Elle ne figure pas au catalogue du Musée britannique
INTRODUCTION
faire tort à sa mémoire, on peut se contenter de lui reconnaître un très modeste talent d’amateur, et si le graveur qu'il a chargé d’interprêter ses dessins montre de temps en temps quelques défaillances, celui-ci fait souvent preuve d’une habileté dont les originaux ont certainement bénéficié1. Constatons, en outre, que notre voyageur a, presque toujours, fort bien choisi ses modèles et ses points de vue : le dessin de la Valse (pl. xi) ne manque pas d’intérêt ; la Cour de l'hôtel Dessin (pl. u), les Ruines de Notre-Dame de Montreuil (pl. v), ont l’attrait de l’inédit, au moins sous cet aspect, et je ne crois pas qu'il existe d’autre représentation de la Porte de V arsenal de la Bastille (pl. x) que celle que nous trouvons ici.
Disons enfin que V artiste, évidemment très consciencieux, n’a pas craint de se censurer lui même. Peu satisfait sans doute (et en cela il n’avait pas tort) de la vue du Palais des Tuileries { pl. Vil) et de celle du Pont Neuf (pl. IX) qu’il avait insérées dans l’édition de 1802, il les a, quand il publia une nouvelle édition, remplacées par Les planches qui, dans Le présent volume, portent les nos VII (bis) et IX (bis). Nous avons cru devoir reproduire les unes et les autres et cela explique la présence de quinze gravures, au lieu de treize ; c’est en même temps, pour les amateurs, un
1. Du même graveur, J. Bill, le Département des estampes possède une grande et Selle planche «n couleurs, représentant une vue de Port Penrhyn, petite localité du comté de Carnarvon, en Angleterre. Cette planche est signée : J. Warren, Esq. del. et J. Hill sculps. ; elle est datée de 1810.
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renseignement icono-bibliographique dont ils doivent tenir compte1.
Le nom de l’auteur du Journal of a party of pleasure est resté un mystère pour les rares bibliographes qui ont cité cet ouvrage. Lowndes a fait à notre livre l’aumône de deux lignes, sans révéler l’anonymat ( The Bibliographer’s Manual, t. IV, i864, p. 1773-1774), et Halkett ne l’a même pas cité dans son Dictionary of thc anonymous literature. Moi- même, il faut bien que je l’avoue, j’ai imité le silence de mes prédécesseurs quand j'ai, pour la première fois, signalé l’intérêt du volume dans ma Bibliographie parisienne (1887), et quand, onze ans plus tard, mon savant confrère et ami, M. Albert Babeau, publia, sur les Anglais en France après la paix d'Amiens, un très intéressant travail dont je parlerai tout à l’heure, notre livre resta encore sans père connu, ne jouissant que de la notoriété très restreinte, à laquelle, le plus souvent, sont condamnés les ouvrages anonymes.
On n’ignorait cependant pas le nom de l’auteur en Angleterre ; les rédacteurs du catalogue des livres imprimés conservés au Musée britannique nous l’ont fait connaître : l’auteur du Journal of a party of plea-
1. Bien que la comparaison soit tout à l'ait désavantageuse pour l’auteur du Journal of a party of pleasure, je ne résiste pas au désir de signaler ici l’album de vingt des vues dessinées et gravées par Thomas Girtin (-- nov. 1802) pendant le séjour qu’il fit à Paris, précisément à 1 epoque qui nous intéresse, A défaut de l’original, qui est fort rare, et qui constitue un recueil aussi intéressant au point de vue artistique qu’au point de vue documentaire, voir le Studio du îo novembre 1902, p. 8i-io3 du texte anglais et p. iCg-172 de.la traduction française.
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sure n'est autre que Sir John Dean Paul, baronet ; il y a lieu de le présenter au lecteur.
Sir John Dean Paul, né en décembre 177b, est mort le 16 janvier i85a. Après avoir terminé ses études et après avoir obtenu le diplôme de docteur ès-lois civiles, il entra dans les affaires de banque et fit partie de la maison Snow, Paul et C % qui tint un nom honorable dans la corporation des banquiers de Londres, dès le commencement du xixc siècle Créé Baronet en 1821, il s’est marié deux fois, ayant épousé d’abord, le 2 avril 1799, Frances Eleanor Simpson, fille de John Simpson, de Bradley Hall, Durham, laquelle mourut en 1 833 , el ayant, en i835, contracté un second mariage. De ces deux unions, il a laissé une nombreuse postérité 1 2.
Ce banquier était un lettré. Les citations dont il a cru devoir agrémenter la relation de son voyage à Paris nous renseigneraient déjà sur ce point, si l’énumération des ouvrages par lui publiés, et que nous fournit le catalogue du Musée britannique, ne nous en apportait le témoignage le plus certain :
1. A'otes and Queries, septième série, t. X, p. 3i2-3i3. — Il faut se garder de confondre Sir John Dean Paul, i" Baronet, avec son fils, qui porte le même prénom, et qui, né le 27 octobre 1802, est mort en 1868. Celui-ci publia aussi quelques ouvrages et fut banquier, comme l’avait été son père. Il fut 2’ Baronet du nom ; vers la fin de sa vie, il fut compromis dans des affaires fort compliquées et la chute de la maison qu’il dirigeait donna lieu à un procès qui eut un grand retentissement en Angleterre. ( Dictionary of national biography edited by Sidney Lee, t. XL1V (i895), p. 73.)
2. Burke. A genealogical and heraldic Dictionary of the Peerage and Daronetage, hjo5, p. 1 3 53-i 2 S fi .
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1) A B C of Fox Hunting, consisting of 26 coloured illustrations, by the laie Sir J. Dean Paul, Bai l. London (1871). ln-4°. (Publication posthume.)
2) The Counlry Doctor’s Ilorse. A taie in verse... London, 1847. In-fol. obi. (With illustrations. — Privately printed.)
3) The Former Times, or an address to the Rev. T. Dykes, author of “ The Présent Times ”. By a Norfolk. Indépendant Whig. Uull{ 1820). ln-8°. (Publication anonyme.)
4) Joseph, a poem. London, 1840. In-8°.
5) Journal of a party of pleasure... 1802. (C'est l’ouvrage que nous publions et dont le titre est, ci-après, reproduit en fac-similé. — Ainsi que nous l’avons expliqué plus haut, il existe deux éditions.)
6) The Man of Ton. A Satire. London, 1828. In-8° (Publication anonyme.)
7) Poema latiuum elegiacum super Edicto doininorum honoratissimorum qui fisco praesunt, de Epistolarum Portorio. By II. K. [Herbert Kynaston?]. Edition altéra... London, 1840. In-fol. (Privately printed. — Le texte du poëme est accompagné de deux traductions anglaises, dont l’une est de Sir John Dean Paul.)
8) Rouge et Noir, in six cantos... Versailles, and others poems. London, 1821. In-8". (Publication anonyme.)
9) Ruth, a poem. London, 1 84 1 - In-8".
Chasse et poésie, politique et histoire, notre auteur a louché, on le voit, aux sujets les plus variés ; et tout cela, pour son plaisir, car plusieurs de ses publications portent la mention Privately printed qui, chez les Anglais, équivaut à notre Non mis dans le commerce.
Nous n’avons pas à insister ici sur ces différents ouvrages ; il était même superflu, peut-être, de les énumérer, car ils semblent être d’un mince intérêt
JOURNAL D'UN \OYAGE A PARIS
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pour les lecteurs français. Un seul, à ce point de vue, parait devoir être retenu et mériterait d’être recherché : c'est celui qui a pour titre Rouge et Noir, en six chants, et qui est suivi d’un poème sur Versailles. Je n’ai pu, malheureusement, en trouver d’exemplaire à ma portée.
Peut-être pensera- t-on qu’il était un peu excessif d’entrer dans tant de détails à l’occasion d'une publication aussi peu importante que la relation de Sir John Dean Paul. Et cependant, pour juger du crédit que l’on doit accorder aux appréciations d’un voyageur, il n’est pas inutile de connaître son rang sociale! même les conditions matérielles ou morales dans lesquelles il se trouvait au moment où il s’est mis en route ; il n’est pas indifférent, non plus, de connaître ses goûts et ses dispositions. Si minces que. soient les renseignements que nous avons sur notre auteur, nous en savons cependant assez pour apprécier le fort et le faible de son ouvrage. Ses habitudes de luxe nous montrent qu’il était riche et ne regardait pas à la dépense ; de plus il avait à peine 27 ans à l’époque de son voyage et il aimait les lettres et les arts : si ce 11’est un portrait détaillé, ce sont déjà quelques traits qui nous le font un peu connaître ; il est bien des auteurs d’ouvrages similaires sur lesquels on n’en sait pas tant1. Que ses
1. J’avais espéré pouvoir, au moyeu des documents concernant la résidence, les passeports et le mouvement des voyageurs, conservés aux Archives Nationales (Série F7. — Etat sommaire par séries, 1891, p. 71), identifier les trois personnes qui accompagnaient Sir Dean Paul et sa femme. Malheureusement, mes recherches sont restées vaines. — Il aurait été curieux aussi de connaître, au moins approximativement, le
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jugements manquent d’ampleur, qu’il fasse preuve d’un caractère assez léger, et même d'un esprit un peu superficiel, je n’ose y contredire ; on m’accordera pourtant que sa manière très primesautière fait accepter son récit avec confiance.
Un autre élément d’appréciation dont le lecteur ne doit pas manquer de profiter réside dans les rapprochements à faire entre les relations se rapportant à une même époque, et, pour cela je devrais donner ici une liste des ouvrages de cette catégorie. Mais ce travail a déjà été fait par M. Babeau : tout au plus appelle-t-il quelques additions, et je ne le recommencerai pas ici.
J’ai fait allusion plus haut à l’ouvrage que M. Albert Babeau a publié sur ce sujet; en voici le titre: Les Anglais en France après la paix d'Amiens. Impressions de voyage de Sir John Carr. Élude, traduction et notes par Albert Babeau,... Ouvrage, accompagné de gravures (Paris, librairie Plon, 1898. ln-12, 3oo pages). La relation de John Carr occupe 180 pages, mais M. Babeau a accompagné sa traduction d’une Notice (g3 pages) qui est fort intéressante et qui justifie amplement le titre principal du livre. J’y ai fait, comme on le verra, de très fréquents renvois, ainsi qu’à la traduction même du texte de John Carr; cela s’imposait d’autant plus que, comparaison faite de plusieurs passages, j’ai été
chiffre cle la dépense totale qu'ont ptr faire, dans leur voyage, ces cinq personnes, accompagnées de trois domestiques ; mais il nous manque un renseignement nécessaire, le narrateur ne nous disant pas le montant de la somme touchée chez Perregaux le 20 août, a\ant de quitter Paris (Journal, p. 101).
\\ lu
1 NT ltO D L C T I O N
amené à supposer que John Carr avait lu le récit de Sir John Dean Paul et qu’on peut même le soupçonner d’avoir, en plus d’un cas, utilisé le programme de son devancier. M. Babeau a terminé son volume par deux Appendices tout à fait dignes d’attention : l'un concerne la Bibliographie et l’autre Y Iconographie de son sujet. L’appendice bibliographique renseigne le lecteur sur une trentaine d’ouvrages, publiés par des Anglais venus en France après la paix d’Amiens : je me contenterai de signaler ici cet excellent travail, dans lequel on trouvera des indications utiles et précises. Si je les donnais de nouveau dans cette Introduction , je ne pourrais guère que les reproduire presque textuellement ; je ne le ferai pas, mais je prendrai la liberté d’enregistrer le titre d’un ouvrage qui vient s’ajouter à la liste dressée par M. Babeau.
11 s’agit du Journal et des Lettres de Sir George Jackson depuis la paix d’Amiens (1802), jusqu’à la bataille de Talavera (1809) ; l’ouvrage qui les renferme est intitulé : The Diaries and Letters of Sir George Jackson,.. . from the peace of Amiens to the battle of Talavera. Edited by Lady Jackson (London, Richard Bentley and son, 1872, 2 vol. ln-8°) L George Jackson était le frère de Francis Jackson dont j’ai eu l’occasion de citer le nom dans une note, et qui fut envoyé à Paiis avant Lord Whitworth, comme représentant du gouvernement anglais, pendant que se débattaient à Amiens les conditions d’une paix encore fort inccr-