MEMOIRES
De ce que nous aVbns ven et appris
de plus Temarqnable pendant notre voyage commencé
le 9* de décembre de Tan 1656,
A nostre sortie de Hollande, les affaires de nostre République se treuvoient en un assez bon estât, si roD considère la profonde paix dont il sembloit que nos provinces deussent iouïr longtemps , car après l'avoir faite avec l'Espagnol , et nous estre raccommodez avec les Anglois, qui avoient voulu troubler tout le gros de nostre commerce^ nous venions de conclure un traitté avec le Roi de Suède qui nous asseuroit celui de la mer Baltique. On n*estoit plus qu*à délibérer sur sa ratification ; et le S' d'Opdam ( i ) nostreadmiral, qui avoit esté envoyé avec une flotte pour secourir la ville de Dantsick, estoit de retour dans nos ports avec la pluspart de ses vaisseaux et de son monde.
On iugea qu'il n'estoit plus besoin de tenir de si grandes forces de ce costé là, tanlparcequ'on n'avoit
((4 Appelé plus tard M. de Wassenaer, du nom d'une terre qu'il avait achetée. — (Voir plus loin, à la date du 4 5 mai 4 657) .
s VOYAGE A PARIS.
plus gaère stdet d'y craindre les victoires des Suédois, qui nous avoient accordé la plus grande par* de de ce que nous leur avions demandé^ que parce que nous avions pourveu à la défense de Dantsic, en cas qu*ils le voulussent attaquer, et qu'il ne voulust pas estre compris dans le traitté. Pour cet effect, le S' d'Opdam y avoit débarqué i ,3oo hommes de nostre infanterie, commandée par le S"^ de Persclieval qui, outre la connoissance de la guerre, possède celle des fortifications iusques à un tel degré qu*il a tousiours passé, et parmi nous et parmi les estrangers, pour très habile ingénieur. Il a con-« duit la pluspart des ouvrages qui se sont faicts en tant de beaux et merveilleux sièges, que le prince d'Orange Frédéric-Henri a entrepris pour Taggran* dissement de nostre Estât. Apres sa mort s'estant rendu agréable à ceux de la faction qui règne à présent, il a eu une des quatre compagnies que les Estats de Hollande ont establies à la Haye pour leur seureté, et pour changer la forme de ce corps qui de tout temps avoit esté affecté pour la garde des Princes d'Orange.
Nous laissâmes donc nostre pais glorieux et paisible en apparence, mais en effect et à le considérer au dedans, dans une forme de gouvernement qui ne peut guère durer (i) : parce que depuis
(4) La Hollande s'était, comme on sait, constituée en république depuis 4660. — c Les disBeations dont je vous escris monstrent évidemment, écrivait l'ambassadeur de France au ministre en 4 655, qu'il manque une maltresse pièce <n la structure de cette république. » (Dépêche de M. Chanut au comte de Brienne, de La Haye le 22 jaillet.)
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qa'oD y manque de chef, tout s'y fait par brigues et par factions, et ce poinct d*union que nous avions par le moyen d'une teste qui nous guidoît au moins, si elle ne nous commandoif, estant osté, il est à craindre que nous soyons pour nous brouiller entre nous, chacun voulant s'en faire ac» croire dans le maniement des affaires ; chaque ville ne pensant qu'à son intérest ; chaque province ne cherchant que ce qu'elle croit luy estre advanta* geux ; et chaque particuher ne travaillant qu'à aggrandir sa famille aux despens du public.
Pour vivre dans un Estât comme celuy là, il ne faut pas peu d'adresse et de connoissances. Nos père et mère pour nous en faire acquérir le plus qu'il se pourrait iugeant qu'il n'y en avoit point de meilleurmoyenqu^ le voyage, où l'on apprend à vivre avec tout le monde et avec toutes sortes d'humeurs, où l'on remarque le fort et le foible des esprits, et où l'on s'instruict par soy mesmedes vertus et des vices des nations, résolurent de nous dépaïser et de nous faire passer en France. Us nous destinèrent Paris pour le lieu de nostre principal seioiir, comme estant une ville où l'on peut estudier toutes les autres de l'Europe, et où, par l'assemblage de plus d'un million d'ames qui l'habitent, on rencontre tout ce qui peut façonner l'esprit et le corps, et donner de belles lumières à l'un par la conversation, et un beau port, de l'adresse et de la vigueur à l'autre, par les exercices qui s'y enseignent parfaitement bien.
Parlant donc de la HayéP le 9* de décembre de
4 VOYÂGB A PARIS.
l'an i656, sur les deux heures après midy, nous nous embarquasmes pour Delft. C'est une ville renommée pour la beauté de ses canaux, la politesse de ses habitans, et la netteté de ses rues. Mais elle n'a rien en toute son enceinte qui soit si magnifique et si superbe que la tombe des Princes d'Orange, qui y fust commencée par le Prince Guillaume qui, en fondant nostre Estât, s'y érigea ce monument pour luy et les siens. 11 ne demeura (i) pas longtemps de luy fournir le premier depost ; car ayant esté tué dans cette ville mesme par la trahison d'un Bourguignon, il y fut enseveli dans ce tombeau où à présent reposent trois de ses successeurs, et de ceux qui ont commandé nos armées, avec le succès et le bonheur que toute l'Europe a admiré.
Ayant traversé la susdite ville, qui n'est qu'à une lieiie de la Haye, nous prismes la barque de Rotterdam, où estants arrivez fort tard, il nous y fallut passer la nuict, à cause de l'impétuosité des vents. C'est une belle ville et de grand Irafficq ; l'on y voit tousiours quantité de vaisseaux, bien que la dernière guerre d'Angleterre en ait beaucoup diminué le nombre et le commerce.
Il n'y a pas un sçavant qui ignore que ce fust en cette ville que nasquit le grand Erasme, qui le premier a découvert les abus du Clergé et crié contre la dépravation qu'il avoit introduitte dans la reUgion : de là vient qu'on le peint avec des lu-
(4) Demeurer pour tarder.
nettes de longae veuê considérant le Pape et les moines, et qu'on met auprès cette devise : Vidît^ pervidit, risit ; et c'est pour cette mesme raison que les Jésuites le nomment la poule des hérétiques, voulants dire que c'est luy qui a couvé tout le mal qu'on a fait à leur Eglise et qui après s'est esclos parla vraye doctrine qu'on a resuscitée. On luy a dressé une grande statue sur un fort beau pont pour honorer sa mémoire et on a fait mettre en sa maison une inscription Latine, Espagnole et Flamande qui dit que c'est là que nasquit le grand Erasme.
Pour gaîgner temps et passer en France le plus* tost que nous pourrions, nous loûasmes icy un batteau pour passer en Zélande : il y en a bien un qui en part tous les iours, mais comme ce n'est que sur le soir, il nous auroit fallu attendre près de 24 heures, avant que de nous pouvoir embar^ quer. Nous entrasmes en celuy que nous avions pris à 9 heures du matin, et le iour suivant nous arrivasmes à deux heures après midy à la veuê d'Armuyde; où estants descendus du batteau, nous fusmes contraincts d'aller à pied et dans la boue iusques à mi-iambe au dit Ârmuyde. C*est une petite ville fort dépeuplée et sans commerce, n'ayant plus son port qui a esté comblé peu à peu par le sable et par un vaisseau des Indes qui y est eschoiié.
D'Armuyde continuant nostre voyage par un plus beau chemin que celuy que nous venions de quitter, nous arrivasmes à Middelbourg capitale de
risle de Walcheren. Le comineroe des vins de France et la Maison des Indes ont fort enrichi cette ville; bien qu'elle ne soit pas située sur le bord de la mer, elle a de si beaux canaux que les plus grands vaisseaux y abordent à la faveur du fius et du r^flus de la mer, lequel ayant treuvé retiré^ nous fusmes contraincts de l'attendre iusqu*au lendemain, pour avoir nos bardes qui estoient demeurées dans nostre bateau. Dès que nous les eusmes, nous les fismes mettre sur un chariot, et nous estant mis sur un autre nous partismes environ les trois heures après inidy pour Flessingue.
C'est un port de mer assez fameux, pour que nous ne nous amusions pas à en dire beaucoup de choses. Il suffit qu'il est de telle importance que Charles Quint, qui connoissoit mieux nostre pais que prince qui y ait commandé^ laissa par escrit à son fils de tascher de ne iamais perdre cette ville. £lie n'est qu'à une lieuê de Middelbourg, et il y a un chemin si bien pavé de briques, qu'on peut aller de l'une à l'autre tousiours à pied sec et sans incommodité. Nous prismes neantmoins un chariot pour ne nous point lasser au commencement d'un long voyage. Avant que d'y entrer il nous fallut descendre du chariot, parce qu'ayant abattu les ponts qui estoient usés, on travailloit pour les raccommoder, et en mesme temps on se servoit de l'occasion peur nettoyer le havre qui commençoit à se boucher par le limon de la mer.
U n'y a pas long-temps que Flessingue n'estoit qu'un mesch^t village, ce qui se voit dan» les
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chroniques de Zélande, que Tan t^oo il ne ser- ▼oit que de passage pour ceux qui alloient en Flandres. Mais quelque temps après il fut fermé de murailles par Adolphe de Bourgogne, et depuis s'est accru peu-à-peu, particulièrement pendant qu'il a esté entre les mains des Estats ; de façon que c'est aujourd'huy une des plus importantes places qu'ils ayent : car c'est une des entrées de leur pais, qu'Elisabeth^ Reine d'Angleterre, voulut avoir avec la Brille (i) etRammekens, pourseureté de quelque argent qu'elle leur avoit preste. Mais Messieurs les Estats craignants que par cet engagement, elle vinst à s'en rendre propriétaire, luy payèrent en sept ans l'argent qu'ils luy dévoient : au bout desquels elle a esté obligée de leur rendre ces trois places, où ils tiennent à présent une partie de leurs vaisseaux de guerre, et principalement en celle de Flessingue et de Rammekeos.
Après y avoir loué une chaloupe, nous nous embarquasmes le i3* à 6 heures du matin pour gaigner l'EscIuse, où n'ayants pu arriver que sur le soir, à cause que nous avions le vent et la marée contraires, nous fiismes obligés d'y coucher. Nous eusmes pourtant assés de iour pour parcourir la ville, et rendre visite an S" de Beerendrecht, qui en est commandeur : il nous fit beaucoup de caresses et offres de services, et à la façon du pais
(4) Ou Briêl , port âSiez important de la Hollande ménj dîoniale.
g TOYÂGS A PARIS.
nous fit gouster son viu (i), mesme il nous voulut obliger de loger chez luy, mais nous en estant excusez, nous luy dismes adieu et allasmes employer le peu de iour qui nous restoit à voir la ville et Téglise principale, où Ton nous montra le lieu où sont enterrés les S'* de HauUain et Yander Noot, qui en ont esté gouverneurs. Ils estoient nos proches parens, et on leur a dressé d'assés beaux tombeaux, enrichis de quelques statues d'eux et de leurs femmes.
La ville est assés raisonnable, bien qu'elle soit frontière, son assiette en est fort avantageuse, et lorsque nous ne pouvions plus* garder Ostende, nous la gaignasmes sur les ennemis, par où nous reparasmes assez bien la perte que nous allions faire. On y entretient bonne garnison. Elle a un double fossé, et de plus elle est environnée de forts, et principalement de celui de Saint-Donaes, que les Espagnols tiennent, et par là découvrent toute la ville, qui est à la portée de leur canon. Le S' de Noortvreyck en est gouverneur. Elle a comme un bras de mer qui l'environne de tous costés, et y forme un assés bon port. Aussi les Espagnols creurent d'y pouvoir entretenir, au commencement de nos guerres, quelques galères, et d'en retirer un grand avantage. D'abord elles firent quelque mal, et interrompirent le traffic de la Zee-
(4) Cest nne coutume qui subsiste encore ai^urd'bui dans le^ Pays-Bas. Le Hollandais offre volontiers du vin à Tétranger ou au voyageur qui vient le visiter et A qui il veut donner un témoignage particulier da sa courUHsie.
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lande. Mais au premier mauvais temps qui les surprit en mer, nos vaisseaux leur donnèrent la chasse, en coulèrent une partie à fond, et firent que l'autre n'osa plus paroistre.
Le lendemain i4*, nous partismes à pied de TEscluse, à l'ouverture de la porte, et passâmes à costé de Saint-DouaeSy qui est ce fort dont nous venons de parler. Il est situé à l'emboucheure du canal par où Ton va à Bruges, et il s'y faut rendre pour prendre la barque, car les Espagnols en sont maistres et ne permettroient pas qu'on fist un canal de l'Escluse à ce fort, qui n'en est éloigné que d'environ de la portée d'un mousquet. Bruges est une des principales villes de la Flandre, et de celles qu'on nomme les quatre membres du pays. Elle est encore assez riche et bien peuplée, mais non pas à la comparaison de ce qu'elle estoit autrefois ; avant que le commerce s'establist à Anvers, c'estoit la plus marchande des 17 provinces : à présent elle est habitée pour la pluspart des riches et des gentilshommes de la campagne, qui s'y retirent pour y vivre doucement. Elle est gardée par quelques soldats qu'elle paye, et en hyver on y loge quelqu(es troupes de l'armée qui y ont les vivres et le fourage à bon marché.
Le Roy d'Angleterre s'y est retiré depuis qu'à sa sortie de France, après avoir seiourné à Cologne, il s'est lié avec les Espagnols (1). Il en estoit parti
(4) Le roi Charles H avait quitté Cologne au commencemeat de 4655, afin de se rapprocher du littoral et pouvoir passer plus aisément en Angleterre pour se mettre à la tête d'un mouvement
depuis quelques iours pour Bruxelles, où il es* toit allé en personne traitter de ses affaires a¥QC don Juan (i). Nous n y voulusmes point passer sans faire la révérence aux Princes ses frères, et à la Princesse royale (3) qui y est arrivée depuis quelque temps. Pour nous y introduire, nous nous adressâmes au nepveu de milord Germain, qui est escuyerdu ducd'Yorc (3). Le S^ de Brunel Tavoit connu à Paris, et il nous mena de son logis à la cour, dans un carrosse qui Tattendoit devant sa porte. Son maistre nous reçut fort uvilement, et * autant que le peut porter le génie de la nation. Il est vray qu'ayant esté élevé en France, et ayant servi dans les armées de ce royaume là, il s'estoit accoustumé à faire bon accueil au monde et à les entretenir. Nous iouïsmes de cet honneur environ un demi-quart d'heure, et trouvasmes que passant partout pour Prince de coeur, il ne manquoit pas non plus d'esprit. Nous vismes ensuite le Duc deGlocester, qui est un fort ioli Prince et qui ressemble fort au fû Roy, son père. Nous le trouvasmes qui avoit des papillottes à ses cheveux. Il
qui devait renverser Gromwel ; on sait que cet espoir fut trois|)é et que Charles U ne rentra dans son royaume qu'après la mort du Protecteur.
(4) Fils naturel de Philippe IV^^ qui commandait alors les troupes espagnoles en Flandre, avec le titre de lieutenant et capitaine général. Un agent des Etats de Hollande était accrédité auprès de lui.
(2) Henriette-Marie Stuart, fille de Charles I^^ sœur de Charles II et des ducs d'York et de Glocester, veuve de Guillaume de Nassau, prince d'Orange, et mère de Guillaume lU, alors âgé de six ans.
(3) Roi en 4685, sous le nom de Jacques H.
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; les défît en notre présence, et nous eusmes tout loisir de contempler sa belle chevelure. S'il estoit eslevé comnieil faut^ ce seroit sans doute un Prince qui se feroit beaucoup estimer. Il parle peu, mais avec esprit et iugement. Nous ne peusmes faire la révérence à la Princesse royale qu'après qu'elle fut sortie des prières où elle estoit. Elle nous rereut à son accoustumée, c'est-à*dire froidement, et sans dire mot^ ce qui ne plaist guère au temps où nous sommes, pour grands que soient les princes que Ton voit.
Toute cette maison royale est assez mal logée, et on s*y plaignoit du chancelier du Roi, qui, par ses conseils, engageoit trop son maître avec les Espagnols qui ne le reçoivent pas pour le bien qu'ils luy veulent, mais seulement parce qu'il peut nuire à TAngleterre par ceux de son parti qui y restent, et à la France qu'il vient de quitter, en retirant les troupes de sa nation qui y servent. Il en avoit desia ramassé 12 à«i5 cents, et on nous dit qu'on leur avoit donné pour quartier d'hyver Ypre et Gourtray.
Nous estant ainsi acquité de nos devoirs envers ces Princes et la Princesse, nous fusmes à la Comédie françoise et y vismes représenter la Mort de Pompée (i), par la mesme troupe, qui avoit
(4) Tragédie de P. Corneille^ représentée pour la première fois en 4644, et qae le grand poète considérait comme un de ses meilleurs ouvrages. Elle fut souvent jouée sous le règne de Napoléon V* qui la goûtait beaucoup. On vient de la reprendre au Thé4l(8-Françai0 (iB6a).
esté à fu monsieur le Prince d'Orange. La plns^ part du beau monde de Bruges s'y treuva, et à la vérité il y avoit quelques femmes assez bien faites, et qui toutes faisoient monstre de cette blancheur Flamande, qui est tant prisée par les est rangers. Le gouverneur de cette ville est un Florentin, qu'on nomme le comte Strozzi: il est de cette maison qui a si long^temps disputé de la principauté avec celle de Medicis et de Pittei. Il s'est marié en ce pais, et c'est chez luy que Ton voit d'ordinaire les plus grandes compagnies. Aussi est-ce là où le Roi et les Princes vont le plus souvent, qui sans cela passeroient fort mal leur temps , en une ville où le malheur de la guerre laisse fort peu de moyens de se resiouïr. Ayant ainsi passé nostre soirée, nous partismçs le lendemain pour Nieupoort. Elle ne correspond en aucune façon^ ni par sa beauté, ni par sa grandeur, à la renommée que luy a donnée la bataille que le prince Maurice y gaigna (i). On y va par une barque qu'il faut aller prendre hors de la porte de Bruges, et dont il faut sortir à quelques cents pas de ]P[ieupoort. Le battelîer nous voulut prendre pour duppes, nous voulant faire païer pour nos valises: nous nous en défendions le mieux que nous pouvions, mais comme il y a une espèce de cledac, et de lieu fermé où l'on met pied à terre, il en ferma les portes, et ne les voulust point ouvrir à nos laquays qui estoient
(4) En 4600 ; ce prince était fils de Guillaume de Nasaao.
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exigés de DOS hardes. Nous fusmes nous en plaindre aux Consuls et au Maior de la ville, mais ils tesmoignèrent que ce lieu là ne despendoit point d'eux, mais de messieurs de Bruges, dans le territoire desquels il estoit. Cela nous obligea de retourner à la barque, où nous trouvasmes cet insolent plus doux, et qui se laissa contenter par quelques schellings, au lieu qu'il demandoit auparavant six francs. Cet incident nous obligea d'y coucher, parce qu'il nous fit manquer la barque de Furnes à Dunquerque, qui ne part que le soir et le matin, et icy on n'a pas la commodité de Hollande, de pouvoir louer une barque en payant tout le vracbt (i).
Nous y arrivasmes le i6*, et au sortir de la barque nous eusmes la mesme difficulté avec le battelier, luy donnant de mesme quelques schellings, bien qu'il ne luy fust rien deu. A l'entrée de la ville un sergeant se ioignit à nous, et nous dit qu'il falloit aller chez le Gouverneur. Ne l'ayant pas treuvé, il nous mena chez le Maior qui demanda de voir nos passeports ; et bien qu'il nous promist de nous les renvoyer dès le soir mesme, parce que prétendant le lendemain d'aller coucher à Calais, nous voulions partir de bon matin, il ne nous tint pas parole , et ne les renvoya que sur les huit heures du matin. L'Aidant, à qui ou les avoit donnés pour nous les apporter croyoit que nous, luy donnerions de l'argent, et c'estoit
(1) Mot hollandais qui signifie frit.
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à cette fin qu'on Tavoit chargé de cette comissioo ; mais le S** de Brunel le traitta comme il falloit en le rebroûant et renvoyant comme un homme qui par son avarice et son petit iitterest nous avoit presque réduits aux termes d'estre nécessités de coucher à Gravelines; ce que nous avions dessein d'esviter, sçachant combien il est incom* mode de s'arrester en des lieux où Ton ne passe qu'à la faveur d'un passeport.
Dunquerque est une ville située au pied des dunes, mais assez bien placée pour le commerce. Le port en est assez bon, mais il n'est pas comparable aiix meilleurs de cette mer, bien qu'il soit de ceux qui nous ont le plus incommodé pendant nostre guerre, car c'estoit un nid de pyrates qui nous obligeoient au commencement du printemps d'envoyer sur leur rade un esquadre de vaisseaux pour les tenir renfermés. Ses bâtimens sont assez iolis, et parmi ceux qui les habitent il y a un bon nombre de riches marchands. Nous y en vismes un nommé le S' Thomas Sergent, pour qui le S' de Brunel avoit eu une lettre, lors qu'il y passa avec le sieur delà Platte(i) nostre cousin. Cestun très honneste homme et qui ne se contentant pas de
(1) M. Chanut, ambassadeur de France à La Haye, fait roentioii de M. de la Plaltei dans une dépèche au ministre, en date du 30 septembre 1655 : a M. de Sommerdickc*), que vous sçavez estro personne do mérite et très-estroictement attaché à nos intéretz, m'a demandé s'il pourroit obtenir un passeport pour envoyer sans payer le droict d'entrée huict chevaux au baron de La Platte son fils, qui passera l'hyver à nostre cour, où il veut qu'il fasse
{*) Ou Sommelrdick; voir plus loin, à la date du 1 mar» 1057.
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Dons aydér à ce que bous peussions avoir de bons chariots, nous régala d'une petite collation à no»* trearrivée et à nostre départ. Mais pour achever la description de la ville, il faut remarquer, qu'outre tous ses dehors et doubles palissades, que lesFraii* çois avoient faites pour la défendre, et la rendre plus forte, quiconque est maistre des dunes, qui sont gardées par un petit fort, est aussi maistre de la ville puisqu'on l'en découvre à plein.
Le 1 7% nous estant mis en un chariot, et nos laquais en l'autre, nous prismes le chemin de Gravélines. Avant que d'y arriver nous passasmes par Mardick : c'est un assez grand fort, qui n y a esté conslruict que pour garder la coste, et dominer sur la rade qui est assez bonne en cet endroict. Les François l'ont pris deux fois, et l'ont perdu autant. La seconde fois il leur cousta beaucoup de monde, et quantité de noblesse y fut assommée. Les Espagnols l'ont pris pendant la guerre civile de ce Royaume, et en ont eu fort bon marché. Le grand fort qui enfermoit le petit qui subsiste encoi^, a esté ruiné, et le chemin par où l'on va à Graveliues, passe au travers de ce qui en reste.
Un peu avant que d'arriver à la porte de Gravelines nous mismes pied à terre, et après qu'on eust adverti le corps-de*garde, il vint un soldat à nous,
despensQ et paroisse. Je lay ay dit que je tenois la chose assez difficile : il m'a témoigné qu'il ne la demandoit pas par espargne^ mais pour la réputatioo. »
Le S' de Brunel était sans doute chargé d'accompagner nos voyageurs, comme il avait servi de guide l'année précédente à M. de La PlaUe, leur cousin.^
qui nous mena au gouverneur. C'est uu Espagnol qui a long-temps servi en Flandres, et qui a quitté une partie de l'orgueil de la nation ; aussi nous receut-il assez civilement. Après luy avoir monstre nos passeports, il les donna à son secrétaire pour y mettre le Vidimus. Il n'a pas ce gouvernement en chef, il dépend de celuy de Saint*Omer et n'est qu'une simple commission. Aussi Don Marqués, qui le possède, n'est pas homme de naissance, et n'est parvenu à ce poste que par ses longs services. Il est d'un assez bon entretien, encore qu'il ne parle bien ni François, ni Flamand. Pendant que le S' de Brunel estoit à faire le marché pour des chariots, qui nous servissent pour gaigner Calais, il nous fit le récit d'un grand accident survenu par le feu qui s'estoit mis au majg;azin des poudres, et qui ayant emporté toutes les maisons voysines, a rendu difforme la place où nous nous promenions, qui est celle qui leur sert de place d'armes. Il adiousta que cet embrasement estoit arrivé quinze iours avant celuy de Delft. Nousfinismes nostre entrelien en prenant congé de luy, et retirasmes nos passeports de son secrétaire, qui nous en fit payer demi-pistole par teste, disant que c'estoit pour son maistre qu'il exigeoit cette somme. C'est une chose pitoyable de voir la pauvreté et la misère de ces villes et de leurs gouverneurs, qu'ils tesmoignent assez en demandant comme la passade aux voyageurs. La garnison n'en est guère forte, et toutes les troupes que nous avons venës icy et à Dunquerque, sont si piètres,
que ie m'estonne comment elles ont pu déficher les François de deux si bonnes villes : mais ie croy qu'on fait à présent la guerre à dessein de la faire darer plustost que de la finir.
Au sortir de Gravelines, on treuve un bac qui sert à passer une petite rivière qui se hausse et se baisse par le flus et le reflus de la mer. On est à peine au delà, qu'on voit une redoute auprès d'une espèce de digue, où les Espagnols ont comme une garde avancée de lo à 1:2 soldats. Elle est située aux confins du territoire de Calais, et dès qu'on en a passé la barrière, on entre dans le pais reconquis. En avançant chemin, on s'aperçoit que l'on va insensiblement en un pais plus haut, et l'on voit tout au long de la fix>ntiere de France une espèce de cercle ou de courtine qui fait remarquer à l'œil qu'à iuste tittre on a nommé nos Provinces le Païs-Bas. En approchant dé Calais nous rencontrasmes une redoute, à la veué de laquelle le tam* bour que nous avions pris à Gravelines fit trois chamades, sur quoy ceux de dedans se présentèrent, afin de voir nos passeports du roi de France. Après les avoir leus, ils ne firent aucune difficulté de nous laisser passer. On en fit de mesme à la seconde garde qui est à l'entrée de la porte, mais l'on nous y donna deux mousquetaires avec un sei^ent pour nous conduire à nostre hostellerie. Une heure après nostre arrivée, l'hoste nous demanda nos noms pour les envoyer au S' de Courtebonne, Lieutenant de Roi, qui y commande en Tabsence du comte de Charost. Le lendemain.
nous le fiismes voir et le S' de Glarges, rcHiident de la part de Mess" les Ëstats, qui peu de temps après nous rendirent la visite, en nous faisant de grandes protestations d'amitié et offres de service.
Calais est une très bonne place, tant par son assiete que par sa fortification : car d'un costé elle a un fort, nommé le Reysbanck, et de l'autre une terre que l'on peut inonder en ouvrant les écluses, qui sont gardées par un fort, de quatre grands bastions revestus de briques et bien terrassés au dedans, que le Cardinal de Richelieu a fait bastir. On l'appelle le Fort Mulet, et il est à environ une demi-lieué de la ville, qui est de plus accompagnée d'une bonne citadelle ; aussi faut il avouer que cette place est de grande importance, et que c'est la clef de ce Royaume tant par mer que par terre.
Le 1 8^ , nous prismes le messager de Calais, et fismes marché avec luy, que pour quatre pistoles par teste, il nous fourniroit des chevaux, et nous nourriroit iusques à Paris. Il se treuva par bonne fortune pour nous qu'il avoit tous ses meilleurs chevaux à Calais, et que nous les choisismes sans nous y tromper, parce qu'ils avoienl servi aux S^ de la Flatte et de Brunel lors qu'ils s'en retournèrent en Hollande. Nous «partismes sur les deux heures après midy en assez bonne compagnie : car outre que nostre bande estoit forte, il y eust un officier de Piemond, nommé Beaulogé, et le S' de Palme de Rouen, qui se ioignirent à nous. Dèsque nous commençasmes à entrer dans le Boulognois, nous treuvasmes les chemins si mauvais à cause
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qu'il avoit plûy que voyant bien que nous ne pourrions arriver que fort tard à Boulogne, nous pris-* mes le devant et doublasmes le pas. Cette ioumée nous fut la plus fascbeuse, à cause de la nuict qui nous surprit, et du paîs qui est tout semé de petits costeaux, qui font qu'il faut presque tousiours monter et descendre. Aussi comme nous allions fort viste, nonobstant Tobscurité et le mauvais ebemin, l'espéedeFun de nous autres luy tomba de son costé et fut perdue, bien que le reste de la troupe et nos laquais vinssent après nous, et qu'ils eussent pu la treuver. Si les chevaux ne nous eussent pas conduits, nous nous serions sans doute esgarés, mais ils font si souvent cette route, qu'on n'a qu'à les laisser aller. Ce que nous remarquasmes du Boulognois, est que c'est un pais d'une fort advantageuse situation : il est assez fertile dans les vallées où l'on nourrit quantité de bestail, et sur tout de ces chevaux, qui servent pour la pluspart au labourage et à la charrette. Sur le haut Ton semé des bleds, et nous remarquasmes une façon de fumer les terres, qui nous fut tout-à-fait nouvelle : on y espand une certaine terre blanche, qui ressem* ble à de la craye ou à du piastre ; Fair et la pluye la font fondre avec le temps, et l'incorporent avec l 'au Ire qu'elle engraisse et fertilise merveilleusement. Ayant enfin gaigné Boulogne, nous fusmes mettre pied à terre à la basse ville. 'Nous n'avons point à nous louer du logis du messager, car nous n'y fusmes aucunement bien traittés, et d'à* ^ bord nous reconusmes que tout ce qu'il nous avoit
promis de ce costé là, n'avoit esté que de belles paroles pour nous obliger à prendre ses chevaux. Cela fit que nous commençasmes à nous mettre en colèi'e contre luy, et mesme contre Thostesse, qui eut cette impudence de nous vouloir faire coucher dans des draps peu blancs, mais le S' de Brunel fit tant, qu'il luy fit ouvrir ses coffres, et en tirer d'aussi beaux et d'aussi blancs qu'on eût pu les souhaitter. Le lendemain nous fiismes voir la ville, qui est située sur une montagne. Elle est bastie et fortifiée à l'antique, et hors quelques demy-lunes et ravelins mal entretenus, nous n'y vismes rien qui l'ait pu faire passer pour une des plus fortes places de l'Europe. Le port est à la basse ville, et bien qu'il soit assez seur, il n'est pas des meilleurs à cause que l'entrée en est difficile. Le Mareschâl d'Aumontenest Gouverneur, et de tout le pais ; il estoit parti depuis quelques iours pour la Cour , car c'est Tordinaire de ces messieurs de se retirer l'hyver à Paris pour s'y divertir. Nous n'y vismes rien qui soit fort digne de remarque, exceptez deux fontaines, qui sont en la haute ville^ dont l'une se treuve dans le milieu de la plus grande place, et l'autre dans la plus petite. Autrefois on estimoit fort cette place, à cause qu'elle servoitde clef à la France, du temps que les Anglois tenoient Calais. Elle a souffert divers sièges, et a esté attaquée plusieurs fois durant les guerres civiles, et on y en voit encore quelques marques tant ^ux murailles et tours de la haute ville, qu'en quantité de masures de la basse.
DÉCEMBRE 4656. âl
Le 19*^ Dous traversâmes le Boulognois d'un
bout à l'autre, et il n'y a guère de village qui
ne paye contribution à Saint-Omer ou à Grave-
lines. Ceux qui sont sous le canon de la ville
ou au voisinage de Monstreuil, en sont pourtant
exempts. On nous raconta, qu'il n'y avoit pas
long-temps que les Espagnols les voulurent obliger
à contribuer, mais qu'ils s'avancèrent si avant
qu'on leur coupa chemin , et qu'ils y furent tous
defaicts. Le pais est en quelques endroits couvert
de bois 9 et avant que d'arriver à Monstreuil, nous
en passâmes un, qui porte le nom du pais, où
Von court souvent risque de rencontrer quelque
parti, et plus encore de tomber entre les mains
des voleurs qui ne manquent d'y attendre les
voyageurs et de les dépouiller, quand ils sont ad-
vertis qu'ils ne sont pas les plus forts. Pour nous,
nous n'avions rien à craindre , car nous estions
trop bonne compagnie et trop bien armés, pour
qu'ils osassent nous entreprendre.
Avant que d'arriver à Monstreuil, nous descendismes dans un fond, qui forme une espèce de maretz, et qui entournant presque cette place, la rend extrêmement forte. Il y a une espèce de fauxbourg qui est sur la pente de la hauteur sur laquelle la ville est située; ce fut de ce costé là que nous y entrasmes : le coteau est assez escarpé, et sans doute cette place est très-bonne, car outre sa situation advantageuse, elle est assez bien fortifiée, et à la moderne, ayant de bons et beaux bastions et qui sont revestus de briques. La cita-
délie est à un bout^ d'où elle commande la ville, et est, si ie ne me trompe, de cinq bastions. Pour la construire, on a abattu une partie du logement du Gouverneur, qui par là reste assez délabré, n'y ayant qu'une aile de l'ancien corps de logis. Le Comte de Lannoy l'avoit fait bastir du temps qu'il en estoit Gouverneur. Monsieur le Prince de Harcourt, qui en a espousé la fille, a à présent ce Gouvernement, et Fa obtenu comme par droit d'héritage du costé de sa femme. Tant il est vray qu'en ce Royaume les grands ne quittent iamais les employs qu'eux ou leurs proches ont eus, sans prétendre qu'on leur fait tort de les en priver.
Le iour suivant, qui estoit le rjo*, nous gaignames Abbeville, après avoir passé une belle cam* pagne qui se partage tantost en collines et tertres, tantost en vallées et en plaine, et tantost en plan* tages et en bois, tellement que nous pouvons bien dire avec vérité, et sans faire tort aux autres pais, que la France est un Paradis terrestre. Nous y arrivâmes d'assez bonne heure pour nous promener par la ville, et pour en considérer l'estendué. Elle est raisonnablement grande et bastie à l'antique, comme la pluspart de ces premières villes, qui sont faites de piastre et de bois. Elle est peuplée de quantité de bons artisans et gros marchands; mais ceux qui travaillent aux armes à feu se sont acquis tant d'estime que leurs pièces passent pour les meilleures de l'Europe.
Le valet du S^ Herbert nous y donna un advis qui noussurprist, et que nous treuvasmes véritable,
k sçavoir que passant par devant le couvent des Sœurs-Grises, il avait parlé à la fille de chambre de mademoiselle de Montmorency, qu'on y avoit logée contre son gré : aussi s'en plaignit-elle au S' Herbert qui lay rendit visite. Elle estoit habillée en séculière y et disoit qu'elle estoit encore de nostre religion. Il l'entretint au travers des grilles du parloir. Elle luy raconta de la façon qu'on l'avoit conduite en ce lieu, et le pria d'en escrire, afin que Mess'' les Estats de Gueldre y missent ordre. Elle avoit imploré leur protection lorsqu'après s'estre instruite en nostre religion, elle avoit quitté la romaine. Ses père et mère se sont servis d'un prestre habitant àLeyden en Hollande, nommé Pieter, et c'estoit luy qu'elle accusoit principalement; ayant encore cette bonté pour ses proches, qu'elle prioit qu'on ne retinst point les gages à son père qui est capitaine en nos quartiers : mais i'apprehende fort qu'en ce fait il n'y ait un peu de rhumeur volage de la fille.
Le désir que nous avions de nous rendre à Paris fit que, des que nous eusmes passé Abbeville, nous redoublasmes nostre diligence : aussi nos iournées estoient plus grandes et nous obligeoient à nous lever de grand matin et à arriver tard, bien que nous ne nous arrestassions que fort peu à la disnée. Mesme, comme il n'y avoit plus de danger pour les partis des Espagnols, nous ne marchions plus tous ensemble. Ayant donc laissé à Vhostellerie une partie de la troupe, nous prismes le devant et nous nous esgarasmes ; mais ayant
esté remis au chemin, nous passâmes le âi* la Somme à Pont-de-Remy. C'est un bourg qui appartient au Duc de Créqui, et comme il est fort important à cause du passage, il y a garnison qui en garde le pont. Au delà du village il y a une maison ou un vieux chasteau qui est en quelque façon fortifié, ayant un bon fossé et quelques bastions, qui sont entournés d'eau par un bras de la rivière qui s'y décharge. Il y a de quoy s'estonner qu'on ait négligé cette place, puisqu'on nous a dit qu'elle est importante, et que si les ennemis gaignoient ce poste, ils pourroient courre presque toute la Picardie. La nuict nous prist avant que nous eussions gaigné le giste de ce iour-là, et nous arrivasmes à Poix qu'il estoit assez tard. C'est un village qui appartient aussi au Duc de Créqui, et dont il se dit prince. Avant que d'y arriver, nous eusmes une heure de pluye, dont nous fusmes fort bien arrosés, car elle nous prist au milieu d'une grande plaine, et iustement en un endroit où nous n'estions couverts d'aucun arbre ni d'aucune colline. Pour nous ayder à mieux supporter cette fâcheuse incommodité, nous logeâmes ce soir-là en une hostellerie, où nous fusmes moins mal que nous n'avions esté en toutes celles de la traite.
Le 22*, nous arrivasmes d'assez bonne heure à Beauvais, et pendant qu'on nous apprestoit à disner, nous fusmes voir l'église, dont le chœur est en si grande estime, que pour faire une parfaicte église, on dit qu'il faudroit prendre le chœur de Beauvais, la nef d'Amiens, et le clocher de Char-
très. Aussi il faul advouè'r que la fabrique de ce chœur est fort belle, et que tout y est clair, vaste et bien exhaussé. Quant à la ville elle est une des principales de la Picardie. Le commerce des Mainés, et surtout des ratines, y est fort grand. Il y a une grande place qui est iustement au milieu. Les maisons sont presque toutes à Tantique et basties de piastre et de bois, de mesme que les autres que nous avons desia descrites. Nous arrivasmes assez tard à Fillare, où nous devions coucher. Ce n'est qu'un bourg, et dont nous ne vismes ni la forme, ni la situation, y estant arrivés de nuict et en estant partis avant le iour.
Ce qui nous obligea à nous lever si matin le aS*, c'est que nous voulions entrer dans Paris avant le soleil couché, à cause qu'aux environs de H^tte grande ville il ne fait guère seur dès que la brune approche. Cependant nous avions ce soir-là à faire quatorze lieues, et nos chevaux commençoient à se lasser, et, pour surcroist d'incommodité, il y avoit desià deux iours qu'un de nos laquais, feignant de ne pouvoir plus marcher, nous avoit obligés de le mettre en croupe, n'ayant pu trouver aucune commodité pour luy faire gaigner Paris, qui ne fut très-chère. Ce qui fit que le S' de Brunel le prit premièrement en croupe pour le soulager, et puis pour ne le laisser derrière seul et sans ses camarades, le mena de cette façon iusques à Paris : est c'est une merveille que son cheval, qui n'estoit qu'un bidet, ait pu fournir à cette double charge. Cette iournée il fit un parfaitement
26 VOTÂGE Â PARIS.
beau temps pour la saison ; tout ce qu*elle eust d'incommode fut que la matinée en fut assez rude, à cause qu'il avoit fort gelé ; et dès que le soleil eust renforcé sa chaleur, le dégel rendit les chemins si glissans, qu'à peine les chevaux pouvoient se tenir. Aussi un peu avant que d'arriver à Beaumont, où nous allions disner, le S*" de Ryswick tomba dans un bourbier^ où il fut amplement mouillé, car ses bottes se remplirent d'eau, et ses liabits percèrent iusques à la chemise. Cet accident nous obligea d'estre plus long temps à la disnée que nous ne nous Testions proposé. Il empescha aussi que nous ne fissions pas un petit tour par le bourg qui est assez ioli, et qui a un beau pont sur la rivière d'Oise qui passe au pied de la coste sur laquelle il est situé. Ce lieu appartient au Mareschal de la Motte, qui y estoit en ce temps, où nous luy fussions allés faire la révérence et voir sa maison, qu'on dit qui est belle, n'eiist esté cet accident qui nous en osta le moyeu . Il nous eut aussi empesché d'arriver de iour à Paris, si nous n'eussions redoublé nostre diligence, qui fut telle que nous y entrasmes sur les quatre heures du soir, biep que nous eussions encore huit lieues à faire.
Au sortir de cette petite ville, nous commençasmes à nous apercevoir que nous approchions de Paris, voyant la quantité de belles maisons qui sont comme semées par toute la campagne. Les villages, par où nous passâmes, estoient et plus grands et mieux bastis que ceux que nous avions veus iusques icy ; et c'est à iuste tittre qu'on les
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nomme les mammelles de cette ville, qu'ils enviroDoeot, car c'est d'eux qu'elle tire la meilleure partie de sa subsistance. Nous ne nous amuserons pas à marquer en détail tout ce qu'ils ont de considérable, ou pour leur situation, ou pour les belles maisons qui sont dans leur circuit ou aux environs.
Dès que nous fusmes à Saint-Denis, nous ne pensâmes qu'à doubler le pas pour gaigner le repos et arriver de iour, pour pouvoir nous enquérir du logis ou estoit le S"* de Speyck, nostre couzin. Le S'' de Brunel n'en avoit point reçu de lettres long-temps avant nostre départ de la Haye, et les dernières qu'il en avoit eues du S^ de Rodet, son fi^rCj poitoient qu'ils estoient dans la résolution de changer de logis. Entre Saint -Denis et Paris nous trouvasmes un commencement de la confusion qui accompagne cette grande ville. Ce n'estoit qu'une continuelle suite de charettes, de chevaux, et de monde qui en sorloient Mais le bruit et le tumulte augmentoient à mesme temps que nous avancions devers la ville. Nous y arrivasmes vers les quatre heures après midy, et ayant traversé tout le faubourg Saint-Denis, nous filâmes le long de cette grande rué, que nous né quittasmes qu'à l'endroict où elle aboutit avec celle de la Ferronerie. Elle est à costé des charniers de saint Innocent, et est remarquable en ce que presque tous les marchands de fer, de léton, de cuivre et de ferblanc, y ont leurs boutiques. On y montre encore le puits où le traistre de Ravaillac se
cacha pour oster la vie à Henri mi. Nous trouvant au commencement de la rue Saint-Honoré, nous tournasmes bride par celle des Bourdonnois, et fusmes gaigner le Pont-Neuf. Nous nous y arrestasmes chez le S' Van Gaugelt, banquier, et le S' de Brunel y mist pied à terre pour le saluer, et l'obligea de nous donner son vallet, pour nous conduire au logis du S'' de Speyck. Le S' Blanche, qui estoit parti avecque nous, nous dit icy adieu, nous remerciant de l'honneur que nous luy avions fait de l'avoir receu en nostre compagnie, et se retira pour aller loger chez Monglas, à la rue de Seine, à la Fille de Brissac (i). Le S' de Speyck n'a voit point changé de logis, et nous le trouvasmes au fauxbourg Saint-Germain, à la rué des Boucheries, au Prince d Orange^ qui revenoit de Charenton, où il avoit été à la préparation de la sainte Cène du iour de Noël. Aussitôt le S"" de Brunel travailla à nous pourvoir d'un meilleur logement et hauberge. Il est fort difficile d'en trouver en uu temps semblable à celuy auquel nous y arrivasmes, puisqu'alors tout le monde qui a des affaires se rend à Paris, et d'autant plus que l'Assemblée du Clergé (2) n'estoit pas encore séparée. Le S" de Brunel avoit donné ce logement au S" de Speyck, parce que se devant mettre entre les mains des médecins pour se guérir d'une seicheresse de pou-
(')) a LUiôteet rhôtesse sont huguenots, et étoient assez exacts; c'est une honnête auberge, et tout est plein de gens de la religion là autour. » {Historiettes de Tallemant des Réaux.)
(2) Réunie en octobre 4655 elle ne se sépara qu'en janvier 4657.
mon, qui à la fin Fauroit rendu étique, il falloit qu'il vescust de régime et en son particulier. Après les premières embrassades et après les premiers compliments, nous nous mismes à prendre nos commodités, et nous estant fait débotter, nous nous fismes faire bon feu pour nous chauffer, car nous avions eu assez froid en chemin. Cependant le S" de Brunel donna ordre à un traitteur de nous apprester le souper. Nous attendismes l'heure avec grande impatience, tant pour le bon appétit que nous avions, que pour Tenvie de dormir en laquelle nous estions. L'un et Tautre nous estoit fort nécessaire, ayant fait assez vite i4 bonnes lieues, comme nous l'avons dit cy dessus.
Le ^4^7 jour de dimanche, nous demeurasmes au logis, n'estant pas en equippage propre à nous monstrer^ surtout aux iours de fêtes qu'un chacun estant oysif prend garde à tout ce qui luy passe devant les yeux. Nous n'avions que des habits de voyage et de vieille mode, puisqu'ils estoient avec de l'or et de l'argent et chargez de cette confusion de rubans qu'on venoit de quitter. Quand bien la bienséance ne nous eust pas empeschez de nous monstrer en cet estât, l'edict rigoureux qu'on avoit fait contre cet excès (i), nous obligeoit de
(i) Une Déclaration du roi, du 43 novembre 4656 (*), venait en effet de renouveler les dispositions des anciennes ordonnances, contre les excès du luxe, et proscrivait notamment les passements d*or et d'argent. — Une déclaration semblable, publiée en 4644,
(*) Dédaration sur les paisement5 d'or et d'argent, les dorares des carrosses et cdèches et aar la painre des habits et vêtements. Paris 18 noTcmbre 1650. ~ (CoUecttoQ manuscrite des ordonnances, aax Archives Judiciaires.)
30 VOYAGE A PAUIS.
garder la maison. Aussy nous avoit-on advertis que depuis peu on avoit dépouillé et maltraitlé quel* ques Allemands qui n'avoient pas eu esgard à ces défenses. Il est vray que cet accident avoit fait que l'on avoit donné ordre à ce qu'il n'en arrivast plus de semblable et que les soldats des Gardes qui sous ce prétexte cherchoient la pièce , furent obligez d'en user autrement, puisqu'on ordonna qu'ils seroient punis de mort, s'ils mettoient la main sur aucune personne pour ce suiet, n'estant pas à eux à prendre garde à l'exécution des Edicts. Pour les mesmes raisons, le ^5, ^26, ^17 et :i8, nous fusmes obligés de passer les iours de Festes en demy renfermez. Nous nous faisions apporter à manger dans nos chambres, mais voyant qu'il nous en coustoit au double, nous allasmes prendre nos repas en une hauberge qui estoit vis-à-vis de nostre logis. Le S"" de Brunel en chercha bien une meilleure, mais n'en treuva point qui ne fût trop éloignée. On y traittoit assez mal, et c'estoit une de celles où il ne va que des estrangers : aussy at-elle pour enseigne la Fille de Hambourg, Il y avoit sept ou huict Allemands assez bien faicts, et nous nous estonnasmes qu'ils souffrissent qu'on leur fist
portait (c quMl n*y avoit pas de cause plus certaine de la ruine <K d'un Estât que l'excès d'un luxe déréglé qui par la subversion a des familles particulières attire nécessairement celle du public, a et que l'on ne pouvoit souffrir que l'Ëstat fust aifoibli par le dé- « règlement de ceux qui ne gardent aucune mesure en leurs « vaines et excessives dépenses... » — Un édit de Henri II, en '1549, défendait aux gentilshommes et à leurs femmes d'employer pour leurs habits des étoffes d'or et d'argent, et aux « arlisants, paysans et gens de labeur » de porter des vêtements de soie.
si pauvre chère. La plaspart de ces messieurs s'aN troupent aux pais estrangers, et s'adressent et se logent chez ceux de leur nation. Par le premier ils ne profitent guère et ne connoissent que peu ou poinct la nation qu'ils visitent, et par le second ils sont trompez et maltraittez de ceux de leur nation dont ils se servent, qui abusent du peu de connois» sance quHls ont du païs où ils sont
Nous employasmes toute la matinée du ag à es«crire. C'estoit un vendredy, iour de l'ordinaire qui porte les lettres en Hollande. Aussy le pouvons nous nommer le iour de nostre travail, parce que nous n'en manquons pas un, sans donner de nos nouvelles à nos parens. Sans doute qu'ils commençoient à en languir, car depuis Dunquerque nous n'avions pas pu leur escrire, parce qu'à Calais il n'y a point de poste qui aille à droiture en Hollande. Comme nous estions à faire nos despesches^ nous eusmes le contentement de recevoir les premières lettres, que nostre père, nous ait escrites depuis nostre départ. Nous changeasmes de logis l'a près dinée et nous nous delivrasmes de l'une des plus meschantes hostesses que l'on puisse rencontrer : en effet, ie ne pense pas qu'elle eust sa semblable pour l'impudence et la crierie. £iie est native de Bruxelles, et n'a iamais exercé d'autre mestier que celuy de trompeuse et séductrice des estrangers qu'elle loge. Nous eusmes mille difficultez à la contenter, car après qu'on lui eust donné tout ce qu'elle pouvoit prétendre, elle nous arresta un cheval pour nous obliger à le racheter d'entre ses
maias. Elle se nomme Regina de Hoeve, mais elle est plustost une vraye Regina de Hoer (i). Il y avoit quelques iours que ndus estions convenus de deux apartemeus à THostel de Montpellier, qui est une hauberge au cœur de Paris, dans le cul-desac de la rué desBourdonnois. Nous yeusmesune partie de celuy du premier estage : nostre chambre est grande, belle et fort bien meublée, le lict y est élevé sur une estrade et est d'un brocard de soye, les sièges et la tapisserie sont de mesme estoffe. Au bout, du costé de la cour, nous avons un cabinet qui est presque quarré et assez ioli, mais fort commode pour y mettre et ranger proprement toutes nos bardes, et pour nous servir d'estrade.
La Compagnie de nostre hauberge estoit composée d'un evesque, de son ausmonier, d'un receveur provincial du Clergé, d'un controUeur des gabelles de Languedoc et d'un capitaine de cavalerie. Entre temps nous y en avons eu d'autres dont ie parleray en son lieu. L'Evesque estoit une bonne personne et homme d'honneur, mais de peu de conversation, ce qui n'est guère de l'humeur de ceux de sa province, car il est provençal et Evesque de Sisteron. Il avoit esté prevost de l'Eglise cathédrale d'Aix, et quand le cardinal de S**-Cecile (2) eut cet Archevesché, il lui promit et aux premiers de cette Eglise de les faire Evesques, et ce autant par politique que pour leur faire du bien : car c'est
(4) Hoeve en flamand signifie une ferme, et hoer une mauvaise femme, (3) Michel Mazarin, frère du Premier Ministre.
Tordinaire des Grands de vouloir avoir sous eux des officiers qui tiennent leurs charges d'eux, et ceux cy avoieut esté faits par ses devanciers. Ce n'est pas que ce ne soit un homme sçavant^ mais sa science n'est pas usuelle, et il est de ceux qui estadient ut sciant seulement, c^est à dire par un simple désir d'apprendre, sans se soucier beaucoup de débiter. Par là il est tombé dans le défaut qui accompagne d'ordinaire cette sorte de curieux, à sçavoir la difficulté de s'exprimer, et cela se nomme : manquer de boute-hôrs. Il n^avoit point de passion qui le dominast, excepté celle d'espargner et d'amasser des biens pour ses proches, ce qui fai* soit qu'il en paroissoit taquin, et estoit fort mal servi de ses valets qui connoissant son foible ne Juyestoient guère obéissants. Son ausmonier estoit ungrosrougeau qui avoit un vray visage de prospérité. Il se nommoit le S' Médecin, et du nom de son prieuré, de Bouc. Pour entretenir son embonpoinct, il ne manquoit iamais d appétit iusques là que quand l'heure du repas venoit, on voyoit des marques d'allégresse sur son visage, et quand il estoit à table et touchoit aux viandes il commeuçoit à manger avec un soupir de contentement, en disant : Dieu soit loué I II ne menoit pas grand bruict tant que la première faim lui duroit, mais après l'avoir estourdie, il parloit autant qu'un autre : ie ne dis pas aussi bien, car il n'estoit pas fort en raisonnement et moins en éloquence. Au disner il faisoit parfaitement bien son devoir, parce que l'Evesque estant présent, on le laissoit en re-
pos ; mais au souper que nous estions sans mitre, chacun s'esbaudissoit la ratte à lui donner quelque atteinte. Il n'y avoit pourtant personne qui le persecutast plus que le S*^ de Manse qui estoit le controoUeur des gabelles ; il avoit pris à tache de ne dire que des mots de gueule et à double entente, pour faire stomacher ce pauvre ausmonier ; ce n'est pas que ce bon innocent n'y prist souvent plaisir et que cela ne le chatouillast, car il n'estoit pas des plus continents hommes du monde et on 0çavoit de ses nouvelles.
De Manse est un garçon bien fait, qui a du feu et de l'adresse, mais qui est incommode par la grande imagination qu'il a de soy-mesme. Sa naissance ne passe pas celle de simple bourgeois, et souvent se voulant faire valoir au delà, il s'expose à estre mesprisé. Il a cela qu'il est fort en gueule et qu'il ne démord pas facilement d'une opinion qu'il a avancée, et la voulant défendre à tort et à travers il se fait quelques fois mocquer. Toute sa parenté est presque de la Religion, mais l'ardeur que son père eust d'avoir des charges à Montpellier et l'amour du monde le firent changer et embrasser la romaine. Celuy-cy a esté baptisé dans la nostre, mais par ignorance ou faux zèle il s'y montre fort contraire. Ceux qui le connoissent bien disent pourtant qu'il n'en use ainsi que pour mieux faire ses affaires, et persuader que luy et sa race sont tout à fait contraires à la religion du reste de la parenté. Il y a trois ou quatre ans qu'il vint pour la première fois dans cette hau^erge, du temps que
le S' de la Platte y estoit, mais alors il estott encore plus incommode par son esprit acariastre qu'il a: présentement un peu corrigé. Celuy de nostre receveur ecclésiastique, qui se nomme le S*^ Sibut et est du Dauphiné, est tout; autre^ car il l'a doux, fin et adroit et qui ne manque pas de pointe et de sel. Aussi n'a^t^il pas de grands advantages du corps^ car il est bossu et incommodé d'une dartre au visage. Nous vivions en grande intelligence avec luy, parce que sa conversation vaut infiniment, et il a de Ires beaux moments et auxquels il dit de iolies choses et de la belle manière. Nous eusmes mesme quelque commerce de lettres avec lily après 8on départ, et outre qu'il escrivit à ud de nous, le S' de Brunel recevoit de temps en temps de ses nouvelles accompagnées tousiours de quelque agréable pièce de sa façon. Il luy envoya entre autres des vers où il descrivoil le S' de Bouc, aumosnier de VEvesque de Sisteron et dont ie viens de parler, à l'occasion d'ttne lettre qui) disoit luy avoir esté escrite
Par ce Bouc à teste de vean^ Qui travailloit mieux du museau Que tous les laquais de Thauberge.
Qnant au capitaine de cavalerie, il se nommoit BoudoD et est natif de Montpellier. Ce n W pas un garçon de naissance, car son père n'en avoit aucune^ et avoit acquis tous ses biens en se iettant dans les partis. Cestoitun ioli esprit, et un petit homme bien fait, mais qui pour ne se pas empes-
cher de s'avancer dans le monde de quelle façon que ce fust, travailloit à s'accousliimer l'ame à avoir des sentimens peu purs et orthodoxes. Il est de la Religion et a un père thresorier de France à Montpellier, qui ne s'est fait papiste que pour estre receu en cette charge.
Voila le monde que nous treuvasmes dans nostre hauberge, d'où il resultoit une compagnie assez diversifiée, tant pour l'humeur que pour les inclinations et l'interest de ceux qui la composoient. L'entretien n'y manque iamais, chacun rapportant aux repas ce qu'il a appris ou fait de nouveau, et quand on n'a point de matières semblables on s'en forge pour se divertir, et chacun dit son advis à sa mode et selon les lumières et les connoissances qu'il a.
Pendant que nous estions encore chez Regina de Hoeve, nous y fusmes visitez par le S^des Champs, qui avoit sans doute sçeu nostre départ de la Haye par les lettres du S' d'Armenvilliers (i). fl y a quelque temps qu'il a quitté la Hollande où il avoit esté escuyer des Princes d'Orange, Henry et Guillaume. Apres la mort de ce dernier, on ne garda que peu de personnes de sa maison, et ne donna àson posthume que deux gentilshommes, à l'un desquels on a doiiné depuis peu la charge d'escuyer. Le S' de Beringhen a retiré le dit S' des Champs auprès de soy, et l'occupe à prendre garde à l'escurie du Roy et à en monter les chevaux. H nous vint
(1) C'était un des nombreux officiers français qui étaient au service des Pay^-Bas, avec lagrément du roi.
remercier de ce que nous luy avions apporté un amacht dont le S' d'Armenvilliers nous avoit chargé. Il avertit le S' de Beringhen de nostre arrivée, qui aussi nous fut voir et nous faire offre de ses services. C'est une personne de très grand mérite, et qui n'est pas de Thumeur de la pluspart des gens de la Cour qui n'ont que de belles paroles et des complimens pour leurs amis, et qui ne les accomplissent iamais. Aussi a-t-il tousiours cherché d'obliger ceux de nostre nation qui se sont treuvez icy, et principalement ceux de nostre maison.
Nous pouvons dire le mesme du S' Brasset qui nous vint témoigner que depuis sa retraite en cette ville, il n'avoit pas oublié les amis qu'il s'estoit acquis en près de vingt ans de résidence qu'il a faite auprès de Mess" les Estats, de la part du Roy. Aussi avoit-il vescu tout ce temps-là en estroite amitié et correspondance avec nostre famille. C'est un homme franc et qui, par une disposition particulière pour traiter avec esprit et adroitement les grandes affaires et par une longue expérience, peut passer pour un des plus habiles hommes qui ayent manié celles de cette Couronne aux pais étrangers. Ses longs travaux et ses bons services luy ont cousté la veuë qu'il a perdue à force de lire et d'escrire. Aussi c'est un prodige de voir les minutes des depesches qu'il a faites et qu'il a gardées, outre les duplicata qu'il en envoyoit. Cependant il n'a point esté recompensé selon ses mérites, et bien loin de luy faire quelque gratification, on ne l'a pas encore payé de ce qui luy est
deu de ^es apointemeos. Il n'est pag de maison, et a fait la sienne par son industrie et son esprit (i). Nous passâmes le 3o et 3i à nous estal)lif dans ifostre nouveau logis, et à retirer le cheval que Begioade Hoeve avoit retenu. Pour cet effet, nous fusmQS treuver le Baillif de Saint-Germain, qui ne nous & pas la iustice que nous prétendions, ce qui nous obligea de nous adresser au Lieutenant civil, dont nous eusmes un ordre portant qu'on nous le rendist sous caution. Le soir mesme du sa* medy nous allasmes treuver Gazon, commissaire du quartier, et après l'avoir long*temps attendu en sa maison, il vint enfin et bien qu'il fust fort tard il se transporta au logis de Fock mari titulaire de Regina de Hoeve. Elle résista long-temps
(4) M. Brasset, ministre résident à La Hayei quitta cette viUe le S9 avril 4654. Il y avait été remplacé depuis quelques mois par M. Chanut, ambassadeur extraordinaire. Il était d'usage que les envoyéâdiplomatiques recevaienldes cadeaux au moment de leur départ; mais la coutume cessa d'être observée cette année-là et M. Cbanut écrivait au secrétaire d'État pour les affaires étrangères le 23 avril: c M. Brasaet a su qu'ayant été proposé à rassemblée de la géni^ralité tf de luy faire un présent à l'ordinaire, deux hommes seuls des ff Etats de Hollande &*y sont opposés... Il est certes bien rude « que Ton veuille commencer à estabUr eette règ;ie par un homme < qui a servi vingt années en ces provinces auparavant que l'on « pensât à faire le règlement de 4t)51 sur lequel ils se fondent. »
(]e que dit le voyageur hollandais delà manière dont M. Brasset avait été traité par son propre gouvernement est exactement confirmé par la correspondance de cet agent avec le ministre des affaires étrangères et le surintendant des finances. Nous en citons quelques extraits à la fin de ce volume^ comme un témoignage du désordre qui régnait alors dans les financer, et un exemple des mœurs administratives de ce temps oiï un diplomate qui était au serviee de TEtat depuis quarante ans réclamait en vain « sa subaistance » comme on disait alors, et était réduit à emprunter pour soutenir sa famille. (Voir appendice n* ï.)
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de nous rendre le cheval , mais après les proce* dures du commissaire, elle nous le rendit sous la caution du S^ Verbeeck, beau-frère du S' Van Gau» gelty que nous avions fait quérir.
Le 3 1, jour de dimanche, nous de pûmes pas aller faire nos dévotions à Charenton, mais les fismes au logis par la lecture d'un sermon du S' Mestrezat, que le S' de Brunel nous leust, et ainsi nous finismes Fan i656.
L'an 1657, le i*''de janvier, le temps commença à se mettre au beau par un agréable froid qui dura quatre ou cinqioursde suite. Les rués en devinrent seiches, et nous en profitâmes pour parcourir la ville à pied et prendre une première idée, qu'il est fort difficile de se bien former quand on ne va qu'en carosse. Il nous fut pourtant impossible de la voir si bien qu'il nous en restast une connoissance en* tière et exacte. On la divise d'ordinaire en trois parties : en Cité, Ville, et Université- Elles sont séparées par la rivière de Seine et coniointes par plusieurs ponts. La Cité est le premier Paris et la vieille Lutece entourée de la rivière qui, se divisant eo deux, forme deux isles au milieu de son canal, où sont fondez les deux sièges souverains de la religion et de la justice : l'église cathédrale dédiée à Nostre-Dame et le Palais pour le Parlement, dont ces deux isles portent le nom. La Ville est le nouveau Paris où est le beau peuple, les grandes églises, les hofttels des Princes, les maisons enchantées et les mines d'or des financiers, et le Louvre, qui est la de-
meure ordinaire des Rois, dont la seule galerie que Henri IIII commença pour ioindre le palais du Louvre aux Thuilleries, est le dessin du plus superbe bastiment de l'Europe. L'Université, qui est la troisième partie de la ville, est composée dr 60 Collèges dont le plus célèbre est la Sorbonne.
La ville a huit portes, à sçavoir : celles de Saint* Antoine, du Temple, Saint-Martin, Saint-Denis, Montmartre, Richelieu, Saint- Honoré, et la Porte- Neuve. La Cité en avoit autrefois quatre à la teste d'autant de Ponts. L'Université en a neuf, à sçavoir : Saint-Bernard, Saint- Victor , Saint-Marcel, Saint- Jacques, Saint-Michel, Saint-Germain, Bussi, Dauphine, et de Nesle, dont la pluspart ont leurs fauxbourgs qui en portent le nom, hormis les trois dernières. Montmartre peut passer maintenant pour un des fauxbourgs de Paris, qui est une colline où les Parisiens adoraient autrefois l'idole de Mercure ou de Mars, avant que saint Denis y endurast le martyre pour la vérité de l'Evangile qu'il avoit preschée aux François. On dit qu'il porta sa teste entre ses mains depuis Montmartre iusques au lieu qui porte son nom, ce qui neantmoins n'est qu'une tradition qui approche de la fable.
Le 2% nous fusmeâ à l'église de Noslre-Dame dont les fondements sont posez sur des pilotis, et toute la masse soustenuë de 120 piliers qui font cinq grandes allées dans le corps de la nef. Sa longueur est de 1 74 pas ; sa largeur de 60 et sa hauteur de 100. Elle contient quarante*-cinq chapelles treillisées de fer. Elle a onze portes, dont les trois
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grandes sont sous un frontispice chargé des statues de 28 Rois. U y a deux grandes tours quarrées de raesme hauteur à l'un des bouts de ce prodigieux édifice, et l'on y monte par 389 degrez. Nous y considerasmes le crucifix qui est au dessus .de la grande porte du chœur, avec sa croît et son pied fait en arcade, sonstenant l'image de la Vierge au bas, comme un chef-d'œuvre de sculpture, pour estre fait et taillé d'une seule pièce. On y voit aussy la statue de Philippe de Valois, à cheval contre un pilier, lequel ayant défait ^2^,000 Flamands en bataille rangée, entra tout armé et monté à l'avantage dans cette église, pour offrir ses armes et son cheval à Dieu et à sa Mère. Les tableaux et les tombeaux des Princes, Princesses , Cardinaux, Evesques et Seigneurs y sont en trop grand nombre pour en recueillir les epitaphes.
Le 3®, nous fusmes voir la Sorbonne qui est l'un des principaux Collèges de l'Université. On y enseigne la théologie, et il n'y a point d'escole si fameuse, pour cette science en toute l'Europe, que celle cy. Ses docteurs sont en grande vénération par tout le monde papal. Ce fut un certain Robert Sorbon qui la fonda, dont elle porte le nom. Mais elle peut nommer pour son grand et véritable restaurateur le defunct cardinal de Richelieu, car il l'a fait rebaslir, et outre le lieu ou lisent les professeurs, qui est très beau, on voit une grande et magnifique maison qu'il a érigée pour la bibliothèque et l'habitation des docteurs. A costé il y a une chapelle d'une admirable ar-
ià VOYAGE À PARIS.
ehiteeture, où est la sépulture de ce grand homme.
Le 4*9 nous parcourusmes les académies des S" du Plessis, Arnolfini et de Vaux, avec le S' de Ryswick, pour voir laquelle luy agréeroit le plus pour s'y mettre en pension, puisque s'estoit la volonté de son frère qui avoit prié le S' de Brunel de Taider à s'y bien loger.
Le 5*, nous employasmes le matin à faire response aux lettres que nous avions reçeues de Hollande le soir d'auparavant; et l'apres dinée nous fusmes à l'église des Jésuites de la rue Saint-Antoine, pour entendre le sermon de l'Evesque de Valence (i). Le Roy, la Reine, monsieur le Cardinal et la pluspart des grands de la Coftr y assisté* rent. Tout autour de Teglise on voyoit plus de quatre mille cierges allumés, outre les chandelles dont l'autel, fait en forme de ciel et rempli de figures d*angés, estoit esclairé. Les armes du Roy et de la Reine y estoient représentées, soustenuësde ces petits corps aislez ; et par des machines et des ressorts on faisoit descendre l'hostie iusques dans les mains de l'Evesque (2). Il y eut aussi une magnifique musique, composée des meilleures voix de celle du Roy et aidée de celle de l'église mesme qui est très excellente.
(4) Daniei de Cosnac, dont les mémoires ont été récemment publiés.
(2) Les églises des Jésuites sont, en tous pays, remarquables par le luxe et la rechercfae de l'ornementation : tout y parle aux yeux, jusqu'au point quelquefois de choquer l'esprit. — Mais voilà un mécanisme qui dépasse vraiment tout ce que l'on pourrait imaginer, et que les Jésuites n'admetiraient pas aujourd'hui.
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Le &j nous achevasmes de voir les trois autres académies, àsçavoir: celles des S** Memmont, Del Campe et de Poix. Ce n'est pas que nous fussions sur |e point de monter à cheval, car nous avions résolu de ne pas commencer nos exercices que nous n'eussions un peu veu nostre monde et rendu nos premières visites ; mais seulement pour nous occuper, iusques à ce que, nos hardes estant arrivées, nous fussions en estât de nous montrer. Nous profitions pourtant tousiours d'autant, qu'en accompagnant ainsi le S' de Ryswick en toutes ces académies, nous nous instruisions de leurs qualitez et iuglons par là de laquelle nous pourrions nous servir. Pour luy, il détermina enfin d'entrer pensionnaire en celle du S' Arnolfini. C'est un Italien, natif de Lucques, toul-à-fait bonne personne et qui est dans la faveur, ayant enseigné le Roy et obtenu cet honneur par dessus tous les autres, par Tappuy que luy donnoit le cardinal Mazarin 13 Le S' de Brunel le connoissoit, et fit que le S' de Ryswick y fut autant bien et commodément logé qu'on le peut estre dans une académie, et l'ayant aidé k se pourvoir de tout ce qui y est nécessaire à un novice, il luy conseilla d'y aller dés que le marché (ut conclu , afin qu'il ne perdist pas de temps et l'employast de la façon que son frère l'avoit souhaité.
Le 7* et le 8*, en nous pourmenant par la ville, nous fusmes voir à pied le Pont-Neuf, car bien qne nous l'eussions desia passé, nous tie nous estions pas arrestés pour le considérer. Il fut
commencé par Henri III et achevé par Henri le Grand. Il contient 12 arcades, 7 du costé du Louvre et 5 du costé des Augustins : au milieu se termine l'Isle du Palais, qui occupe la place presque de deux arcades, où est élevée la statué de bronze du Grand Henri à cheval , travaillée avec autant d'artifice que les pièces de l'antiquité. Elle luy fut envoyée de Florence par Ferdinand I et par Cosme H son fils, oncle et couzin de la defuncte Reine Marie de Medicis. A la deuxiesme arche du costé du Louvre on voit une pompe qui fait monter Teau de la rivière et représente la Samaritaine versant de 1 eau au Fils de Dieu. Au-dessus est un horloge fort artificiel qui marque les heures de devant midy en montant, et celles d'après en descendant, avec le cours du Soleil et de la Lune, les mois et les douze signes du Zodiaque et sonne les heures, les demi et les quarts avec une douce musique par le concert de certaines cloches.
Le 9*, nous allasmes voir les autres ponts faicts de pierre comme celuy de Nostre-Dame qui fut basti sous le Roy Louis XII par lean lucundus, cordelier , avec six arches et 68 maisons aux deux costez de mesme hauteur et de mesme largeur. Le pont Saint-Michel, basti sous Charles VI, s'abattit l'an 1 546 et fut refait depuis ; ceux au Change, des Tournelles et Marie sont les derniers faits. Au bout du premier on voit contre une maison la statue de l^uis XHII, faite de marbre, et celles de la Reine sa mère et de Monsieur.
Les deux autres ioignent à la Ville et à l'Université cette troisiesme isle, qui semble s'estre élevée depuis quelques années du fond des eaux comme une autre Délos, où l'on a basti une église à l'honneur de saint Louis, avec des logis qui ne cèdent en rien à la magnificence delà vieille Rome.
Le io«, nous fusmes voir le Temple qui est une espèce de ville ceinte de murailles^ où«logeoient les^anciens Templiers avant leur suppression, et où les Rois de France demeuréi^ent quelque temps et mirent leur thrésor et leurs archives dans la grosse tour, et enfin en grati fièrent les Chevaliers de Malte. Il est encore depuis renommé par ce merveilleux artisan le S"* d'Arce qui a treuvé l'invention de contrefaire les diamants, esmeraudes, topases et rubis dans laquelle il a si bien réussi (i) , qu'en peu de temps il a gaigné une si grande somme d'argent qu'il tient carosse, et a fait bastir deux corps de logis dans le dict enclos; en l'un il demeure et l'autre il le loue. '
Le 11^, nous fusmes pourmener au fauxbourg Saint - Marceau qui aboutit aux Gobelins. On passe une petite rivière qui en porte le nom, dont les eaux sont les meilleures du monde pour teindre en escarlate. On la nomme ainsi de ces fameux teinturiers flamands qui se nommaient Gobeelen, et par corruption de langue on en a
(4) Tallemant parle d'une dame qui était a toute parée de pierreries du Temple » et il ajoute en note : « Pierres fausses. Il y a un homme qui a trouvé le secret de colorer les cristaux. »
fait Gobelins, Ils y ont establi une fabrique de tapisseries, qui pour la finesse, la bonne teinture et le beau meslange des couleurs, des soyes et des laines, surpassent celles de Flandre et'd' Angleterre , mais aussy sont-elles de beaucoup plus chères. Ceux qui y travaillent sont encore pour la pluspart d'Anvers, de Bruges ou d'Oudenarde. Oiv y a treuvé depuis quelques années des tombeaux de belles pierres, pleins d'ossements d'hommes, grands outre mesure, que quelques uns pensent estre de ces anciens Normands qui ont rendu leur mémoire illustre en France par le sang et par le feu.
Le itl^j ayant fait nos lettres de boDu'heure, l'envie nous prît d'aller voir le cimetière de Saint* Innocent qui n'est qu'à vingt pas de nostre logis. On attribue à la terre une certaine qualité, qui est qu'elle peut consumer en vingt-quatre heures de temps un corps mort, mais nous n'en avons pas veu l'effet. On y voit tout à Tentour quantité d*ossements rangés les uns sur les autres, et logez dans des espèces de galeries, qu'on nomme charniers. C'est sous ces charniers et le long des piliers que Tcm treuve de certains escrivains qui sont fort connus par ceux qui ne sçavent pas escrire. Les valets, .servantes et autres ignorants qui veulent envoyer des lettres à leurs parents ou amis s'adressent à ces habiles secrétaires qui tout aussi tost demandent dequei ^tile ils les veulent, et si c'est du haut stile qu'ils demandent, la lettre vaut lo^ ïh ou ao sols; si o'est du
bas stile qu'ils demaDdeat^ elle n'est que de 5 ou 6.
Le i3^, on créa trente enseignes aux gardes, et on fit les vieux sous-lieutenants. Cette augmentation d'officiers s'est faite pour donner moyen aux capitaines d'estre payez des arrièrages de leurs gages, car il leur a esté permis de vendre leurs drapeaux, qui par ce moyen sont devenus à bien meilleur marché. Il y en a eu à vendre tant à la fois qu'ils ne coustent à présent que i5 ou i6 mille livres, au lieu qu'auparavant ils coustoient 7 ou 8 mille escus.
Le i4''9 nous eusmes icy de la neige qui donna occasion à un assez grand desordre et où ceux de la Religion auroient esté maltraitez s'ils ne se fussent défendus avec vigueur. C'est qu'au retour de Charenton, là canaille attendant les carosses, accabloit le monde à coups de pelotes de neige. Nostre hoste y fut blessé à la lèvre par une pelote où sans doute il y avoit une pierre enferma. Le fils du S^ Oger, résident d'Angleterre, ne pouvant souffrir cette insolence, mit pied à terre et se voyant encore poursuivi de cette marmaille, mit l'espée à la main. Il y eut un homme qui vint le charger et qui le blessa, mais il ne marchanda point et se tournant vers luy Testendit sur le pavé d'un coup d'espée qui le perçoit de part en part. Aussitost il se vit assaiily de toute la multitude, et le frère du mort luy passa l'espée tout au travers du corps. Ayant esté retiré d'entre les mains de cette canaille, on le mena chez un chirurgien pour le panser, qui a esté si hat)ile qu'en
peu de iours il Ta guéri. Son père qui est considérable, parce qu'il a servi autrefois à l'Angleterre et qu'il est encore icy comme agent de Cromwel, l'ayant esté auparavant du Roy, s'en plaignit et eut un fort bon arrest de la Cour par lequel son fils fut absous de ce malheur et les assaillants condamnez à une bonne amende.
Le i5^, nous louasmes un cocher qui avoit Tapparence de fort bien entendre son mestier, et iusques icy n'ayant pu rencontrer un carosse qui eust servi et qui fust bon et d'un prix raisonnable, nous en achetasmes un neuf de veloux cramoisi à trois poils. Il est fort beau et de la plus nouvelle façon, estant fait en forme de calèche, et ayant des rideaux de serge à deux envers doublez de taffetas; les franges et les mollets sont de soye retorse.
Le i6% madame de Manchini, sœur de M'' le Cardinal, après quelques iours de fièvre, mourut en sa cinquantième année (i). S. E. en eut un trèsgrand déplaisir, et les nopces de sa niepce avec
(4} Il y avait peu de temps qu'elle était à Paris : M. de Lionne, ambassadeur à Rome, avait fort contribué à Ty faire venir, pensant être par là agréable à Mazarin. a Pour la signera donna Anna-Maria, écrivait-il au cardinal, je persiste plus fortement que jamais que V. E. la doit appeler en France ; et c'est mon sentiment et non pas le sien, car quand j'escrivis àV. E.,je ne lui avois jamais parlé de rien d'approchant, et la pensée m'en vint faisant ma lettre. Il est vray que je luy en ay parlé depuis et qu'elle m'a dit d'avoir trop peu de santé pour un si grand voyage et que ne pouvant estre qu'inutile à V. E., il ne falloitpas songer à cela. Mais je connois pourtant que l'envie qu'elle auroit de voir V. E., feroit bientost cesser la considération du peu de santé, si elle pensoit que V. £. le desirast. » (Dépèche du 45 mars 4 665.)
le prince Eugène (i) en furent retardées. Mesme le grand ballet du Roy qui dèvoit estre dansé pour la première fois le iour de cette reiouissance ne le fut que quelque temps après cette affliction.
Nous ouïsmes aussi parler d'une querelle arrivée au ieu entre le duc de Roquelaure et le S' de Bragelone : celuy-cy reçut un soufflet de l'autre sur quelques paroles qui aprochoient d'un démenti ; mais il s'en ressentit sur le champ, car \uy ayant sauté au collet, il le ietta par terre et luy donna quelques coups de pieds et de poingts. Chacun en parla à sa mode et la pluspart tesmoignoient de la ioye de ce que ce gentilhomme s'estoit si bien vangé, à cause de l'humeur de ce duc qui fait pièce à tout le monde et ne la pardonne guère à personne. La cour pourtant envoya Bragelone à la Bastille, et par son ordre Ton s'asseura de Roquelaure, iusques à ce qu'on les eust accommodés.
Le 1 7*, nous apprismes que le Roy (2) estant allé en masque au bal chez madame d'Argencourt et y ayant rencontré mademoiselle de Marivaux s'attacha principalement à luy en conter, et luy tesmoigna qu'il prenoit tant de plaisir en ces sortes de conversations qui estoient plus reiglées et moins tumultueuses que celles de sa cour, adioustant que bien qu'il ne se deust contraindre en nulle
fl 0) Eugène Maurice de Savoie, comte de Soissons/qui éïwusa Olympe Mancini, nièce du cardinal*
{%) Louis XIV ^tait alors dans sa dix-neuvième année.
50 VOYAGE A PAglS.
part, il vouloit pourtant voir celles de cette £açon, et l'ayant pressée à luy dire où le lendemain elle passeroit Taprès dinée, il ne manqua pas de s'y rendre. Pour divertir le Roy de cet entretien, on le mena à Vincennes et ce petit eloignement luy fit oublier cette inclination.
Le i8*, nous receusmes nos lettres par lesquelles nous apprismes la mort du S' d'Alkemade, frère du S^ de Warmont. Nous iouasmes toute cette après dinée au ieu de paulme des Vieux- Augustins avec le S' de Speyck et un gentilhomme de Montpellier, nommé Boirargue, qui estoit logé avec nous dans nostre hauberge.
Le 19% ayant fait response à nos letti'es, nous fusmes voir entrer le Roy par la porte Saint- Antoine qui revenoit de Vincennes avec ses nouveaux cent vingt mousquetaires qui luy servent aussi de garde. Certainement ce sont des hommes bien choisis et qui sont couverts magnifiquement, car chacun a une casaque bleue avec de grandes croix d'argent à flammes d'or qui finissent en fleurs de lis. Par toute la casaque il y a un grand galon d'argent. On n'y reçoit personne qu'il ne soit gentilhomme et qu'il ne soit brave à outrance. M' de Manchini en est capitaine, ils ont deux lambours et un fifre; ils portent le mousquet et attachent la mesche à la testière entre les deux oreilles du cheval.
Le 20*, ce iour et quantité d'autres, nous avons renconti'é diverses fois la compagnie des mous^ quetaires, qui alloit ou revenoit de faire l'exercice.
JANVIER Mo7. 51
Elle a esté eslablip pour tenir lieu du régiment lies Gardes, quand le Ray va si liste en quelque endroicly qu'il n'y en peut arriver aucune compagnie.
Le ai*', bien qu'il fust dimanche, nous ne pnsmes pas aller au prescbe parce que nos bardes n'estaient pas encore arrivées. Nous passasmes toute la iournée en la lecture d'un sermon ^t de quelques cbapitres de la Sainte Bible.
Le 22% nous vjsaies la Bastille par dehors qui est un cbasteau s^ssîs tout auprès dç 1^ porte ^4int- 44)toin^, de forme quarrée, flanqué de quelques tours, basty par un nommé Aubriot, qui Teu^t le premier pour prison : on la d^tina d^s lors à servir d^ lieu de seureté aux. prisonniers d*£stat. Le S' de la Bac{iel)^rie en est gouverneur; ^n son absence il n'y a quim s^rg^nt qui y cqramwàe; il pstoit connu à quelqu'un de PQStrP çqqipagnie qui luy demanda Teptrée pour )a yoi», mais il $'en excusa disant que ce]a p'estoit p^s permis pendant que les prisonniers se pourqfienoient 6ur le doniop : on en peut découvrir toute la ville, et sur les tours il y a qu0}ques pièces d'artillerie.
Le 23*^, nous vismes l'Ârsena} qui est à çosté de la Bastille sur le bord de ]a rivière. IjQ J^astiment en est fort vaste, jpt il y a un £ort beau logement poiir le Grand Maistre de Tartillerie ; on tretive d'abord une grande avant-court, où la plus part des officiers de l'artillerie et du Grand Maistre ont leurs logements ; en suite on traverse une court qui sur la droite a un grand corps de
logis que W de la Mcilleraye (i) a fait rebastir et aiuster à la moderne : au bout de cette grande court, et au bout d'une arrière-court où sont les escuries, on treuve le iardin qui n'a rien de remarquable que sa grande allée et la belle veuë, car on en découvre toutes les maisons de l'Isle, et une campagne au delà de la rivière fort diversifiée. Le ieu de Mail <:}ui est entre la «auraille de ce iardin et la rivière est assez beau, et par le voisinage de Teau, la hauteur des murailles du iardin fait en forme de terrasse, et les allées d'arbres plantés à costé, il est défendu et du grand chaud et du grand froid.
Le a4*» on nous vint advertir que nos bardes estoient enfin arrivées après avoir esté embarquées près de deux mois. Il faut advouër que nous fusmes bien malheureux ne pouvant rien entreprendre ni mesme de nous faire faire des habits, n'ayant pas nostre linge ni les autres nippes qui nous dévoient servir. Nous fismes d'abord venir le tailleur qui raiusta nos habits; il nous les mit à la mode le mieux qu'il pust, et ils nous servirent à faire nos premières visites, pendant qu'il nous en faisoit des neufs. — I^ :i5% il nous les apporta garnis de rubans assez longs qu'on nouoit en forme d'aiguillettes, aussi y avoit-il des ferrets au bout qui leur en donnoient la façon. Pendant que nous nous habillions ,
(<) Charles de la Porte, maréchal de la Meilleraye, neveu du cardinal de Richelieu , dont le fils épousa en 4664 Hortense Mancini et prit le titre de duc Mazarin.
nous reçeusmes nos lettres qui nous marquoient la mort de madame de Slerrenburgh : cette fâcheuse nouvelle nous surprit beaucoup, parce que nous l'avions laissée en parfaite santé.
Nous employâmes la matinée du 26^ à faire responce aux dites lettres, et Tapresdinécayantesté chez M' le Premier (i) et ne Tayant pas treuvé^ nous fusmes voir madame sa femme qui nous reçeut fort civilement et à noslre sortie nous conduisit bien avant dans son antichambre. C'est une grande et maigre femme et qui porte tousiours presque la cornette, paroissant aussi froide que son mary. Nous y treuvasmes une dame de condition qui nous dit que les bals et les assemblées estoient si peu fréquentées des hommes, qu'à peine s'en trouvoit-il pour les faire danser, et que le ieu et la débauche leur faisoient perdre le temps qu'ils avaient accoustumé de donner au divertissement de ce beau sexe.
Le 27®, nous fusmes voir le S' Boreel (2) nostre ambassadeur, pour Tasseurer de nos services. Il nous dit qu'on avoit dansé le 25* le ballet du Roy pour l'amour du duc de Modene qui devoit partir le lendemain en diligence pour pourvoir à la seureté de ses Estats qui estoient menacés
(4 ) On désignait ainsi le premier écuyer de la petite écurie du roi. Ces fonctions étaient alors remplies par M. Henri de Beringhen, dont il est question plus haul^p. 36. C'était un ami de Bossuet.
(tj M. Boreel, chevalier, sieur de Duynbeecke, résidait a Paris depuis le mois de juillet 1650 comme' « ambassadeur ordinaire des Ëtatb-Généraux des Provinces-Unieç des Pays-Bas. «
54 VOÎÂGE Â PâRII^.
par les Allemâtlds, que FEmpereur avoit efavbyéà au seboUrà dd Milahdls. Àvâht que de partir il avoit si bieh négocié en cette Cour, qu'on envoya le itiarquis de MoripeSat en Proveiice et en Dau|>hinê po\ï]r fâibe repasser les monts aux trbupfeè qui y estoierit en quartier d'hyver.
Nous y apprismes aussi la rétraite du duc d'York et qllë le Roy son frère s'estoit tellement dbtihé aux EsJ^agnols qu'il avoit mandé les reginients Escossois, Irlandois et Anglois qui sont au service de . cette Cou^oiine. M*" le Cardinal tife fit point de difficulté à les laisser parti** , n'estant pas'deà troupes si considérables qu'il dfeust se inëttre en peine de les retenir. Mesme il envoya lé S*" Talon à Calais pour leur faciliter la sortie de ce Royaume. En ce mesme temps on ptiblioit que le Protecteur (i) pressoit fort la ligue qtlMl avôll prbiétée entre la France, la Suède, le Portugal et l'Angleterre et qu'il menaçoit dé s'actîbmôder avfefc les Espagnols, Si dans quinze iours la t'rance ne voUloit y entrer, et en signer les articles.
Le i8% nous fusmes pour la première fois à Charênton et y entendismes le S"^ d'Aillé (2), qui est tin fort bon ministre, sçavant et très éloquent. La masse du temple est assez grande et fort biei) bastie : il y a deux galeries l'une sur l'autre soustenues par des pilliers de pierre qui sont tout à î ehtour. L'assemblée y est fort belle et on y voit
0) Cromwell.
(i) Jean â'Âihe, miniâCre protestant, auteur d'un grand nômbii» d'ouvragés.
tous les dimanches pour le moios autant de monde qu'en nostre Cloosterkerck à La Haye. La pluspart des gens de condition de nostre religion, venant à Paris ou pour affaires ou pour faire leur Cour , en augmente le nombre. Chacun y a un endroict où il fait garder place ou un banc qui iuy est réservé ; l'ambassadeur de Hollande y a le sien, mais comme il n'y va point nous le fismes garder pour nous, la presse estant si grande que chacun prend place là où il la treuve. Nous relournasmes après le premier presche à Paris et nous vismes chemin faisant le bois de YincenneS| le chasteau de Bicestre et la vallée de Fesquan où les Parisiens s'estoient portés lorsque M' le Prince prist Charenton à leur veuéetsans qu'ils l'osassent attaquer, bien qu'ils fussent plus de quarante mille hommes et qu'il n'eust qu'une poignée de monde (i).
L'après dinée nous fusmes rendre visite à mad^noiselle Brasset de qui la conversation est toutà-fait agréable, et sur tout quand elle est mêlée des bons discours de monsieur son père, qui s*y rencontra et qui nous tesmoigna beaucoup de bonne volonté. Nous y apprismes que monsieur le duc de Guyse (2) se preparoit à danser un ballet
(1) Le 9 février 1643. — La vallée de Féquant ou Fécamp était située entre l'avenue de Vincennes au nord et le parcde Bercy au midi, et longeait en partie le mur d'enceinle de la barrière de Saint- Mandé à celle de Picpus. Il y avait dans le faubourg Saint-Antoine la rue de la Vallée de Féquant qui aboutissait à la barrière de Charenton et se prolongeait dans la direction de la vallée. (Voir le plan de Paris, des faubomgs et des environs, par Roustidl, 4700).
(2) Henri de Lorraine, né en 4644, mort en 4664.
oG VOYAGE A PARIS.
pour plaire au Roy et qu'il y faisoit une despensc de plus de dix mille escus, bien quMl ne soit pas si bien dans ses affaires, qu*il en puisse faire d'inutiles et de cette sorte. Mais c'est une chose assez ordinaire en cette Cour, que ceux qui devroient le plus espargner, le font le moins; car ce bon seigneur a de tout temps fort incommodé son patrimoine, mais il a ce bonheur qu'il luy arrive tousiours quelque moyen de ressource. Il n'en aura pas une petite en la mort de monsieur le duc de Chevreuse son oncle, si ce que l'on publie se treuve vray, à sçavoir qu'il y a une substitution en sa faveur pour le Duché que possedoit le defunct. Mais comme il n'arrive point de bonheur qui ne soit ordinairement suivy de quelque déplaisir, aussitost après le trépas de œt oncle, il apprit la fuite ou la retraite de mademoiselle de Pons (i) en Flandres, qui s'y est sauvée avec tous ses beaux ioyaux, ses riches meubles et cette précieuse vaisselle dont il luy avoit fait présent pendant qu'il la galantisoit. Il luy redemandoit le tout par voye de iustice, et s' estant ainsi retirée avec tout son butin, il n'a pas moyen de la poursuivre.
Le:29% estants allés treuver le S' de Molines, il
(1) Une des filles d'honneur de la reine. On lit dans une lettre écrite à Mazarin, Je 26 avril, par un de ses correspondants de La Haye : « M»« de Pons est icy ; elle est visitée des François Uien et mal intentionné?., mesme de l'ambassadeur d'Espagne. Elle m*a voulu engager à l'accompagner en visite chez la reyne et les princesses, mais je n'en ay pas esté d'avis. »
nous dit que madame de Mercœur (i), niepce du Cardinal, estoit morte le huitième iour de ses couches; son mari en a eu une telle affliction, qu'il s*en est arraché les cheveux, et n'a fait que lamenter et souspirer durant quelques iours. Le Chevalier de Gramont, qui en estoit passionnément amoureux, en a esté quelque temps inconsolable. C'estoit une fort belle personne, qui a fort peu survescu à madame sa Mère, ce qui en redoubla l'affliction chez son Emînence, et y apporta beaucoup de tristesse à sa sœur qui vist par là ses nopces retardées.
Il nous asseura encore que le S' de la Basiniere, thresorier de l'Espargne (2), avoit mis un habit donf la petite oye estoit de 25o aulnes de rubans ; ce qui fit que le Roy luy dit qu'il treuvoit fort , ioJy qu'il observast si mal ses Edicts et qu'il se presentast ainsy devant luy ; mais il s'excusa sur ce que c'estoit un vieil habit, et arracha en mesme temps le gros galant qu'il avoit à costé de ses chausses.
Le 3o*, le S^ d'Oudeyck nous rendit visite , et comme il vit icy en chevalier d'industrie, et sans qu'il tire un sol de chez luy, il y a de quoy s'estonner qu'il subsiste avec éclat, car il est leste en ses habits, tient un ioly train, a carosse et trois laquais bien vestus. Il est vray qu'il est en si grande nécessité qu'il ne sçaitplus de quel costé se tourner;
(i) Laura Mancini, l'aînée des nièces de Mazarin, qui avait épousé le duc de Mercœur, fils de M. de Vendôme.
(2) La Basinière, qui était un des trois trésoriers de TEpargne, était en outre grand-mattre des cérémonies de Tordre du Saint- Esprit. L'amour du faste et du jeu finit par amener sa ruine : il fut privé de ses charges, dégradé du cordon bleu et enfermé à la Bastille.
cependant il n'en semble ni inquiet ni abatii, éi pratique le proverbe qiii dit : Contre mauvaise fortune bon cœur. Quoy qu'il en soit, son adresse n'est pas petite, d'avoir esté à Paris tantost un an en dépit de son père, dont l'avarice a esté si grande que iie voulant le laisser voyager de peur qu'il fist trop de dépense, il Ta abandonné et réduit aux termes de se ruiner de réputation pour un iamais. Les visites qu'il rend aux personnes de sa connoissance, ne sont pas tant des effects de civi* lité que clé sa nécessité, qui l'oblige à les rechercher de (Quelque assistance:!! eti a pris de tout le monde qu'il à sçèu avoir eii quelque habitude en Hollande, eiêbtrê autre^ du mareschal d'Albret, qui lui a preste cinquante pistoles. Sans doute que c*elle qu'il nous rendit fut pour attaquer hostre bourse, mais nouslùy tihsmes un certain discours, qui nous servit comme de poignard pbur parer ses coups d'estocade ; et c'est ainsi qu'il en faut user avec cette sorte de jgehs, qui ont pris l'effronterie pour guidé ; elle le conduit la pluspart du temps et elle est ■ secondée d'une petite vivacité d'esprit par laquelle il pense faire donner le monde dans le panneau. Il soUpa avec nous et coucha avec le S' Herbert. Nous avions depuis quelques iours dans uostre naubei-ge un très sage et honneste gentilhomme de Picardie, nommé le S' de Vieuxmaison, chez qui il avoit esté trois ou quatre mois de Testé dernier, et qui, à cause que ses proches ont servi en Hollande, et entre autres le père de sa femme , nommé le S' Dumé, iuy fit mille caresses. Mais nous recon-
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hû^înes bieh qu41 èii avoit assez mal usé avec luy, et sur tôliï en ses amours avec la marquise de Ville sa parente. On dit que c'est une veufve de vingt ans, fort bien faite et qui seroit assez accommodée si elle n'estoit grande despensiere. Elle tesmoignà d'abord au S''d'Oudey(4:, qu'on luy dit estre ^ersonhe de condition, qu'elle le sçavoit estimer. Il la visita fort souvent, et comme la campagne donné cette liberté de loger chez ceux que vous allez voir, il. y fut quelque temps, et fut escouté de la Dame dans la passion qu'il avoit pour elle : mesmes ils en vittdrent si avant, que le S*" de Vieûxmaison nous asseara qu'il ne tenoit qu'à Oudeyck de l'épouser, en quoy il n'auroft guère bien fait, car outre qu'elle est de contraire religion, de l'huiheur qu'ils sotit tous deux', ils auroient fait un mauvais mesnagé.
Le3i*, l'aisné de M. le Rhingrave nous vint voir. C'est un gentilhomme d'esprit et qui entend son monde. Sa conversation nous parust d'abord fort agréable, mais nous avons enfin reconnu que dans cette grande affectation qu'il a de vivre à la courtisane, il la tourne d'un sens qui fait iuger que la vanité et la bonne opinion de soy mesme y ont grande part. Il nous promit de nous mener au bal qui se devoit danser chez Monsieur (i): mais c'a esté une simple promesse, qui n'a point eu d'effect, et de la nature des îeunes gens d'auiourd'huy qui ont réduit tout le commerce de la vie à quantité d'offres de services qui né s'exécutent iamais.
(4) Ga&ton d'Orléans, frère dé Louis Xlll.
Le i'"^ de février, nous receusmes nos lettres de Hollande, par lesquelles on nous marquoit les divertissements de la Haye, et entre autres que le S' de Harsloo avoit donné les violons chez madame de Duyvenvoorde à madamoiselle de Duystervoorde, et que le bouquet y fut donné au S*" de Ripperda le cadet qui le donna à mademoiselle de GuentTaisnée (i).
Nous f Lismes Tapres dinée voir l'escurie de mon«sieur de Guyse, qui est fort belle et grande. Elle est pour quarante deux chevaux, et on y en voit de toute sorte et des mieux choisis ; ils ont tous une couverture de la livrée du Maistre ; il y en a un qu'on prise par- dessus tous les autres^ aussi at'il cousté quatre mille escus. C'est de du Plessis qui Ta acheté.
Le 2*, après avoir escrit nos lettres, nous rendismes visite au S*^ Chanut qui a esté ambassadeur de la part du Roy en nos Provinces (2). Nous y appris-
(1) M. de Ripperda et M. le baron de Guent, membres des Etats- Généraux, sont mei^tionnés d^ns la correspondance de M. de Thou comme grands partisans de la France.
(2) Né à Riom en 4600, Pierre Chanut, après avoir été trésorier de France en cette ville, fut successivement appelé à représenter la France en Suède, auprès de la reine Christine, à Lubeck, et enfin à La Haye, où il résida c^mme ambassadeur, de 4653 à la fin de 4655. De retour de celle mission, il fut nommé membre du conseil du roi, et mourut à Paris en 4662. On a publié en 4676, \es Mémoires et négociations de M, Chanut, depuis Van 4 ^k^ jusqu'en 4 655; mais cet ouvrage n'est qu'une reproijuolion incomplète et inexacte des dépêches de ce diplomate. Sa correspondance originale est du meilleur style, et l'on y retrouve les qualités du moraliste et du philosophe religieux unies dans un rare degré au ^énie des affaires. C'est un des hommes qui ont honoré la diplomatie française, et il mériterait que son portrait fût retracé par une plume délicate et savante, comme celle de M* Sainte-Beuve.
mes que madame de S*-Geran, qui est uf» personne de très grande condition, se plaignoit de ce qu'il y a environ quinze ou seize ans, qu'estant accouchée d'un fils, ses proches qui prétendent estre héritiers de ses grands biens, luy subornèrent une sage femme, qui lui persuada de prendre une eau pour aider a ses couches, et que s'en estant servie, il se treuva que c'estoit une potion somnifère, qui la fit ♦accoucher pendant qu'elle dormoit, et qu'à son réveil ne se treuvant plus grosse, on luy fit accroire qu'dle avoit eu une fausse couche. Cette imagination luy resta long-temps, aussi bien qu'à son mari, qui par là voioient que tous leurs grands biens dévoient passer en d'autres fiimilles. Estant allés un- iour en visite chez le marquis de S'^Mesaan qui doit estre leur principal héritier, ils virent au voisinage un ieune garçon, que madame de S*-Geran considéra long-temps et caressa fort, à cause qu'il ressembloit à son mari : elle le demanda pour son page ; mais elle ne le put avoir, parce que le' marquis de S*-Messan l'empeschoit. Enfin ayant tant fait qu'elle l'attira dans sa maison, elle en fit son page ; et quelque temps après elle et son mari le prirent en telle affection, qu'ils donnèrent à ce page mesme un page pour le servir. Ayant de plumait chercher la sage femme, ils la firent m^tre en prison, où elle a comme confessé qu'elle avoit esté apostée par les parens.La dessus monsi^r et madame de S'-Geran ont reconnu ce fils pour leur enfant, et les parens pour l'empescber, ont suscité une mademoiselle de Beaor
f2 VOYAGE A PAUIS.
Heu qui le redemande comme luy appartenant. Yoila le playdoyer (^es deqx ^ères devant Salpa^pq, ^'pnpuyejlé efj nos iours : npus ne sçavons pas ^il sef4 iugé de mesmq ; quoy cju'îl en soit, TeRfant qu|^st c{e 17 à i^ ^ns n'est pas .tant sot, car ^1 dit ^|)solumenf q^Hl iVest point fils de }a paiivrelé, ^ais de la richesse qu'il treuvera toutç ent|er0 ep la maison dp monsieur de S*-Geran (i).
Le 3% nous fusme§ voir monsjeur de Hauterive (2), çolopel d'un régiment d'infanterie en nps quartiers, et gouverneur de Breda. Il nous dit qu'on çommençoit une lezine, qui ne passa pas pour fort extraordinaire en nos esprits, puis qu'el|eest asi^z CQ^im^ne chez nous. C'est que par raqthorité du Roy on establitune banque où il y aura soii^antc milje billets vuides et dix mille de remplis, dotjt je ïnoincjre sera de 5oo Jivres. On les enfermera tous dans un coffre auquel il y a trois serrures, (^ont les clefs sont gardées par trois personnes différentes; Tune sera entre les mains du lieutenant- Cfvij, l'autre' entre celles duprevost do? marchaiids et la troisième on la fie à l'inventepr de ce beau qegoce; qui es]; iin Italien, nommé Tutti. Chaque billet doit çopster deux louis d'or et estre tiré par un petjt enfant. On tient qu'il en reviendra c|e grands deniers , à cause de l'amorce qu'on
(4) (.a même anecdote est racontée par Tallemant des Beaux, hvqc quelques autres détails ; mais son récit a moins de vraisemblance et de clarté.
(2) C'était un officier fort considéré par M. de Brienne et par JH, Cbanut^ qui en parlent dans leur correspondance.
FÉVRIER i657. 93
y treuvera, j^uvant arriver que pour deux cents pi^toles on tirera un ^DÎllet de 5o ou 60 mille francs. Tout cecy est pprnoiis à cause de la propositioq qu'a faite l'inventeur de distraire des profits qui en reviendront, six cen|; mille livres pour bastir 111} pont de pierre vis-à-vis du grand pavillon du ^uvre, au lieu Pont-Rouge (i) qui a estjé bruslé. ^
I^ 4*, nqus fismes noslrp dévotion à Chareoton. C'estoit le S' Gâche qui prescha ; il fit un sermon qui ravissoit les âmes de tout le monde tant par la beauté du discours, que par la bonté et excellence des sainctes matières qu'il traittoit. Nous vinsmes ^in^r à Paris, et l'apres dinée nous allasmes treuver le S*^ des Champs, qui avoit ordre de monsieur le Premier de nous faire voir le ballet du ^ojy qu'on devoit danser ce soir là ; nous y enlrasmes sans peine et fusmes très bien placés dans le banc des Ambassadeurs, tout proche du théâtre. On nous mit entre les mains d'un
lieutenant des gardes, nommé Carnavalet qui en prit tou]L les soins imaginables. Qn nous y traita d'un haut tiltre, car en entrant nous fusmes conduits par un exenipt qui dit qu'il avoit ordre <|e nous présenter les Vers du Ballet ; ils nous servirent d'amusement en attendant que le Roy vinst, ce qui fut assez tard ; car, bien que nous y fussions entrés des les trois heures, on ne commença à danser que sur les neuf. Nous y vismes toute la Cour et tout ce qui est de plus beau
[{} Ce ponl était en face la rue de Beaune.
64 VOYAGB A PARIS.
dans tout Paris. La grande salle où on le dansa fut si bien esclairée par de beaux lustres de cristal , qu'on y voyoit comme en plein iour depuis un bout iusques à Fautre. Il fut de dix entrées dont le Roy dansa la première à trois reprises. On avoit pour suiect V jimour malade (i) ; et la pièce fut si diversifiée qu'elle peut passer pour un ambigu de ballet, de comédie et de farce. Au commencement de chaque entrée on fit chanter le Dépit, la Raison et le Temps qui avoient consulté sur la maladie de TAmour malade à l'ouverture du théâtre. Il est vray que cet intermède de musique revenoit si souvent et durcit si longtemps qu'il ennuyoit à la fin.
Le 5% nous fusmes voir monsieur le Premier pour le saluer et en mesme temps le remercier du souvenir qu'il avoit eu de nous. Nous le treuvasmes dans Tescurie, où il donnoit ordre de seller les chevaux; mais voyant que le Roy estoit résolu d'aller à la chasse, nous n'y demeurâmes pas long-temps. C'est un homme qui est assez froid, mais qui n'oublie pas les civilités et les plaisirs qu'on luy a faits autrefois, monstrant par là que bien qu'il soit attaché à la Cour, il n'en suit pas les maximes et n'est pas de> ces
(4) AMOUR MALADE, ballet du Roy, dansé par Sa Majesté le 47 de janvier 4657. — Paris, par Robert Ballard, Beu4 imprimeur du Roy pour la musique, 4657, in-i», 32 pages. ^— Vers du Ballet du Boy, 45 pages.
Les paroles de ce ballet sont attribuées à Bensserade. — Le Roi y représentait le diveriitummU Parmi les noms des acteurs qui y figuraient on trouve celui de Molière.
FËVBIBR 4657. M
amis du temps qui payent les meilleurs services d*un compliment sans effet. Il prétend au Cordon « Bleu, et on croît qu'il l'obtiendra puisqu'il est si bien à la Cour qu'il est en passe de devenir nn iour Tun des puissans seigneurs de ce royaume. L'alliance qu'il a faite ne l'y servira pas pen^ ^ant espousé la sœur du marquis dlJxelles qui est Tune des premières maisons de Bourgogne.
Le 6*y nous fusmes avec Fabbé de Sautereau au cours de la Porte Saint-Antoine, où nous vismes quantité de masques tant à pied qu^à cheval et plus de trois mille carosses. En cette grande foule d'hommes et de chevaux il ne se peut qu'il ne se forme un grand embarras, et la pluye qui survint Je rendit extrême parce que tout le monde TDuloit rentrer à la fois dans la ville, et cette confusion fit qu'à neuf heures du soir, il y en avoit encore hors de la porte. Peu s'en fallut qu'il ne nous y arrivast un malheur, car nostre cocher suivant la file, et ne prenant pas garde que les' carosses de devant èstoient en Yeculaut tombés sur l'un de n<M chevaux, nous mit en danger de le ▼oit périr sous la roue qui luy estoit sur le cul ; mais par bonheur il s'en tira et n'en fut point blessé. Nous priasmes l'abbé à soupper pour le mardy^gras avec nous et passer toute la nuict à courre les bals avec ceux de nostre hauberge. Après J^ souper nous fismes mettre les chevaux aux deux carosses, et nous donnasmes aux laquais des pistolets et mousquetons pour nous escorter.
Le premier bal que nous vismes fut chez
outdame d'Argeocourt, où estoit la belle Marivaux dont nous avons parlé cy-devant. Il y avoit fort peu de monde, mais on y attendoit Monsieur (i), qui y devoit venir en masque, tellement que le bal n'estoil pas encore en son lustre. De là^ nous allasmes chez madame Sevin , cbez madame de Villeroy, chez mesdamoiselles des Bordes et chez madame de Yalentinois où nous treuvasmes madame des Kéaux (2) qui passe pour une merveille, taot pour l'esprit que la beauté, dont nou$ pouvons accorder absolument le dernier ne l'ayant que veùe. Elle y prit à danser nostre couzîn de Speyck. Il faut advouer que nous vismes en tou» ces bals plus de deux cents masques très richement aiustés, outre un très-grand nombre de très-belles femmes, dont toutes ces assemblées sont composées; et au lieu qu'on se sert en nos quartiers de chan» deliers de cuivre^ on ne voit icy que des lustres d& cristal. Nom nous retirasmes sur les quatre heures du matin, apnes avoir conduit le S' de Sauteréau en son logis, sans avoir fait aucune méchante rencontre.
Le 7% nous rendismes visite à madamoiseile Brasset qui nous dit que mesdamoiselles de Marquette estoient icy dans un couvent nommé lo Cherchemidy, où leur tante, Vabbesse de- Fervagues, a esté abbesse, et que Taisnée avoitdesia pris l'habit de novice pour au bout de Fan .
(4) GaBton, duc d^Orléans, onde de Lotis XIT. (2) Suivant toute apparence, la femme de Q^déon Tall^mant des Beaux, Tauteur des Bisioriettes.
PÉVRIBII 4657. ^69
prendre celny de prc^esse qui ne s'accomoiodera pas trop à son humeur.
Le 8*, nous reodismes visite à monsieur le Bhtn^âve qni nous conta ravanture qui luy esloit arrivée. C'est qu'ayant esté au bal avec Monsieur, et ses valets s'j estant eny vrés, volèrent et dépouillèrent des masques et retournèrent au logis chargés de leur butin. Il les voulut chastier de leur friponnerie et il y en eut un qui tirant un pistolet de sa poche et le luy présentant, luy dit: Si vous n'estiez mon maistre, ie sçay bien OB que i'aurois à faire (i). Je ne sçay si c*est par bonté ou par nonchalance qu'il se fait si mal ' servir, mais il Test très- mal et a de grands coquins de laquais qui sont de vrays filoux; mesme son hôtesse dit qu'ils le craignent si peu que quand il leur commande quelque chose, ils ne se mettent guère en peine de le faire.
Le. 9*", nous fiismes voir le palais d'Orléans, ou le Luxembourg. C'est sans contredit la plus belle maison de Parts et digne de la grandeur d'une reine de France. Ce fust Marie de Medicis qui la fist bastir pendant sa régence, dont elle est un mo* nument si auguste qu'on en parlera en tous âges.
On y entre par une grande porte, à costé de laquelle vers le haut, il y a une espèce de galerie
découverte, balostrée de belles pierres blanches,
(4) Un édîi dtt rof, dû 4 S janvier. 465(&» et qui était comme oa vdit assez mal obsertré, faisait défefises aux pages et laquais 4$ porter mtcune^ aumti som peine de la m, à cause dê$ viêîences qu*Éi$$amnmiUM^ jousmellmMft^iaa» Anrtt. <
qui regarde d^m costé sur la rue, et de l'autre sur la basse-cour ; elle est divisée en deux par un dôme percé qui est soutenu de huit grands piliers de marbre blanc. I^a basse-cour en est grande, belle, quarrée et enfermée par des galeries faites en arcade, voûtées et soutenues par des piliers de pierre de taille , au-dessus desquelles il y a des pavillons à chaque bout et entre deux des logements pour les officiers de la maison, et une ga« lerie peinte par les plus excellents peintres de ce temps-là. Avant que d'entrer dans la maison qui est de quatre grands pavillons, on monte quelques degrez qui mènent au-dessus d'une espèce de platte-forme pavée et balustrée de marbre: elle est belle, grande et magnifique et s'estend tout le long de la façade de la maison ; le grand degré est iustement au milieu, et quand on y est arrivé on voit en se tournant, au travers du dôme de la grande porte, toute la rue de Tournon, et on fL en face ce beau parterre et ce grand iardin qui est sur le derrière de la maison. Laissant le degré à gauche on passe sous une espèce de galerie d'où l'on voit toute cette belle terrasse en forme d'amphithéâtre , qui devoit estre balustrée de marbre blanc de la façon qu'on l'avoit commencé aux deux bouts; elle enferme un grand parterre qui a au milieu un fort beau iect d*eau. Quand 'On tourne à droite le long de ce parterre, on treuve la grande allée et la plus fréquentée de tout le iardin ; il y en a plusieurs autres, d'une longueur et d'une largeur très-bien proportionnées.
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Dans les espaces et dans les compartiments il y a des petits bois et de la verdare, où Ton gouste douceaient le frais au plus chaud de Testé. La terre y est presque partout penchante, d'où il se forme des veuës fort enfoncées en sorte que chaque allée semble estre une perspective ; mais du haut de la terrasse la veuê est merveilleuse par la diversité des obiectSi et principalement de la maison qui est fort belle partout et paroist extrêmement sur le derrière.
Au temps de la foire Saint-Germain et pendant le quaresme, on y voit le beau monde de l'un et de l'autre sexe qui s'y rend à foule pour la pourmenade qui y est alors tout-à-fait agréable : les femmes y viennent faire monstre de leurs belles iuppes, et d'ordinaire quand elles y ont fait quelques tours, elles vont à la foire. Mais dès qu'il commence à faire un peu chaud , le Cours et les Thuilleries sont en vogue, et le Luxembourg n'est guère fréquenté que par ceux du voisinage.
Le lo* au matin, nous fismes nos lettres et après midy ne nous estant pas contentés d'avoir veu le Luxembourg le iour précèdent, nous y fusmes pour la' seconde fois. Nous y rencontrasmes b grand monde, et après y avoir iou! du divertisse-
ment de la pourmenade, suivant le train commun, nous allasmes prendre celuy de la foire : elle se tient dans une grande aire couverte, ou auparavant nous avions veu plus de- 4oo carrosses neufs à vendre; elle est divisée en plusieurs boutiques qui ont le devant sur des allées ; on y treuve une si grande diversité de belles marchandises et si
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bien estalées et arrangées que tout«dla doBM fort dans la veuê, et quelque resolution qu'on ayt faile de n'y pas employer son argent, il est presque impossible de s'en pouvoir empesdier ; on y iouë toutes sortes de bijoux et on n'y mené guère de femmes pour lesquelles il ne faille avoir cette complaisance, car c'est la plus grande partie du di* vertissement qu'on y prend. Il faut advouer en y estant et en considérant cette grande diversité de marchandises de grand prix, que Paris est le centre où l'on treuve tout ce qu'il y a de plus rara au monde.
Le 11% nous rendismes visite aux S" Thibaut. Us sont logez chez le baron d'Arsiliere qui les a pris en pension. Il leur fait bien voir leur monde, et en vérité le cadet; n'en a pas mal profité. C'est un ieune homme qui a une grande vivacité d'esprit et qui s'en sert fort à propos. Nous y apprismes que la Cour estoit à Vincennes où le Roy s'exerçoit à la chasse avec une telle affection qu'il y alloit à pied avec un fusîl^ tout de mesme qu'un simple gentilhomme de la campagne ; et que l'on Gommençoit à battre icy le tambour, tant pour de nouvelles levées que pour des recrues.
I^e 1 2*, BOUS fusmes voir le S' de Serooskercke, fils du S' de Wulve, qui après avoir fait le tour de France, sans y avoir rien appris ny remarqué que les maisons et les rues des villes, retourna au commencement de l'automne à Saumur, où tin iour traittaùt quelques-uns de ses amis, il les fîst tant boire qu'il y en eut un d'Amsterdam qui
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tua no bourgeois. Nous croyons que c^est ce qui nous Ta amené icy, au moins l'avons-^fiotis ainsi compris par ses discours. Nous le treuvasmes logé éans un cabaret qui ressemble plus à une retraitte de brigands ou de filoux qu'à un logis d'honnestes gens. Mais il est nécessaire que nous en fassions le récit tant pour la rareté du fait que pour Texcellenee de son esprit qui paroîst en un si bon choix^ en une ville où Ton ne manque pas de bonnes hauberges. Le cabaret où nous le treu- Tasmes est en la rue aux Ours, et il ne doit pas avoir peur d'y mourir de faim puisqu'elle est renip plie de rostisseurs qui ont tousiours leure brocbes garnies de bonnes viandes, dont l'odeur mesme aiguise l'appetit. Mais s'il y a moyen de bien manger, il £iut croire qu'afiu de ne pas engendrer de mauTaises obstructions dans l'estomac, qui pomv roient causer la perte d'un fils digne de sou père, il a soin que le vin ne luy manque point. Aussi en montant à sa chambre par un meschant, sale, obscur et petit degré, nous y treuvasmes quatre ou cinq grosFlamands, autour d'un bon feu, qui donnoient l'assault à deux grandes bouteilles. La c^leur du combat fust appaiséeparnostre arrivée, et Ton cessa d'empoigner le verre. Cependant nous parcourusmes de l'œil toute la chamWeqni revient tout-à-fait à l'entrée et à Thumeur de la personne qui l%abite, car elle est mélancolique, malpropre, vilaine et en très-mauvais ordre , mais c'est peutestre par espargne qu'il s'est si mal logé et pour faire sa principale despense ep bon vin^ dont il
n VOTA G B A PARIS.
aitne t&ot la liqueur qu'il n'oublie iamats d'en prendre sa part, car c'est tousiours le mesme homme*
Le i3®. nous entendismes à Cfaarenton le 9F Gâche, et estant revenus disner à Paris, nous Iwismes Tapres-dinée un sermon du S*" Mestrezat (i). Nous' ne sortismes point parce qu'il faisoit trèsmauvais temps.
Le i4*, nous fusmes voir le comte de Montresor, où nous treuvasmes aussi le comte de la Chastre. C'est un homme qui est fort spirituel et qui est l'un des prudes de ce temps. Il nous dit que le S' de Tfaou, président au parlement (2), se preparoit pour aller bientost résider de la part de cette Couronne auprès de messieurs les Estats et ayant parlé ensuite de nostre païs, il se loua de fu monsieur le prince d^Orange, Frederic-Henri, qui de sa part fit faire office par l'ambassadeur de Hollande auprès du Roy pour sa liberté, du temps qu'il fust mis à la Bastille pour quelques brouilleries survenues à la Cour lorsqu'il estoit du conseil de monseigneur le duc d'Orléans.
Le 1 5', Sa Maiesté alla à Vincennes pour y pro* fiter de la beauté du iour, en prenant le divertissement de la chasse. Monsieur le Cardinal re^ icy incommodé, de la pierre. On nous dît qu'il avoît
(l)Prédi(%teur 'protestant de Genève; il en a^ié déjà parlé page 39. . . (2) M. do 'nu)u, comte de Moslay, conseilter ordinaire du roi en seii conseils d'Etat et privé, président en la première chambre des enquéloâ du Parlement de Paiis, venait d'être nommé ambassadeur près les États généraux des provinces unies dos Pays-Bas ; il ne partit qu'à la fin du mois de mars.
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mandé de Marseille un homme qui a un heaume excellent pour la faire fondre dans le corps.
Le 16'', nous receusmes nos lettres après la pourmenade du Luxembourg où nous avions esté iouïr du divertissement de la saison. — Le 17% après avoir fait response à nos lettres, nous fusmes voir le Palais-Cardinal qu*on nomme à présent le Palais- Royal. C'est une assez helle maison quia esté hastie par le fù cardinal de Richelieu qui en mourant la laissa par testament au Roy. Il y a sur le derrière un îardin qui n'est pas fort grand, mais fort ioly et proportionné au bastiment. On y entre par une grande basse court qui est fermée d'un treilly de fer^ entre lequel et le iardin il y a une cloison de hayes vertes, au long desquelles il y a une carrière pour courre la bague ; on y voit deux beaux bassins, Tun en entrant dont le iect est au milieu du parterre, et l'autre en un rond entourné d'arbres. Le ieu de Mail va tout au tour des murailles et a deux tambours, mais assez com* modes. On n'y treuve pas les belles allées du Luxembourg, mais quelqu'assemblage d'arbres qui font un espèce d'un petit bois. La reine d'Angletei^ y demeure avec tout son train, qui a fait un fort ^anddegasten la dorure et au relief de toutes les chambres et de cette fameuse galerie, où les grands hommes de^ France et leurs belles actions sont représentés avec leurs devises et leurs hierogliphiques ; c'est une pitié devoir que, pour avoir quelques sols, ils ayent enlevé des pièces qui ont cousté de bonnes sommes.
n VOTÂGB A PARIS.
Le i8% la princesse lïicole, duchesse de Lorraine, mourut après avoir esté quelque temps malade et decheuë si fort, qu'on iugea bien qu'elle n'en pouvait reschapper. Le Roy, à la prière du doc François, envoya des gardes à son hostel, pour empescher les desordres des domestiques ou des creanders qui estoient en grand nombre.
Ce mesmeiour, le parlement s'assembla surl'af* faire du S^ de Chenailles : c'est un conseiller de nostre religion qui est prisonnier dans la Bastille pour avoir eu correspondance avec le président Viole (i), et formé le dessein de livrer Saint- Quentin aux ennemis; il avoit espousé depuis peu la niepce du S" Erval, intendant des finances. Toute sa parenté intercéda pour luy auprès de monsieur le Cardinal et demanda sa grâce, mais son Ëminence n'en voulust iamais ouïr parler.
Le 19^, après avoir esté le matin au prescheet
(i) Le président Viole, un des chefs les plus actifs de la Fronde dans le Parlement de Paris, s'était fait remarquer par son opposition contre la reine et Mazarin^ et avait été le promoteur du célèbre arrêt du 23 sei)tembre 4648, portant qu*il serait pourvuàlasûreli de PariSy et que les bourgeois se tiendraient en armes.
n était alors réfugié dans le3 Pays-Bas avec d'autres personnages de la Fronde. — M. Cfaanut écrivait de la Haye au cardinal Mazarin, le 46 avril4654 ; « M. le Rhingrave partant pour France médit que M. le prince de Tarente luy avoil conseillé de voir M. le prince de Gondé en passant à Anvers ou à Brusselles ; qu'il faisoit estime de sa personne, et qu'il pou voit arriver que n'estant point suspect, il a'ouvriroit à luy et le chargeroit de quelques parolles importantes pour les porter à Vostre Ëminence. If. le Uhingrave ne paroiesoît pas incliner à recevoir ce conseil, mais il se proposoit de voir M. Viole qu'il cogttoist fort, l'ayant logé chez lui quelque temps à Maestricbt, ce qui est quasi la mémo chose, car M. Viole avertira M, le prince de son passage. »
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miy le S' Mesirezat, naus fusaies voir après diner monsieur le baron d'Arsiliere qui nous dit qu'il y auroit ce soir là grande reiouissance au LouTre, quoy qu'on fust en quaresme, parce qu'on y ce» lebroit les nopces du comte de Soissons avec m»^ demoiselle de Mancini (i); et qu'on y danseroit pour la seconde et dernière fois devant Pasques le ballet de monsieur de Guyse. Dans l'espérance de le voir après Pasque, nous ne nous souciasmeB guère de le voir en ce temps d'empressement et de foule, et remettaot d'en parler iusques à ce que nous en ayons eu Iç plaisir.
Le 2o', revenant de la pourmenade du Palais- Royal, nous fusmes arrestés par le grand monde auprès de la Croix-du-Tiroir (2) : on y executoit deux cavaliers qui avoient volé madame de Menardeau-Champré. Sous prétexte d'escorter les carrosses qui revenoîent de la foire, ils avoient attaqué le sien, et luy ayant pris une partie de ce qu'elle avoit de meilleur, il y en eust un de la troupe qui, disant à ses camarades qu'elle n'es* toit pas assez bien volée, les fist retourner pour la seconde fois, ce qui leur a cousté )a vie, car ayant esté bien remarqués et suivis, ils furent pris le lendemain à Yincennes, comme ils s'estoient préparés à retourner à Paris pour iouër encore quelque bon tour. Nous en vismes roué'r un qui avoit
(4) Olympe Mancînij deuxième nièce du cardinal Mazarin, qui épousa Ettgène-Maurice de Savoie» comte de Soissona.
(2) Ou du Traiioir ; ao coia de la ru« de TArbre-Sec et de la Saint-Honeré.
Ve YOTAGB A PARIS.
81 bonne mine que nous ne Teussions iamais pris pour un voleur^ si nous l'eussions veu ailleurs.
Le :ii^, nous fîismes au logis du chevalier de Rivière (i) pour le voir, mais nous ne le treuvasmes pas, et passant par la Grève nous vismes exécuter six filoux qui se disoient gentilshommes ; parmy eux il y avoit un comte anglois. Voici le lieu du monde où Ton fait la plus prompte iustice des voleurs qu'on y prend , car ^4 heures après ils sont expédiés ; et neantmoins il y en a tousiours grande quantité, tant est enracinée cette maudite graine en cette ville, où la grande confusion luy semble une secrète protection de cet infâme mestier.
Le ^a®, nous fusmes voir l'Hostel de Ville, qui a en face la Grève où on exécute tous les malfaicteurs. On y voit au milieu une grande croix, placée sur un piédestal de dix ou douze degrés, qui l'environnent de tous costés. Il est d'unemesme architecture que le principal bastiment du Louvre, qui fut refâict par Henry IIII. On y doit voir la sale où sont les tableaux des eschevins, et considérer les pavillons qui le composent, les colonnes qui les
(I) D'abord attaché au parti du prince de Condé, qu*il avait suivi dans les Pays-Bas espagnols, le chevalier de Rivière demanda et obtint Tamnistie par l'intermédiaire de M. Ghanut. « Le cheva* lier de Rivière m'a fait dire qu'il demande d'estre receu à jouir de Famnistie, et se remettre dans Tobeissance, comme entièrement détaché des interestz de Monseigneur/ le Prince. » (Dépèche du S avril 1654.) « J'ay délivré à M. le cbevalier de Rivière l'acte par lequel le Roy lui accorde la grâce do TamnisUe, et j*ay lire de luy la déclaration et protestation que j'envoyo comme il m'estoit commandé. » (Dépêche de M. Chanut au comte de Brienne, de la Haye, le 8 avril 4655.)
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soustiennenty et la tourde Thorloge qui Fembellit aussy bieo que l*e£Bgie de ce bon prince à dieval qui est sur la porte.
Le a3', après avoir esté rendre visite an S' d'Oudeyck, où nous treuvasmes le S^ de S** Romain (i) que nous ne recognusmes pas de prime abord, à cause qu'il porte la perruque^ nous receusmes nos lettres de Hollande, par lesquelles nous apprismes la mort du fils de nostre oncle le président.
Le 2i4*, faisant response à nos lettres, nous y employasmes toute la iournée, sans bouger de la chambre. — Le 25', nous fusmes voir la place Royale, qui a autant de palais que de maisons, toutes d'une mesme architecture, et d'une si belle sjmmetrie que leurs façades et leurs allées d'alen* tour rendent cet eudroict le plus magnifique de tout Paris. C'est un grand quarré, qui en forme un autre par une barricade, qui du costé a une très-belle carrière où tous les grands courent la bague, quand il y a carrousel ou quelque feste pu* bhque. Au milieu de cette place on voit une statue de bronze du Roy Louys Xin à cheval, en posture et habit de vainqueur. L'hostel des Tournelles estoit autrefois en cet endroict, mais il fut demoly
(4j 0 avait habité la Hollande comme réfugié, après avoir été eapkaine des gardes du prince de Condé â Bruxelles. Il en est fait mention dans la correspondance de M. Chanut. « Quant & S^Rch main, il m*a priéd'asseurer Vostre Eminenoe qu*il B*estoit pas seu- Icnient entièrement détaché de M. le Prince, mais qu'il souhaitteroit aveq passion d^avolr moyen d'efflicer par quelque service considérable envers Son Eminence la mémoire dn passé. » (Dépêche de M. C3ianut, Â Mazarin^ du 4 S déeembre 4663.)
par le commandement de Catherine de Medicis, après la mort de son mary Henry II, qui y mourut d'une blessure qu'il recetit à l'œil par Tesclat d'une laoee, dans le tournois aux nopces de sa fille avec Philippe II, Roy d'Espagne. On y entre par quatre grandes portes qui respondent à diverses rués.
Le 36*, nous ailasmes à Charenton pour y passer la matinée en dévotion, et nous employasmes Tapres-diuée k faire nos visites ^ mais en toutes nous JM tfeuvasBies personne, puisque c'estoit une trèsbelle iournée et d'une parfaite sérénité.
Le 27*, nous vismes le Louvre qui est le palais ordinaire des Roys. Philippe- Auguste en ietia les pvemiers fondemens, aussi bien que des murailles^ à ht ville et des halles et du pavé. Charles le Sage l'augmenta de beaucoup. François I et Henry II luj doonerent une nouvelle face, que Louys XIII de* fiiDct avoèt continuée. Le bastiment en est superbe et d'une riche architecture, qui sert d'estude aux Sf«fans du mestier et d'admiration à tous les es* tningws. L'entrée en est à présent tres-vilaine,: et ressemble plustost à celle d'iuie prison que du pa« lai^d'un grand Roy, mais d'abord qu'on a passé la dernière porte, on aperçoit bien un autre air, car on entre dans une très-grande basse court qui est sur le devant de cette merveille de l'art, si elle ettoit achevée. On y voit une sale des antiques, remplie de pièces curieuses, comme est une Diane d'Epbese qui mérite d'estre considérée avec soittl
L'hostd des Thuilleries est ioinct au Louvre par^ . une grande galerie, enrichie de j>lusieurs rares fa*^
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bleaux et des portraits des Roys de France. A cette galerie eo est attachée une autre le long de la ri* ▼iere, qui conduit iusques aux Thuilleries, où se voit un beau iardin, et un escalier en coquilles de limaçon, suspendu en Tair sans aucun noyau qui soutienne les marches. C'est un chef d*œuvre d'architecture qui passeroit pour un miracle, si Yitrure l'avoit descrit.
Vis-à-vis du Louvre, sur le devant de l'entrée, vous voyez le Petit-Bourbon où est la petite escurie et où loge monsieur le Premier. Il y a une grande sale pour la comédie ; les Italiens y ont leur théâtre (i). Entre cette maison et le Louvre, il y a une petite place, où l'on voit les corps de gardes François et suisses. Ils s'y mettent en haye toutes tes fois que le Roy sort et presque tous les matins, lorsque S. M. va entendre Messe à la chapelle du Petit-Bourbon ; elle est de plus accompagnée des gardes du corps, qui portent l'halebarde ou la carabine, etdequelques-unsdecesCenl-Suisses, qui sont Iialûilés de ses livrées et armés d'halebardes.
Le 28', nous fusmes à la pourmenade aux Thuil* leries ; c'est le iardin du Louvre dont nous avons desia parlé. Il y a sans doute quelque chose de tout à fait magnifique, grand et extraordinaire; mais il est d'une beauté entieremeot différente de celle du
(4) Le théâtre du PetiUBourbon était situé ris^-vis le cloître
- SakitTGeuaaia-rAuerroig, dans la rue (te Poalies^ qui descendait
' 'alere Jusqu'au quai.' A ia fin de 4658, Molfère obtint la permisêioi»
. d'y jouer alternativement avec legcooiédîensilalieBs. (Voir rff«i-
tûire de MoUère, par M. Tascbereau.)