LE PREMIER CONSUL
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cérès, entoure d’une suite nombreuse, et cela nous fit supposer que Bonaparte pouvait, en même temps, être allé dans quelque autre théâtre. L’un des gardes nous ayant dit qu’il se trouvait justement au Théâtre- Français , nous nous y rendîmes tout de suite, mon ami et moi, et par bonheur, nous arrivâmes à l’instant même où le Premier Consul allait se retirer.
Celui-ci, très entouré, occupait une fort belle loge de balcon, près de la scène, et était accompagné de plusieurs généraux, ainsi que de Madame Bonaparte et de plusieurs dames. Aussitôt que la représentation prit fin, et que la garde, prévenue qu’il se retirait, eut préparé les voies, le Premier Consul s’avança sur le bord de sa loge, et prit congé avec bonne grâce, en adressant à l’assistance trois saluts respectueux, se montrant manifestement heureux des applaudissements qui lui répondaient1.
C’est un petit homme, comme chacun le sait, mais son visage respire l’intelligence, et ses yeux reflètent un esprit peu commun. Ses cheveux plats sont sans poudre, et taillés très courts ; il portait un habit bleu très richement brodé. Je considérai avec curiosité cet homme, parti d’une situation médiocre, et que le concours des circonstances, en même temps que ses rares talents, ont élevé au plus haut degré de puissance
i. On donnait ce soir-là Andromaque pour la continuation des débuts de M"° Duchesnois dans le rôle d'Hermione ; celle-ci avait Talma pour partenaire, et notre Anglais semble ne pas même s’en être aperçu ! On jouait aussi Le Legs, avec madame Talma dans le rôle de la Comtesse. Le registre original des représentations contient, pour ce jour-là, la note suivante que nous transcrivons textuellement : « Nota. Le i" Consul et M“” Bonaparte ont assisté à cette représentation. C’est la première fois que le i" Consul y est venu (sic) depuis qu’on lui avait préparé sa nouvelle loge. » (Archives de la Comédie Française. Obligeante communication de M. Jules Couët.)
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qu’ait atteint un individu, dans le monde civilisé. Il me semble (autant qu’on peut aujourd’hui établir une pareille comparaison) rappeler son vaillant adversaire, Sir Sidney Smith ; du moins, n’en vois-je pas d’autre qui fasse davantage penser à lui. Les portraits gravés que nous avons de lui ne lui ressemblent guère ; mais il existe un buste, dont la reproduction est très répandue en Angleterre, et qui est son fidèle portrait.
Nous étions satisfaits d’avoir vu cet homme extraordinaire, car il ne nous convenait pas de nous faire présenter à lui, et, sauf les jours de revue, au commencement de chaque mois, on a rarement occasion de l’apercevoir.
Aussitôt après son départ, nous retournâmes à l’Opéra, pour assister au grand ballet du Jugement dé Pâris. Ce fut splendide, mais si l’inconvenance de nos danseurs nous alarme chez nous, que dire des exhibitions parisiennes où chacun prend à tâche de paraître aussi nu que possible? Yestris a quelque peu vieilli, bien qu’ayant conservé tout son prestigieux talent ; il dansa très peu, mais ce peu fut d’une, perfection de style absolument digne du renom de l’artiste.
Après l’Opéra, ce fut Frascati, avec les mêmes divertissements et une fraîcheur, qui nous dédommagea de la chaleur que nous venions d’endurer.