LE BANQUIER PEHUEGAUX. — MUSÉE DU LOUVRE. — FRASCATI
10 août.
Notre premier soin, ce jour-là, fut de récapituler nos dépenses jusqu’à ce jour. Le voyage de Calais à Paris avait coûté, pour dix chevaux (les deux voitures nous appartenant) et tous les menus frais de route qui nous permirent de vivre très confortablement, mais sans extravagance, exactement 1.278 livres2 ; d’après ce chiffre, il est aisé d’évaluer ce que coûterait un même voyage, avec plus ou moins de luxe ; il serait toutefois difficile de réduire la dépense plus que nous l’avons fait nous-mêmes.
Nous nous rendîmes chez M. Perregaux, afin de regarnir notre bourse de voyage et nous découvrîmes alors que le change était bien plus désavantageux que nous ne l’avions imaginé ; toute déduction faite, la perte s’élève à bien près de 5 %. Voici comment la maison Perregaux nous établit le compte de change d’une traite de cent livres sterling sur l’Angleterre.
1. Ce mot est en français dans le texte ; il s’agit, bien entendu, de francs et non de livres sterling. — Cf. plus haut, p. i4, note 1.
JOURNAL D’UN VOYAGE A PARIS
livres.
sols.
75 louis d’or ....
Agio .
Argent .
ce qui ne correspond qu’à q5 livres sterl., i shilling et 3 pence 1 .
J’eus l'occasion de me renseigner sur la situation de la fortune mobilière en France, les porteurs de rentes n’ayant rien touché depuis la Révolution ; voici ce que j’appris d’intéressant à ce sujet. Toute personne ayant par exemple possédé, sous l’ancien gouvernement, un titre de 3oo livres sterling, est obligée d’en accepter le tiers, c’est-à-dire, en l’espèce, ioo livres sterling de capital dont l’intérêt, du 21 mars 1798 au 21 mars 1800 est payé en papiers appelés bons, et dont la valeur en argent est de 5o pour cent. L’intérêt, à partir du 21 mars 1800, jusqu’à ce jour et au-delà, est payable en argent. Les arrérages antérieurs au 21 mars 1798 sont entièrement annulés2.
Quel que soit le capital, le titre original doit être abandonné ; s’il s’agit d’une rente viagère, l’intéressé doit fournir son acte de naissance et un certificat de vie, celui-ci délivré à Londres, par M. Otto 3, et en
1. Le change de Paris sur Londres valait ce jour-là a3,i5 à 3o jours et 22,96 à go jours. ( Cours des effets commerçables à la Bourse de Paris du 23 thermidor an X (n août 1802) et Journal du commerce de la même date.) - Perregaux était alors le banquier attitré des Anglais qui venaient à Paris; sa maison de banque, attenant à son hôtel, était située dans la Chaussée d'Antin. Nous aurons l’occasion d’en reparler plus loin (p. 86).
2. Voir La Dette publique. Histoire de la Rente française, par J.-M. Gorges (Paris, Guillaumin, 188(1), p. 1 G5- 1 88. — Cf. Lanzac de Laborie, Paris sous Napoléon, t. VI, chap. v, passim, et notamment page 201.
3. Louis-Guillaume Otto, comte de Mosloy (175(1-1817), diplomate français dont le mérite a justifié la belle carrière. Il représentait alors à