DÉPART. — CHANTILLY. — LE CHATEAU DE FITZ-JAMES. — CLERMONT
22 août,
Les chevaux de poste avaient été commandés pour six heures du matin. Nous ne partîmes cependant qu’à sept, ce qui prouve, cependant, que nous avions fait la plus grande diligence, car les quémandeurs qui prétendaient s’approprier ce qui pouvait rester dans notre bourse étaient si nombreux, que nous crûmes ne jamais pouvoir nous mettre en route.
Entre autres choses dignes de remarque, notre traiteur, auquel nous avions payé la veille au soir une énorme note, et qui nous avait dit que notre déjeuner, c’est-à-dire une tasse de café pour chacun de nous, y était compris, eut l’impudence de nous en présenter une nouvelle de neuf livres. Comme nous lui rappelions ses engagements, « Pensez-vous, dit-il, que je vais vous donner votre déjeuner pour rien ? » C’était la carte forcée. Nous lui jetâmes les neuf livres à la tête, nous criâmes aux postillons de marcher, et nous quittâmes Paris après avoir été aussi noblement volés... que cinq personnes le sont généralement en cette occasion. Bien que nous étant beaucoup amusés, et malgré tous les agréments de notre voyage, nous abandonnions Paris
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JOURNAL D’UN VOYAGE A PARIS
sans le moindre regret : en vrais John Bull, nous songions avec un plaisir croissant, à la liberté, à la propreté, et au roast beef de la vieille Angleterre !
La chaleur était encore plus atroce et nous craignions un renouvellement de nos souffrances passées. En arrivant à Chantilly, vers midi, le bandage d’une des roues de notre coach s’était séparé du bois ; il était urgent de le réparer en le fixant au moyen d'une demi-douzaine de petites pièces de fer, besogne pour laquelle un forgeron anglais se serait fort bien contenté d’une couronne. Quel fut notre étonnement, quand le forgeron français nous demanda soixante livres ! Réellement, nous crûmes d’abord qu’il plaisantait, mais en fait, il était parfaitement sérieux et ne consentit pas à recevoir un sou de moins. Nous en appelâmes au maître de poste, résolus à nous en remettre à sa décision. Il décida, mais avec répugnance, « que trente livres étaient bien suffisantes1. Mais, ceci ayant été refusé, nous nous mîmes en quête d’un magistrat. On nous informa que, dans la ville, il y avait un maire ; nous allâmes le trouver et il nous accueillit fort civilement. Le cas lui fut exposé ; nous le priâmes de vouloir bien intervenir, d’examiner l’ouvrage, et de fixer un prix que nous acceptions
i. Aux voyageurs arrivant de la direction de Paris, la Poste aux chevaux se présentait, dès l’entrée de Chantilly, sur la gauche de la grande route (avenue de la Gare): elle occupait un terrain qui s’étendait depuis l’angle de l’ancien chemin de Senlis à Gouvieux (actuellement avenue du Débarcadère), jusqu’en face de la partie du bois Bourillon, sur laquelle existe, maintenant l'hôtel du Grand Condé.
Le maître de poste, Jacques-Louis Chalot, était en fonctions depuis 178a ; il était né en 17C0 et est mort en 180/1. Il a laissé une nombreuse postérité, et sa descendance, sinon son nom, est encore très honorablement représentée à Chantilly. (G. Maçon, La ville de Chantilly. IL Formation et développement. 1692-1800. — Senlis, impr. E. Dufresne, iqio. ln-8°, pages 55-07 et 81.)