‹ Journal d'un voyage à Paris au mois d'août 1802Chapitre 43 sur 60 · LA MALMAISON · texte numérisé non relu

LA MALMAISON

village de La Chaussée ', et enfin, au premier plan de l’horizon apparaît, le château de la célèbre Madame Du Barry qui périt guillotinée. Cet ensemble produit une perspective intéressante et ferait un beau sujet de tableau

La route de Marly à Paris passe par La Malmaison. Il se fait là des travaux considérables qui s’étendent assez loin tout à l’entour et les portes en sont sévèrement gardées. J’aurais désiré prendre, de plus près, une vue de la propriété, mais personne, sous aucun prétexte, n’est autorisé à s’arrêter dans le voisinage3.

Nous étions de retour à Paris vers huit heures, absolument charmés de cette agréable journée, mais honteusement exploités au sujet de nos chevaux de poste, parce que la route étant, dans cette direction, considérée comme poste nationale , à l’intérieur comme à l’extérieur de Paris, le prix taxé est tout à fait excessif. Il est donc bien préférable, pour un homme seul, de louer un cabriolet tel qu’il s’en trouve à la Place des Victoires : on fera le voyage presque aussi rapidement, et pour un prix quatre fois moindre b

1. Ancien nom d’un écart qui dépendait de la paroisse de Bougival. C’est la partie de cette commune qui avoisine la Seine.

2. Le Recueil d’architecture civilede J. -Ch. Krafft renferme deux planches (n“‘ i et 6) consacrées au pavillon de Louveciennes.

3. Les travaux de La Malmaison attirèrent aussi l’attention de John Carr ( Voyage , édition Babeau, p. 277). On lit, en effet, dans le Journal de Paris du 4 fructidor an X (22 août 1802), p. 2085 : « Le citoyen Morel, jardiniste ingénieux et sage, le créateur d’Ermenonville, et auteur d’un Traité des jardins... est en ce moment occupé à l’embellissement des jardins et parc de La Mal maison ».

4. 11 y avait, en effet, des fiacres à la place des Victoires, mais on en trouvait aussi dans tous les quartiers de Paris. « Les voitures de place sont plus élégantes qu’elles ne l’étaient autrefois », lit-on dans l’Almanach parisien ou guide de l’étranger, publié chez Barba en l’an IX.

XVI f

PRÉPARATIFS DK DÉPART. — UN MAGASIN DE CURIOSITÉS. — DERNIÈRE VISITE AU MUSÉE DU LOUVRE. — CAMBACÉRÈS A I.’OPÉRA. — BONAPARTE AU THÉÂTRE FRANÇAIS. — SOIRÉE A FRASCATI.

20 août.

L’épuisement de nos finances nous conduisit une fois encore chez M. Pcrregaux, pour y aller chercher des subsides ; et comme nous comptions partir le dimanche suivant, il nous parut prudent d’aller trouver le Ministre d’Angleterre, au sujet de notre passeport. Il n’était que temps, d’ailleurs, car il fallait avoir l’apostille de M. Merry1, avant de nous présenter au Bureau des passepoi ls français qui demande des délais assez longs.

Au cours de cette journée, nous eûmes des conversations curieuses sur l’état présent des affaires publiques. Toute la force du gouvernement semble reposer sur le Premier Consul, et le peuple est heureux qu’il en soit ainsi. La paix paraît avoir causé une satisfaction générale ; je crois et j’espère que rien ne menace de la troubler; mais tant d’évènements dépendent de la vie de Bonaparte, qu’il est difficile de prévoir l’avenir.

i. Voir plus haut, p. 43, note 2.

JOURNAL D’UN VOYAGE A PARIS

Dans la matinée, nous avons été voir une boutique où il se fait un commerce important de curiosités et de raretés de toutes sortes. Nous y avons trouvé un vrai plaisir et nous y avons vu des objets de très grand prix pour les amateurs de meubles anciens, de chinoiseries, etc., etc. Après cela, nous avons fait notre visite d’adieu au Louvre. Nous quittions ces oeuvres prodigieuses avec un véritable regret, et j’aurais été très malheureux, si j’avais songé que je ne les reverrais de toute ma vie L

Notre traiteur, ayant senti que nous ne resterions plus bien longtemps, commença à nous servir d’excellents dîners ; mais notre confiance en sa générosité était, hélas 1 bien mal fondée, car nous eûmes à subir une augmentation d’un louis pour nos trois derniers repas.

Le soir, nous allâmes à l’Opéra et nous eûmes la même loge que la fois précédente. Il y avait foule, car le grand Yestris devait danser. La musique de l’Opéra nous parut toujours aussi terne1 2.

Nous nous aperçûmes que, dans une loge au-dessus de la nôtre, se trouvait le Deuxième Consul, Camba-

1. Tout ce passage est sensiblement différent dans la 3' édition : « Après cela nous avons fait notre visite d’adieu au Louvre qui nous charmait d’autant plus que nous le connaissions davantage, et l’intérêt qu’il nous inspirait était tel que nous finîmes par être convaincus que le désir de le revoir serait ce qui nous engagerait le plus à revenir à Paris une seconde fois ».

2. Le spectacle se composait de Les Prétendus , opéra en trois actes de Rochon de Chabannes, musique de J. -B. Lemoyne, chanté par « Mesdames » Maillard, Branchu et Lobé (qui débutait dans le rôle de Julie) et par « les citoyens » Laïs, Dufresne, Bertin et Laforèt, suivi de Le Jugement de Paris , de Méhul, dansé par « Mesdames » Clotilde, Gardel, Saulnier, Vestris, Taglioni, etc., et par « les citoyens» Vestris, Deshayes, Goyon, Beaupré, etc. ( Courrier des spectacles du 2 fructidor an X - 20 août 1802.)

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