‹ Journal d'un voyage à Paris au mois d'août 1802Chapitre 27 sur 60 · FRASCATI · texte numérisé non relu

FRASCATI

quoique, pour le prix, il ne fût pas excellent ; les vins que l’on prend à Paris chez le traiteur sont à peu près dans les prix que j’ai mentionnés plus haut ; mais le meilleur moyen est de les acheter chez le marchand, et de ne s’en remettre au traiteur que pour le dîner.

Après nous être divertis par la promenade, de la même façon que la veille, et la chaleur étant telle que nous n’osions affronter les théâtres, nous allâmes vers dix heures à Frascati, lieu de plaisir analogue à notre Vauxhall, quoique moins grandement monté, mais beaucoup plus élégant. Les soirs ordinaires, on ne paye pas à l’entrée ; mais le profit de l’entrepreneur se retrouve dans les rafraîchissements, glaces, limonade, etc..., qui sont tarifés à un joli prix. La société y est mélangée ; sauf cet inconvénient, cet endroit est le plus ravissant que nous ayons jamais vu L

L’entrée ressemble à celle de la maison de quelque grand seigneur; le rez-de-chaussée se divise en élégants salons, splendidement éclairés et ornés de miroirs.

i. L’entrée était justement libre ce jour là, mais si nos voyageurs n’y étaient allés que le lendemain (a3 thermidor-ii août) ils auraient eu moins à se plaindre d’une promiscuité gênante, grâce au prix du billet d'entrée (3 francs) qui venait majorer la dépense. Les Petites Affiches du dit jour donnent le programme de cette soirée exceptionnelle et le détail des attractions (feux d’artifice, etc.) qu’elle devait offrir. — Frascati, dont le nom ne subsiste maintenant que sur l’enseigne d’un pâtissier bien connu des parisiens, occupait l’hôtel Lecoulteux et les jardins qui l’entouraient entre la rue Richelieu et l’hôtel Montmorency, l'extrémité nord de la rue Vivicnnc n’étant pas encore percée; le tout avait été, à l’époque du Directoire, transformé par le glacier napolitain Garchi, qui en avait fait un lieu public fort à la mode. Tous les Guides du temps en vantent les attractions et il n’est pas une relation de voyage où l’on n’en trouve la description. Voir, par exemple, celle de John Carr (édition Babeau), p. 180-181, ou celle de Thomas Holcroft ( Travels from Ilamburg... lo Paris. London, i8o4, 3 \ol. in-4°) qui ne lui consacre que quatre lignes (t. I, p. ao5 et p. 3k'&— aââ), mais qui déclare que l’établissement de Frascati est bien supérieur à celui du Pavillon de Hanovre. — Cf. aussi Lanzac de Laboric, Paris sous Napoléon, t. II, p. 34g.

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JOURNAL D’UN VOYAGE A PARIS

Ces salons s’ouvrent sur un jardin rempli d’orangers et d’aceacias illuminés, avec des grottes, des temples, des allées féeriques ; le joyeux effet des lampes de couleurs, ainsi que l’entrain général font penser aux contes des Mille et une nuits.

Frascati passe pour recevoir la meilleure compagnie ; mais la malpropreté des hommes, contrastant avec l’élégance de toutes ces jolies femmes, enlève toute apparence de bon goût à un lieu public tel que celui-ci. Les femmes ont apporté un heureux changement, pour beaucoup d’autres fâcheux : elles ont presqu’entièrement banni l’usage du rouge. Leurs robes sont élégantes, quoique trop inconvenantes pour notre goût ; elles sont arrangées de telle façon qu’elles donnent aux dames du monde l’air de véritables courtisanes. La mode actuelle, de porter les cheveux en boucles graisseuses, est malséante ; d’autre part, elle fait ressortir les avantages personnels h

i. La fin de cet alinéa a été très heureusement modifiée dans la 3” édition : « ...sous d’autres rapports l’ensomble de l’habillement féminin fait ressortir les avantages personnels, mais il offense vraiment les lois de la décence ».

\ III. — Le Pont-Neuf, vu de la rive droite.

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