T MANON
On y retrouve le même air de désolation que dans les autres palais, et peut-être même la ruine définitive en est elle encore plus prochaine.
Le vénérable vieillard qui nous guidait dans notre visite, nous raconta qu’il avait vécu là, depuis son enfance, et y avait servi tour à tour Louis XV et Louis XYI. Il s’en était allé, pendant les terribles jours de la Révolution, et ayant repris sa place tout récemment, il espérait y finir scs jours.
Parlant de Louis XV, il fit remarquer que « celui-ci s’était toujours plu dans une société dissolue, avec ses maîtresses et au milieu d’une cour débauchée, et que, pourtant, son règne s’était terminé de lui-même; Louis XV était mort sur le trône, ajoutait-il, tandis que le pauvre Louis XVI qui n’avait pas de maîtresses et qui avait toujours eu une vie régulière et vertueuse, n’avait, tout ce temps-là, connu que le malheur et avait fini sur l’échafaud ».
Le Petit Trianon, où nous nous rendîmes ensuite, est une petite villa à l’italienne, construite par la dernière Reine, et pour elle-même ; elle l’habitait fréquemment. Marie Antoinette y restait quelquefois assez longtemps, éloignée du Roi, et si tout ce qu’on a raconté est vrai, cette retraite n’était pas précisément la cour de Diane.
Les jardins, dessinés à l’anglaise, sont tout à fait charmants. Je donne ici le dessin de plusieurs constructions détachées, imitant les collages de notre pays et situées au bord d’un petit lac1 ; elles étaient autrefois meublées avec la plus grande élégance, pour y recevoir les parents ou les amis qui venaient visiter la Reine dans sa retraite.
i . Planche n° XII.
JOURNAL d’un VOYAGE A PARIS.
gS JOURNAL d’un voyage a paris
Le château lui-même est occupé maintenant par un traiteur et nous dînâmes dans l’ancien boudoir de la Reine, petite pièce qui communiquait avec sa chambre. Tous les meubles ont été emportés, et, de l’ancien palais, il ne reste que le nom. Pourtant, tout cela est encore extrêmement joli.
Nous ne pûmes que nous applaudir des dispositions que nous avions prises au sujet de notre voiture : cela nous épargna deux milles de marche sous un soleil brûlant, tout en nous rapprochant de notre route, celle qui, par Marly, devait nous conduire à Paris.
L’aqueduc fait très bien dans le paysage, aux approches de Marly. Il s’élève sur le haut de la colline et domine tous les environs. L’eau, tirée de la Seine, au moyen d’une machine curieuse et compliquée, traverse la vallée, pour être envoyée à l’aqueduc, puis de là, conduite dans les réservoirs du parc, et enfin jusqu’à Versailles. Ce travail gigantesque dut exiger d’incessantes dépenses d’entretien. Il fonctionne aujourd’hui incomplètement, mais l’intention du Premier Consul est, paraît-il, de le faire réparer afin de le maintenir dans son état primitif.
Du sommet de l’aqueduc, la vue est très étendue et d’une admirable variété ; je me suis efforcé d’en donnerune idée par un croquis 2. A mi-chemin, on voit La Malmaison , résidence actuelle de Bonaparte, qui ressemble fort à une demeure anglaise. La ville de Rueil s’élève à côté, et on aperçoit Paris dans le lointain ; aux pieds du domaine coule la Seine, le long du
i. Il se nommait Langlois (Cl. Ruggieri, Précis historique sur les fêtes, les spectacles... (i83o), p. io4).
a. Planche n“ XIII.