‹ Journal d'un voyage à Paris au mois d'août 1802Chapitre 33 sur 60 · ILLUMINATIONS · texte numérisé non relu

ILLUMINATIONS

apporter en France leurs uniformes ; c’est un passeport universel, là même où personne n’est admis. Les soldats saluent un officier anglais ; et un gentleman en uniforme peut traverser les Tuileries devant les troupes en ligne ; il y reçoit toujours des marques de respect. Cette petite anecdote en est la preuve : un de mes jeunes amis, de la milice de Wiltshire, se trouvait dernièrement, étant en uniforme, dans l’un des appartements des Tuileries, où il regardait les tableaux ; quelqu’un lui tapa sur l’épaule et lui demanda à quel régiment il appartenait : c’était Bonaparte lui-même, qui saisit toutes les occasions de parler à nos officiers.

Aujourd’hui, tout Paris semble ne s’occuper que des préparatifs d’illuminations pour le soir ; tout est calme, et bien que nous ayons su que beaucoup de troupes se trouvaient réunies dans la ville, nous n’en vîmes guère de toute la journée.

Nous ne constatâmes aucune manifestation particulière de joie, sauf les apprêts d'illuminations des édifices publics, qui distinguât ce jour-là des autres ; pourtant, quand vint le soir, nous fûmes largement dédommagés de la déception de la journée, caria splendeur d’une illumination parisienne défie toute description. J’avais souvent entendu parler de la magnificence déployée en ces circonstances, mais, en vérité, ce spectacle dépassa toute attente.

Décrire le tout serait impossible ; mais la scène est restée trop fortement gravée dans mon esprit pour que je n’essaye pas de donner ici un croquis de certains endroits, qui permettra à nos lecteurs de se faire une idée de la magnificence de l’ensemble1. Je commen-

i. Le programme des fêtes qui se déroulèrent ce jour-là à Paris se trouve, naturellement, dans tous les journaux de l'époque. Celui que

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cerai par la Place Vendôme dont la décoration était d’une extrême beauté. Cette place est de forme circulaire, aussi large que le Circus, à Bath. A vingt pieds environ des maisons s’élevaient, en rond, de hauts piliers peints à l’imitation du marbre, placés à égales distances, reliés entre eux par des festons de fleurs, et enguirlandés du haut en bas de lampes de couleurs. Le tout était surmonté de sujets transparents et couronné de drapeaux de la République.

Au centre de la place, une colonne lumineuse permettait de lire la Nouvelle Constitution, chacun des articles qui la composent étant distinctement inscrit. Sur le faîte, un grand arbre de forêt, coupé et hissé là pour la circonstance, semblait y avoir poussé naturellement ; entre ses feuilles illuminées, de petites lampes de couleurs pendaient comme des fruits et se balançaient doucement au vent ; le tout était garni d’un cercle de gros lampions.

A l’extrémité des boulevards se trouve une église inachevée, avec une belle rangée de pilastres 1 ; ceux-

contient le Journal des Débats du 27 thermidor (i5 août) est un des plus détaillés. — Cf. Lanzac de Laborie, Paris sous Napoléon, t. III, p. 6-7.

Les illuminations et les feux d’artifice devaient particulièrement attirer l’attention des Anglais : ceux-ci reconnaissaient la supériorité des Français dans l’organisation de ce genre de divertissement. M. Otto, ministre de France à Londres, dont nous avons déjà eu l’occasion de parler plus haut, p. I12, note 3, avait le 29 mai précédent, superbement illuminé son hôtel de Porlman-Squarc, à l’occasion de la signature de la paix; un fort beau dessin, dû à Auguste Pugin, représente ces illuminations et quand on en publia la gravure, le Monthly Magazine l’annonça avec éloge, en constatant « que pour les feux d’artifice et les illuminations les Français l’ont toujours emporté, et de beaucoup, sur toutes les autres nations ». ( The Monlhly Magazine, vol. XIV, i‘h nov. 1802, p. 332.)

1. L'église de la Madeleine, commencée en 1764, ne fut achevée et ouverte au culte que sous le règne de Louis-Philippe. — Cf. Lanzac de Laborie, Paris sous Napoléon , t. II, p. 21g et ss.

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