‹ Journal d'un voyage à Paris au mois d'août 1802Chapitre 8 sur 60 · Bibliothèque Nationale : 8° Lk7. 0o · texte numérisé non relu

Bibliothèque Nationale : 8° Lk7. 0o

INTRODUCTION

savons-nous que le Manuel publié chez Favre est, en grande partie, de Claude-Fr.-X. Mercier, dit Mercier de de Compiègne. Le nom de ce « compilateur aussi médiocre qu’infatigable » ainsi que le qualifie Quérard, n’est certes pas une recommandation suffisante, mais les très heureux changements qu’une main inconnue a introduits dans cette édition de l’an X (Mercier de Compiègne avait publié la première en l'an VIII et est mort dans la même année), en ont fait un livret intéressant, exact et fort utile à consulter sur le Paris de cette époque1. Pour terminer la reconstitution très hypothétique de la petite bibliothèque de voyage que Sir John Dean Paul put peut-être se composer à son arrivée à Paris, au mois d’août 1802, citons encore un bien mince volume intitulé : Paris et ses curiosités, ou nouveau Guide du voyageur à Paris... (Paris, Marchand, an X-1802. In- 18, 2 ff. de titre, iv et 188 pages)2. Ce livret a pu lui fournir quelques indications utiles, et si, déjà muni de ces differents ouvrages ou moins seulement de quelques-uns d’entre eux, il a eu soin d’acheter chaque jour quelque grand journal quotidien, tel que le Moniteur, le Journal de Paris, le Journal des Débats et surtout le Courrier des Spectacles, il s’est trouvé très renseigné sur tout ce qui pouvait intéresser un voyageur désh’eux de s’instruire ; mais j’ai

1. Les trois éditions du Manuel du voyageur publié chez Favre ont été décrites par Tourneux, Bibliographie, n0* 12042 et ss. Celle de l’an VIII n’est pas à la Bibliothèque nationale.

2 Bibliothèque Nationale : 8° Lk7. 6o52. L'édition suivante (1804) a été beaucoup améliorée et comporte deux volumes de plus de 3oo pages,

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bien peur qu'il ne se soit pas donné tant de peine et qu'il se soit surtout préoccupé de se distraire et même, tout simplement, de s’amuser.

Et cependant, ne nous montrons pas trop sévères : reconnaissons que Sir John Dean Paul a très bien vu le peu qu’il a vu pendant son court séjour; il ne l’a même pas trop mal décrit, mais on peut lui reprocher de ne nous avoir que bien rarement exprimé des jugements d'un ordre général ou laissé des observations de haute portée sociale. Il est évident que la Politique l’ennuie ; il veut bien se donner quelque mal pour voir le Premier Consul, mais c'est par simple curiosité et pour connaître les traits d’un personnage dont le nom était alors sur toutes les lèvres : il n’a pas eu l’occasion — je soupçonne qu’il n’a pas voulu la faire naître — de le voir de près, ni de lui être présenté... Il lui suffît de l’avoir vu... de loin. Au cours d’une visite chez son banquier, le voyageur a la bonne pensée de s’enquérir de la situation financière de la France : ce qu’il nous dit de son enquête est assez mince. Il lui arrive aussi d’évoquer les souvenirs des temps passés et il manifeste quelques sentiments de pitié quand, en termes assez touchants, il paie un juste tribut à la mémoire des plus illustres victimes de la Révolution ; il semble s'efforcer de rester impartial dans ses appréciations de détails ; mais tout cela, est-ce, au fond, bien sincère? J’avoue qu’après avoir tant de fois lu et relu son récit pour le traduire et l’annoter, j’ai été amené à me demander si, parfois, quelques pointes d’ironie

INTRODUCTION

n’apparaissent pas entre les lignes? N’approfondissons pas trop la question ; si notre Anglais n’a voulu que se distraire, cherchons auprès de lui une simple distraction, mais constatons aussi que, tous comptes faits, il a su nous peindre un tableau dont l’ensemble ne manque pas d’attraits et nous fournit plus d’un renseignement que d’autres n’ont pas pensé à enregistrer.

Ayant mieux que personne, pu me rendre compte de la nature des lacunes que présente le Journal de Sir Dean Paul, je me trouvais un peu en peine pour essayer de les combler, et j’aurais eu grand mal à y réussir si l’un de nos anciens Présidents, toujours prêt à donner à notre chère Société des preuves tangibles de son dévouement, ne m’avait fait une amicale proposition qui vint fort à point me tirer d’embarras. M. le comte Boulay de la Meurthe a bien voulu, en effet, me communiquer la copie de trois lettres inédites, datées de Paris, émanant de deux écrivains l’un et l’autre bien informés, et destinées à renseigner un très grand personnage sur la situation de Paris à l’époque même — ou peu s’en faut — du séjour de nos Anglais dans la Capitale. J’acceptai avec reconnaissance cette aubaine exceptionnelle et on trouvera ces lettres en Appendice, à la fin du volume: mes lecteurs, je n’en doute pas, se joindront à moi pour remercier bien vivement M. le comte Boulay de la Meurthe de son extrême et si libérale générosité. Des documents eux-mêmes je n’ai rien de plus à dire ici, le détenteur ayant bien voulu en

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accompagner le gracieux abandon d’une Notice qui en explique l’origine et la nature.

Après avoir si longtemps — et je m’en excuse — retenu l’attention du lecteur et gardé la parole avant de la céder à l’auteur du Journal of a party of plecisure to Paris, il me reste un devoir qu’il m’est doux d’accomplir: que ceux de mes confrères et amis qui ont bien voulu me guider dans certaines recherches dépassant ma compétence, trouvent ici l’expression de ma bien sincère gratitude ; je les remercie bien sincèrement d’avoir toujours répondu à mes appels avec tant d’obligeance. Je ne puis énumérer tous ceux à qui s’adressent ces sentiments de reconnaissance, mais je tiens à citer au moins le nom de mon savant collègue et ami, M. Maurice Tourneux, mon commissaire responsable, dont les excellents conseils ont pu m’éviter certaines méprises, et à qui je dois de précieux renseignements qui ont assuré une singulière plus-value à cette très modeste publication.

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