‹ Journal d'un voyage à Paris au mois d'août 1802Chapitre 24 sur 60 · PALAIS-ROYAL · texte numérisé non relu

PALAIS-ROYAL

C’est au coin d’une des rues qui aboutissent à la place, qu’eut lieu l’attentat contre Bonaparte; l’explosion éclata sur une charrette qui obstruait le passage de sa voiture allant à l'Opéra ; il n’échappa que par miracle, à en juger par les deux maisons du coin, dont la façade fut gravement endommagée, ainsi qu’en témoignent les traces visibles de réparations récemment exécutées1. De là, nous gagnâmes le Palais- Royal qui a toujours été et est encore un lieu de plaisir. Il suffit, pour ceux qui l’ont déjà vu, de dire que rien n’y est changé ; pour les autres, une courte description ne sera pas inutile.

Il fut construit par le duc d’Orléans, avec l’intention d’en réserver une partie pour en faire son palais. L’intérieur forme un carré long, entouré d’arcades sous lesquelles sont des magasins, et au-dessus de ceux-ci les étages supérieurs, merveilleusement agencés pour cette destination, sont occupés par des salons de réunions ou des salles de jeu ; au milieu est un grand jardin, avec une rangée de boutiques dans la partie haute. Le soir, cet ensemble offre un spectacle très nouveau et très gai ; les boutiques sont brillamment illuminées et les étages supérieurs ne sont pas moins resplendissants. 11 était visible, et nous nous en rendîmes bien compte, que le jeu y était intense2.

pensée de l’artiste. Tels quels, ils nous représentent une race de chevaux très différents de ceux qui font notre admiration, de proportions plus massives et de bien plus forte encolure ; le travail est des plus exquis, et les tètes ont un air de fougue étonnamment bien rendue».

1. Il s’agit de l’attentat de la rue Saint-Nicaise, commis le 3 nivôse an IX (2/1 décembre 1800). — Cf. Lanzac de Laborie, Paris sous Napoléon, I, p. 125.

2. La bibliographie du Palais- Royal est très abondante. Nous nous bornerons aux indications se rapportant directement à l'époque qui nous intéresse : Annuaire ou Tableau du Palais du Tribunat, contenant l’historique... Par J. -F. Norrnant,... (Paris, Favre, an X. In-18, avec fig.). —

JOURNAL D’UN VOYAGE A PARIS

Dans le jardin et sous les arcades, se trouve une fort mauvaise compagnie ; les fdles y fourmillent, indécemment nues et si effrontées, qu’une femme bien élevée ne saurait passer à côté d’elles sans en être choquée et même offensée. Je dois observer pourtant, que, si dépravées qu’elles soient, on n’en rencontre pas, dans les autres quartiers de Paris, qui soient aussi perverties que celles de Londres. La police, à cet égard, semble supérieure à la nôtre, car ces dames sont parquées entièrement dans le Palais-Royal, c’est-à-dire que, là seulement, on les voit violer à ce point les lois de la décence.

Nous rentrâmes à l’hôtel extrêmement fatigués, mais très amusés par cette première toui'née. Pendant la nuit, un violent orage, avec tonnerre et éclairs, causa un grand incendie près de Paris, mais la gravité du sinistre fut considérablement atténuée par le dévouement des pompiers 1 .

Voyage autour des galeries du Palais-Egalité, par S . E [Sellèque] (Paris,

Moller, an VIII. In-18, avec fig.). — La Revue de l'an huit ou les originaux du Palais-Egalité (Paris, Barba, 1800. Iu-18, avec lig.). — Le gros Lot ou une journéede Jocrisse au Palais-Egalité, par Hector Cliaussier (Paris, Roux, an IX. In-18, avec fig-). — La liste pourrait encore s’allonger ; cf. Lanzac de Laborie, Paris sous Napoléon, II, p. 20G et 353, et A. Babeau, Les Anglais en France, p. à 2 et 1 38.

1. Les journaux de l’époque ont tous parlé de cet orage qui sévit dans la région parisienne dans la nuit du 21 au 22 thermidor au X (9-10 août 1803), et nous savons, ainsi, que l'incendie en question eut lieu à Roissy, entre Gonesse et Dammartin, c’est-à-dire à environ quatre lieues et demie de Paris. Le Journal de Paris du 25 thermidor ajoute : (( Le Préfet de Police, à la première nouvelle qu’il a reçue de cet accident, s’est empressé de faire partir en poste un détachement de pompiers... ».

Un autre incendie, causé par la foudre, et accompagné de différents phénomènes météorologiques, éclata en même temps dans Paris, rue de Seine (maintenant rue Cuvier) près du Jardin des Plantes. Le Journal de Paris du 28 thermidor donne le récit de cet accident, et la Décade philosophique du 3o (p. 372) contient à ce sujet une curieuse lettre de Georges Toscan, bibliothécaire du Muséum d’histoire naturelle.

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