‹ Journal d'un voyage à Paris au mois d'août 1802Chapitre 23 sur 60 · LES TUILERIES · texte numérisé non relu

LES TUILERIES

et toutes sont construites en pierres blanches. Les monuments publics sont plus beaux que les nôtres. Paris, clans son ensemble, me fit l’effet d’une ville tout à fait magnifique.

La chaleur était intense et notre premier dîner se trouva d’un goût trop français pour nous. Le soir, nous allâmes au jardin des Tuileries par la place de la Révolution, ancienne place Louis XV. Là, sur l’emplacement où le roi Louis XVI fut immolé, nous payâmes par la pensée un juste tribut à sa mémoire, et nous contemplâmes avec le plus vif intérêt les différentes parties de cette place rendue fameuse, je dirai plutôt infâme i, par le spectacle des drames les plus horribles et les plus sanglants 1 cpii aient jamais déshonoré un peuple civilisé.

D’un côté de la place, s’élève une série de constructions actuellement occupées, d’un côté, par un Ministère, et de l’autre, par un hôtel meublé et des habitations privées. Là était autrefois le Garde-meuble du roi, qui fut pillé dans le temps où tout ce qui appartenait à la famille royale était saccagé et volé2.

Les jardins des Tuileries sont beaux et spacieux, mais à l’ancienne mode française avec des promenades

tiste Morel, loueur de carrosses, comme civilement responsable, ont été condamnés, Bussières à quatre jours d’emprisonnement et solidairement avec Morel en 25 francs d’amende et 3oo francs de dommages-intérêts, pour avoir renversé un citoyen par la rapidité d’un cabriolet conduit par Bussières et appartenant au dit Morel. » (Courrier des spectacles du 21 thermidor an X [9 août 1802], partie supplémentaire, p. 3, 2" col.)

1. Ce mot est en italiques dans le texte. — Cf. A. Babeau, Les Anglais en France, p. i56.

2. Cf. ci-dessus, p. 33, note 1. — La liste des ouvrages concernant l'histoire du vol du Garde-meuble a été dressée par M. Tourneux dans sa Bibliographie de l’hist. de Paris pend, la Révol., t. 1, p. 29G, n°‘35ii et ss. Le décret relatif h la vente du mobilier national est du 10 juin 1793. (Tourneux, ibid., t, 111, n“ 17707.)

JOURNAL D’UN VOYAGE A PARIS

et des avenues toutes droites. Ils sont limités par la Seine le long de laquelle se trouve une jolie terrasse ; le palais est construit en façade sur les jardins et s’étend jusqu’au Pont-Royal1; la partie proche du fleuve est occupée par le Premier Consul. J’en donne ici un croquis, pris de l'autre côté de l’eau ; la ligne de constructions, qui longe le bord du fleuve, est le palais du Louvre où se trouvent la galerie de peintures et la grande salle des statues.

De là nous traversâmes la place du Carrousel qui s’étend devant le palais, et où se trouvent les quatre fameux Chevaux de bronze rapportés de Venise. On en a tant de fois célébré la beauté que je n’ajouterai qu’un mot d’éloge à tous ceux qui leur ont été prodigués ; je ne les trouve pourtant pas bien placés 2 ; il me semble que l’artiste avait dû les exécuter pour être attelés à un char, par conséquent pour être placés ensemble sur un même piédestal ; actuellement ils sont séparés et loin les uns des autres 3.

1. Le texte donne « port royal »; c’est une faute typographique évidente qui se reproduit dans la 3‘ édition, mais qui, là, est relevée dans les Errata. — Voir les planches VII et VII bis.

2. La grille qui séparait la place du Carrousel de la cour des Tuileries était percée de trois portes ; les quatre chevaux de Venise avaient été placés isolément sur chacun des pilastres des deux portes extrêmes. Ils ne furent érigés que plus tard au sommet de l’Arc de triomphe construit de 1806 à 1808 sur les dessins de Percier et de Fontaine. Le char de plomb doré auquel ilsfurent alors attelés était de Lemot. Rendus en 1 8 1 5 à l’Italie, les chevaux de Venise furent remplacés par le quadrige de Bosio. — Cf. A. Babeau, Les Anglais en France, p. 3a et 1I12, ainsi que le Merceriana publié par M. Tourneux, Paris, librairie Tcchener, i8g3, p, 23. (Extrait du Bulletin du bibliophile, année 1892, où la note de Mercier de Saint-Léger, accompagnée d’un intéressant commentaire de ledileur, occupe la page 25G.

3. Dans la 3” édition du Journal, cet alinéa se termine par un passage qui n’est pas dans la 1” : «Je ne donne ceci qu’à titre d’opinion personnelle, mais cette opinion a déjà été émise par d’autres et je dois déclarer qu’elle s’accorde avec l’idée que je me fais de la première

VII bis. — Le Palais des Tuileries (n« vue).

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