‹ Journal d'un voyage à Paris au mois d'août 1802Chapitre 35 sur 60 · THÉÂTRE LO U VOIS · texte numérisé non relu

THÉÂTRE LO U VOIS

brables églises qu’on pourra leur recommander de visiter ; peu d’entr’elles possèdent quelque chose qui soit digne d’être remarqué h

Le soir, nous allâmes au Théâtre Louvois, où trois pièces comiques, bien jouées, nous amusèrent, quoiqu’elles fussent d’une longueur peu commune 2. Les acteurs français jouent la comédie avec beaucoup de naturel, elle spectateur pourrait croire qu’il a devant les yeux un salon particulier où les gens causent familièrement de leurs affaires ; ils arrivent à faire illusion tant ils se laissent peu distraire par les nécessités de la représentation théâtrale. Lu autre agrément que nous notâmes, c’est l’attention et le silence de l’auditoire qui vient, dit-il, entendre et voir la pièce, mais qui ne se croit pas autorisé, s'il lui arrive de ne pas s’amuser, à déranger ceux qui seraient moins difficiles. Le moindre bruit est formellement interdit ; les portes ne doivent pas claquer, et les dames ne doivent pas parler plus haut que les acteurs. Parmi beaucoup de défauts dont j’ai fait la remarque, ceci doit être mis au nombre des qualités des Français, et il faut reconnaître que nos habitudes, en ces sortes de choses, ont grand besoin d’être réformées : Fus est et ab hoste doceri 3.

1. Il faut tenir compte de l’état de délabrement dans lequel dovalcnt se trouver les édifices du culte il la fin de la période révolutionnaire.

2. Le Théâtre Louvois était situé dans la rue du même nom, sur l'emplacement occupé maintenant (iV* 6) par une école primaire. D’après le Courrier des spectacles du a8 thermidor an X, on donnait ce jour-là: Helvétius, ou la vengeance d’un sage, comédie en un acte d’Andricux ; La Petite Ville, comédie en 4 actes de Picard ; Le Pacha de Suresnes, ou l’amitié des femmes, d’Etienne et Gaugiran-Nanteuil. Dans la troupe, je relève les noms de Vigny, Picard, Clozel, Barbier, Valcour..., pour ne citer que les acteurs les moins oubliés ; et parmi les actrices les noms de Mesdames Molière, Légé, Befroi, Hébert, Suzanne, Clément,... qui ne sont ni plus connus, ni plus célèbres.

3. C’est un hémistiche d'Ovide ( Métamorphoses , IV, 4a8) : «Onpeulbicn recevoir des leçons, même d’un ennemi ».

So

La soirée se termina à Frascati 1 où il nous fut possible de respirer un air frais et vivifiant, tout en prenant des glaces, ou en nous faisant servir des fruits délicieux sous les orangers et les accacias ; et pendant ce temps, nous avions sous les yeux de jolies femmes, pleines d'élégance, qui étalaient leurs charmes séduisants, pour la plus grande distraction des sages, mais aussi pour le plus grand danger des imprudents.

Ce lieu me fit toujours penser au paradis de Mahomet, et je conseille aux jeunes gens de s’armer de toute leur énergie avant de se risquer dans cette dangereuse enceinte, car en plus de ce que j’ai décrit, il y a des salles de jeux, qui se présentent sous les apparences les plus tentantes. Mais de semblables scènes ne sont pas le seul fait des temps modernes. Déjà les poètes romains avaient leur Frascati : « Ici, des chœurs joyeux prolongent en chansons, à la faveur de la nuit, des rites qui furent pleins de charmes ; là, on voit cette foule légère se promener en cadence, et des couples cherchant l’abri de ces bosquets, formant un berceau de verdure, où les fleurs répandues jonchent le séjour de l’amour ». (Imitation de Catulle , par le Dr Parnell)2.

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