choiseul. Us avaient été construits en 1787 par Nicolas Lenoir, dit le Romain [17UG-1810] et ne disparurent qu'en 1 853 . Le Guide du voyageur à Paris (Paris, GuefTier, an X-1802), p. 5g, leur a consacré une notice et les gravures qui les représentent sont nombreuses ; il suffira de citer ici les deux charmants médaillons tirés en couleurs et exécutés à l’époque de l’achèvement de cette construction bizarre. Ils ont été dessinés par Sergent, gravés l’un par Guvot, l’autre par Le Campion fds, et font partie (n°s 102 et io5) de la suite publiée chez Les Campions frères, à la fin du xviu1 siècle.
1. Depuis longtemps, et même avant la Révolution, les plaintes formulées à ce sujet par les parisiens, étaient nombreuses ; Mercier nous en a transmis l’écho ( Tableau de Paris, édition de 1788-1789, I, 32, 6g; IV, i32 ; V, 162, 1 63 ; VIII. i33, etc.). Cf. Lanzac de Laborie, Paris sous Napoléon, II, 327. Les premiers trottoirs établis à Paris furent peut-être ceux du Pont-Neuf ; Poncet de La Grave en dit un mot ( Projet des embellissements..., 1756, II, i3g), mais plus tard, quand la nécessité en fut enfin reconnue, les riverains les acceptèrent difficilement, se plaignant, non sans raison, de l’exhaussement du seuil des maisons. En 1802, l’abbé Arthur Dillon publia une brochure sur la question : Utilité, possibilité, facilité de construire des trottoirs dans les rues de Paris (Paris, Desenne. In-8°, 35 p.), puis, deux ans après, un Second Mémoire sur les trottoirs à construire dans les rues de... Paris (Paris, imp. Porthmann. In-8°, 27 p.). Mais la routine était difficile à vaincre : malgré l’enquête officielle ouverte à ce sujet par le Préfet do la Seine en juillet i8o3, l’architecte Goulet souleva de nouvelles objections, allant même jusqu’à voir un danger dans cette amelioration de la voie publique. ( Observations sur les embellissements de Paris... parM. Goulet, architecte..., Paris, chez l’auteur, 1808. In-8°, p. 16/1-171.)
Les accidents étaient cependant fréquents, et ce, malgré la sévérité des tribunaux envers les cochers imprudents ; les journaux du temps en apportent de nombreux témoignages : l’un de ceux-ci se rapporte précisément à l’époque du séjour de notre voyageur dans la capitale et vient confirmer la justesse de son observation. « Par jugement du 2/1 messidor an X f 1 3 juillet 1802] Jean-Pierre Bussières, cocher, et Jean-Bap-
Le Palais des Ti ieeries (r' vuoi.