U V0TA6B A PARIS
Luxembourg, qui est plus à la moderne, mieux compassée et disposée avec plus d'art, au lieu qu'en celui-cy on voit quelque chose de plus sauvage et de plus champestre. La grande allée est merveilleuse pour la hauteur des arbres qui la forment et la grande ombre qu'ils causent (i). Aux costéa on treuve des cabinets de charpenterie, couverts de quelques verdures. Il y a un fort beau ieu de mail^ et qu'on a mesme agrandi depuis que le Roy se plaist à cet exercice : car outre la longueur du iardin qu'il avoit, on luy a donné un repli, qui le &it venir iusques à la grande allée. On voit tout auprès un fort beau iect d'eau, proche duquel est un labyrinthe planté de cyprès. Il y a d'ordinaire bon nombre de bourgeois et de bourgeoises sur le bord de ce bassin, qui y prennent le frais et s'y reposent après s'estre pourmenés, en voyant pour« mener les autres. Le grand monde n'y aborde que sur le soir, quand on va au Cours et quand on en revient. On y est quelquefois iusques bien avant dans la nuict, et alors il y a souvent assemblée et bal, qui est d'autant plus agréable qu'on y est avec toute sorte de liberté*
Le i^' de mars, nous vismes la Fripperie, qui est auprès des Halles. C'est une grande galerie, sou«-
(4) Ces beaux arbres^ ou plutôt leurs successeurs; ont été récetnnent atteints par une mesure regrettable : on a exhaussé ie sol où ils sont pl^t^t eu y répandant la terre (provenant des ibseés du jardin.réservé, et leur hauteur e\i a été dlmintïée d'une ÎB^on é&'j^ grawuse. * . '
tenue de piliers de pierre de taille, sous laquelle logent tous les revendeurs de vieilles nippes ; ce qui est fort commode pour cette sorte de gens qui veulent estre braves sans qu'il leur en couste beaucoup. 11 y a deux fois la sepmaine marché public, à sçavoir le mercredy et le samedy : c'est alors que tous ces frippiers, parmi lesquels il y a apparemment bon nombre de Juifs, estaient leurs marchandises. A toute heure qu'on y passe, on est ennuyé de leurs cris continuels, d'un bon manteau de campagne ! d'un beau iustaucorps ! et du détail qu'ils font de leurs marchandises, en tirant le monde pour entrer dans leurs boutiques, surtout s'il a esté en quelqu'une, ou qu'en passant il levé les yeux vers leurs enseignes, car on croit quec^est un homme qui cherche et chacun lui veut vendre. On ne sçauroit croire la prodigieuse quantité d'habits et de meubles qu'ils ont : on y en voit de fort beaux, mais il est dangereux d'en acheter, si l'on ne s'y connoit bien, de peur d'estre trompé, car ils ont une merveilleuse adresse à regratter et rapiécer ce qui est vieux en façon qu'il paroist neuf.
lue a', nous rendismes visite au S' de la Vieuville. Il a esté lieutenant colonel du S' Douchant (i), et est homme de grand esprit. Il nous questionna fort sur les affaires de nostre pays, nous demandant des nouvelles de nostre Estât et principalement des mal intentionnés pour la maison d'Orange, qui
(4) Colonel français, au service de Hollande, mentionné dans la conrespondance de M. Chanut.
luy sont bien cognus. Nous remarquasmes qu'il luy restoit encore quelque affection pour nostre pays, bien qu'il soit icy en une autre posture qu'il n'y estoit, ayant quitté l'espée pour la robbe, car il est abbé et sera bientost evesque (i). Il nous pria de faire ses baisemains au S' de Sommelrdyck (r^) nostre oncle, comme aussi au S' de Villers nostre père, et de les asseurer qu'il est fort leur serviteur. Nous y vismes un chien d'une horrible grandeur, et nous en avions peur quand il nous approchoit, car sans mentir il est de la taille d'un petit cheval, et il se venoit fourrer entre nous et nous caresser. Il a une sifurieuse gueule et arméede si grosses dents, que je ne doute qu'il devisageast un homme d'un coup, s'il l'entrepresnoit ; mais on nous dit qu'il n'estoit pas meschant et qu'il ne mordoit personne. Sur le soir, nous receusmes nos lettres , mais nous n'y apprismes aucunes nouvelles. — Le 3*, nous employasmes toute la iournée à y faire response.
Le 4*» le S' d'Oudeyck nous vint voir , pour sçavoir quelles nouvelles nous avions de nostre pays. Il nous dit que ses affaires estoient en fort bon estât, et que monsieur le Cardinal luy avoit promis une compagnie de cavalerie. Nous demeu-
(4) Il fut en effet nommé évèque de Rennes peu de temps après.
(2) Corneille Van Aerssen S' de Sommelrdyck, Spyck, Bommel et Plaat, chevalier de Saint-Michel, dont le père avait été ambassadeur à Paris. 11 avait été gouverneur de Nimègue et colonel d'un régiment de cavalerie. 11 passait pour l'homme le plus riche de Hollande. Il est cité dans les dépèches de M. do Thou, comme ayant beaucoup de zèle pour la France ; il était en correspondance avec le cardinal Mazarin. — Sa sœur était la mère de nos voyageurs. (Voir la généalogie^ n* 4 de V Appendice.)
rons tousiours à admirer sa façon de subsister, ayant carosse, quatre laquais et un palefrenier, et se tenant tousiours brave en habits, sans rien devoir à ce qu'il dit ; il est logé chez un baigneur et assez chèrement, puisqu'il donne du seul logement deux escus par iour : la table ne luy couste rien, car luy et ses gens mangent, d'ordinaire chez le S' dUauterive (i) qui luy a ofifertdele nourrir avec son monde, à condition qu'il ne luy demandera point d'argent. Ses parens ont grand tort de l'abandonner ainsi et de l'obliger à aller gueuser ses repas (2) . Il commence à se bien former, et on verra que nonobstant ses friponneries il sera un iour honneste homme. Il disne parfois avec nous et il est fort gay et gaillard, et ne se donne guère de soucy ; enfin on diroit qu'il est aussi content que s'il avoit tout à souhait.
Le 5', faisant trop mauvais temps pour aller à Charenton, nous fusmes au presche chez nostre ambassadeur qui nous arresta à disner avec luy,
(4) François de TAobespine, marquis d'Hauterive, né en 4594, mort en 4670. Il avait servi en Hollande, et avait été gouvemeor de Brcda II était trës-lié avec la princesse douairière d'Orange, et fort considéré à Paris si Ton en juge par ce passage d*une dépêcha. de M. de Brienne à M. Chanut : « M. de Hauterive m'est venu voir icy et m'a asseurô de son ami lié. J'en ay esté fort ayse, estant une personne que j'estime beaucoup et que je serviray tousjours avec plaisir. Je vous prie aussy de le faire en toutes les occasions que vous en pourrez trouver, et mesme de luy tesmoigner que je tous en ay cscriten ces termes là. »
( A la Fère, le 27 septembre 4654.)
(2) M. d'Oudeyck était fils do M. de Beverweert, un des conseillers intimes de la Princesse royale.
et en mesme temps nous saluasmes madame sa' femme et madamoiselle sa fille. A nostre arrivée, nous fusmes diverses fois pour la voir, mais nous ne la treuvasmes iamais, et on nous disoit tousiours qu'elleestoit sortie. C'est une bonne et grosse femme et une vraye Amsterdamsche-Moer (i) ; elle n'est pas de grand entretien, et pour contenance elle a quantité de petits chiens avec lesquels elle iouê. Il la faut entretenir en flamand, car elle ne parle ny entend le français, ce qui nousestoit desia une assez grande peine, nous estant desaccoustumésde nostre langue. La fille est raisonnablement belle et suppléé assez bien au défaut de sa mère, ne manquant pas de caquet. Nous fusmes traitez à la mode de Hollande, y ayants delabierre, du beurre et du fourmage, et le tout ser\y en plats de porcelaine, ce qui sent fort son Amsterdam.
Le 6", nous commençasmes à monter à cheval chez le S' Del Campe, qui est un fort honneste homme et qui montre avec une grande civilité et douceur. Nous y montons tous les iours trois chevaux, sans compter celuy de bague. Cet exercice est si rude au commenc^ement, que nous n'en pouvons commencer d'autre, que la douleur de nos cuisses soit passée; elle est telle d'abord qu'à peine peuton marcher, et pour nous bien consoler, un academiste nous dit que nous aurions à la souffrir quinze iours durant, comme nous l'avons en effect expérimenté.
(1 ) tJne vraie iàèrt d'Amsterdam.
Le 7% nous fusmes chez le S"" de Thou, afin de Tasseurer de nos services, et le remercier de la civilité et de la bonté qu'il a eue en permettant qu'on mistparmy son bagage les bardes que nous devions envoyer en Hollande ; mais nous ne le pusmes voir, estant incommodé d'une petite fiebvre causée par un rbume qui règne en plusieurs villes et principalement en celle-cy où les apothiquaires ont consumé en quinze iours tous les syrops, sucre candy et tablettes de regalisse qu'ils avoient préparés pour toute l'année. Cette incommodité est si générale qu'on l'appelle le mal à la mode, mais il est si véhément qu'il a troussé beaucoup de monde (i). On n'en sçait pas la cause, et la plus* part l'attribuent à la malignité de l'air. Les médecins disent que ceux qui l'auront eue seront exempts de la peste, dont on est menacé (2). La Reine a tant aiousté foy à leur opinion et appre* hende si fort la peste, que pour s'exempter de ce mal elle a voulu passer par celuy du rhume. On dit que pour l'avoir plus facilement elle s'est pour-
(4) A ces indices, qui ne reconnaîtrait ce qui s'appelle de nos jours, la grippe? Aujourd'hui, comme il y a deux siècles, les médecins rattribuent à une influence atmosphérique, et, chose singulière, il y en a qui ont aussi prétendu qu'une forte grippe était un préservatif contre le choléra.
{2) La peste, comme on disait alors, avait ravagé la Hollande à la On de 4695, comme le choléra en 4849. « Les navires des Indes orientales sont arrivés, mais cela n*est pas capable de consoler la ville d'Amsterdam de Taffliction et des incommodités qu'elle ressent de la contagion qui y augmente tous les jours. A Leyde, elle est furieuse : il meurt plus de 4200 personnes par jour. » (I>épôche de M. Chanut à M. de Bricnne, du 9 septembre 4655.)
menée pieds nus par sa chambre; quoy qu'il en , soit, elle a si bien reûssy dans son souhait, qu'elle se peut dire la plus enrhumée de Paris et des plus tourmentées.
Le 8", après avoir esté chez monsieur de l'Estrade sans le rencontrer, nous allasmes au Luxembourg où nous passasmes l'apres disnée ; nous y vismes des violettes, des tulipes, des anemosnes et cent autres espèces de belles fleurs dont nous ne sçavons pas le nom ; en vérité, c'est une merveille de la nature qui çstale icy au mois de mars ce qu'elle produict à peine au mois de may en nos quartiers*. Nous ensortismes fort tard , car laprodigieuse quantité de carrosses nous enipescha longtemps d'aprocher du nostre, pour retourner au logis.
Le 9*, nous relournasmes chez le S"" de Thon, et bien que nous y fusmesiustement à l'heure qu'il falloit pour ne le pas manquer, nous ne le pusmes voir, parce qu'il n'estoit pas habillé et qu'il estoit sur ses depesches. Il nous en fit faire de très amples excuses par le S*" Bouilleau qui s'en va avec luy pour secrétaire de l'ambassade ; c'est une personne sçavante et fort estimée par tous les gens d'esprit ; il a esté son bibliothequaire assez longtemps, et après la mort du S'Dupuy (i), avoit esté ^
(4) M. de Tbou, à la veille de partir pour son ambassade, écrivait le 4^' avril au cardinal Mazarin, pour lui recommander un neveu des frères Dupuy, « deux personnes, disait-il, qui ont tra- « vaille toute leur vie à esclaircir et faire valoir les droicts du Boy « et de sa couronne, et qui en cette considération on télé honorez
mis dans la bibliothèque du Boy, pour y assister le frère du defunct. Le presidedt l'en a retiré afin qu'il raccompagne en son ambassade. Nous receusmes sur le soir nos lettres, par lesquelles on nous marquoit la mort du S^'Perscheval, capitaine des gardes de messieurs les Estats de Hollande, et qui commandoit leurs troupes à Dantzic.
Le lo®, nous employasmes la matinée à monter à cheval, et Tapres dinée à faire nos depesches, faisants response à quatre ou cinq grandes lettres.
Le ïi*, le S' de Rhodet nous mena voir une de ses parentes, nommée madame de Longschamp, femme d'un des escuyers de monsieur le, duc d'Aniou. Elle est ieune et fort belle, de qui l'entretien et la conversation est si agréable, qu'au lieu de luy faire une courte visite pour la première fois que nous avions l'honneur de la cognoistre, nous y demeurasmes quatre bonnes heures, et le temps nous dura si peu que nous eussions bien voulu y passer encore quatre autres ; car la différence est si grande, qu'il y a entre la manière de vivre avecque les femmes de condition de cette ville et celles de nos quartiers, que nous treuvons que nostre cousin de la Platte a raison de souhaitter avec passion de retourner à Paris, où Ton peut acquérir et conserver toutes les qualitez qui sont requises à un honneste homme (i).
« des bonnes grâces et des libéralités et bienfaits de Votre Emi- « nence. »
(4) M. de la Platte, après avoir voyagé pendant huit ans dans les diverses parties de l'Europe, se noya en passant d'Angleterre en
Le i2^y nous fusmes à Charenton où nousentendismes le S^ Mestrezat, qui fit un fort beau sei> mon et capable de toucher les âmes des vrays chrestiens. L'apres dinée nous rendismes visite ati comte d'Oldenburg qui nous avoit prévenu en ce debvoir. Il n'est que bastard du vieux comte qui règne à présent, mais il l'afFectionne si fort qu'il luy a desia donné 60,000 livres de rente et le fait voyager avec esclat et train. C'est un seigneur qui profite fort peu de ses voyages, puisqu'il fréquente tousiours ses compatriotes dont le nombre n'est pas petit à Paris.
De là nous allasmes voir le S*" de Ficquefoord (i), qui estoit arrivé de Hollande depuis deux iours. I) nous fit entrer en la chambre de madame sa femme que nous saliîasmes, comme aussi madame sa fille qui est mariée à un capitaine de cavalerie nommé le S^ Londy. Nousy rencontrasmes le vieux Martinet, dont nous fusmes fort surpris, le croyant desia mort, parce que nous l'avions laissé en un pitoyable estât à nostre départ de Hollande et si
France, à la fin de 4658. a li était de grande espérance, et ce fut une grande affliction au père qui n'avtit rien épargné pour le parfaitement bien élever. Le second fils de M. de Sommerdic, devenu son principal héritier par la mort de son frère, et puissant en biens, a épousé la fille atnée de M. de Saint-André Montbrun qui s'est rendu recommandable à la postérité par la longue et célèbre défense de Candie. » {Ménutires pour servir à Vhistoire de Hollande^ etc., par messire Louis Aubery, seigneur du Maurier. Paris, 4 688.)
(2) Wicquefort (Joachim de], né à la fin du xvr siècle à Amsterdam, mort en 4670. — Il était en 1657, envoyé résident du landgrave de Hesse, près les Etats généraux à la Haye. — Son frère Abrahai^L est célèbre par de nombreux ouvrages de diplomatie et d'histoire.
perdu de goutte qu'à peine pouvoit-il se soustenir. Il nous dit qu^il alloit faire un tour en la province d'où il est, et qu'ensuite il retourneroit à la Haye.
Le i3% nous Aismesau Palais. Il y a une grande sale d'où l'on entre dans les chambres du parlement, qui est composé de la grand'chambre, de cinq chambres des enquestes, de deux des requestes, de la Tournelle et de la chambre de Tedict. Dans la grand'chambre, qu'on nomme aussi la chambre dorée, pour avoir esté lambrissée de culs de lampes dorez, par Louys XII, le Roy tient son lict de iustice avec ses pairs ; les conseillers et advocats y prestent le serment. Les Roy s estrangers y sont autrefois venus plaider leurs causes et soumettre une partie de leurs estats à l'autorité de cette auguste compagnie. La Tournelle connoist des crimes, et la chambre de l'edict est instituée pour ceux de nostre religion, où l'on treuve quantité de boutiques rangées aux deux costés, dont les marchands sont les plus rusés et les plus adroicts de toute la ville.
Le i4^. nous fusmes à la chambre des Comptes, qui est aussy dans Tenceinte du Palais, où nous vismes cinq grandes statues sur le devant : la Tempérance, qui tient une horloge et des lunettes à la main , avec cette devise : Mihi spreta voluptas : Je mesprise les voluptez. La Prudence, avec un miroir et x\n crible : Consiliis verum specuhr: Je contemple la vérité dans mes conseils. La Justice, tient une balance et une espée : Sua cuique ministro. Ia Force embrassant une tour d'une main, et serrant un serpent de Taulre : Me dolor atque melus fu^
giunt : Je chasse le regret et la crainte. Au milieu de ces quatre vertus, qui sont comme les quatre éléments du monde politique, paroist le Roy Louys XII avec les armes de France et la devise de ce prince qui est un porc-espic. Le reste de la chambre n'a rien qui mérite d'estre déchiffré.
Le i5*, le S' de Bellievre mourut au i3* iour de sa maladie, qui estoit une fiebvre continue, accompagnée d'une fluxion sur la poitrine (i). C'estoitun homme qui estoit au dessus de tous les employs qu'il a eus, et mesmede celuy de premier président en ce parlement, auquel il est mort. A peine avoitil atteint l'aage de vingt-cinq ans, qu'il fut ambassadeur pour le Roy en Italie et ensuite en Angleterre, et en dernier lieu en Hollande. Il est fort regretté de tout le monde, qui le va voir en foule dans son lict de parade, et elle a esté telle que six personnes y sont peries, par un malheur qui porta que les marches de l'escallier trop chargées de peuple s'enfoncèrent. Entre divers éloges qu'on â fait d'un si digue homme, en voicy un qui a passé pour fort bon :
Eloge de Monsieur le Premier Président.
« Ce iour, mourut Pompone de Rellievre, personnage illustre par sa naissance, considérable par sa dignité ; mais plus recommandable par ses vertus , r^retté de tous, parce que tous perdent
(4 } Nicolas Pompone de BelIièvre, seigneur de Grignon, né en 4 606. I( avait succédé à Mathieu Mole, en 4 654 .
en lui : TEstat un appuy fidelle, le peuple un juge équitable, la noblesse un prolecteur, le parlement un chef tres-habile, dont la modération courageuse et la iudicieuse fermeté rasseuroit les foibles, temperoit les plus hardis, sçavoit l'art de gaigner les cœurs et d'unir les esprits pour le bien public ; secourable aux affligés, d'accès facile aux plus inconnus , bienfaisant, ennemy des fraudes, seur à ses amis, inviolable en ses parolles, et splendide du sien sans envie pour celuy d'autrui ; que les grâces de la Cour ne pouvoient tenter; amy des plaisirs dans l'oisiveté, du travail dans les affaires ; d'un génie esgal aux plus grandes, et qui sçavoit s'abaisser aux moindres ; contraire aux violences et à l'oppression, comparable aux plus grands hommes par ses qualitez, mais singulier en cecy, que dans les conionctures l^s plus espineuzes, il accordoit des choses assez opposées : l'autorité du prince, l'utilité des particuliers et la dignité de sa compagnie ; respecté d'elle, chéri des peuples, estimé de la Cour, encore au milieu de son aage selon les années, mais non pas selon la gloire, dont la mesure estoit remplie, puisqu'il avoit acquis tous les vrays biens ; loué encore après sa mort des mesmes vertus dont il estoit loiié durant sa vie ; on Ta pleuré avant que de le perdre, on le pleure après l'avoir perdu, et Ton pourroit tomber dans des temps qu'on le pleureroit encore davantage, qui' nous renouvelleroient nos iustes regrets et qui ne nous permettroient pas de l'oublier, ^
Le i6*, le colonel Lockard, ambassadeur ordi-
naire d'Angleterre, fit son entrée en cette ville avec un grand cortège de carrosses, qui luyestoient allés au devant iusques à Saint-Denys. Nous receusmes sur 1% soir nos lettres, par lesquelles on nous chargeoit d*une commission, quiestoit de chercher des lustres de cristal pour madame de Beverweert.
Le 17*, après avoir fait nos lettres, nous courusmes toute la ville pour en treuver d'un prix commode, et entre autres nous en vismes un de 10,000 francs. Certes c'est une merveilleuse pièce, et qui asseurement n'eust iamais sa semblable en ce genre de bijoux et de bagatelles magnifiques.
Le i8*, Tabbé de Sautereau nous estant venu voir, pendant qu'on nous coupoit les cheveux , nous demanda si nous voulions aller au marché aux chevaux, où il vouloit tascher d'en vendre deux qui ont des fies aux pieds. Nous y vismes plus de trois mille chevaux, et c'est une chose prodigieuse qu'il y en ait tant, puisqu'il y a marché deux fois la sepmaine.
Nous apprismesànostre retour l'accident qui estoit arrivé à l'escuyer du comte de Lude ( i ) , qui fust tué d'un coup de pistolet par le fils d'un tailleur, qui avoit fait du desordre en une maison où cet escuyer estoit accouru pour l'empescher. Le Roy revenant de la campagne et passant par cette rué, y vist une si grande foule de monde, qu'à peine on la pouvoit fendre. Il fit demander ce que c'es-
{\) Henri do Daillon, comte de Lude, qui devint grand-maître de l'artillerie. 11 était un des amis de M"* de Sévigné qui raconte qu'il fut faitduc(en 4 675) pour le consoler de n'être pas nommé maréchal.
toit et ayant appris ce malheur, commanda à douze de ces mousquetaires de mettre pied à terre et de se sysir des advenues de la rué et de la maison, afin qu'on prist ce meurtrier qu'on treuva réfugié chez un pâtissier d'où il fut mené dans Fhostel de Lude pendant qu'on manda les sergeants pour le mener en prison.
Le 19®, nous fusmes au presche à Charenton, où nous entendismes un ministre de Fontainebleau, qui s'en acquita assez bien. L'apres-dinée nous rendismes visite au S' de Brasset, qui nous dit qu'il craignoit que le marquis de Castelnau avec toutes les autres troupes qu'il commandoit (qui faisoient environ 5,ooo hommes et qui estoient en marche pour secourir Saint-Guelain) ne vinssent trop tard, puisque les troupes de monsieur le Prince y estoient arrivées, qui avoient emporté par force une redoute de grande conséquence à l'attaque de laquelle le prince de Condé avoit eu un coup de mousquet au travers de son chappeau.
Le 20®, nous fusmes voir la Sainte-Chappelle, bastie par saint Louis ioignant le Palais afin que la pieté et la justice eussent un mesme temple, comme l'honneur et la vertu l'avoient autrefois chez les romains. Les architectes admirent la conduite du bastiment des deux chappelles, la basse et la haulte, soustenuês l'une sur l'autre par des colonnes qui. semblent faibles, et la prennent pour un ouvrage le plus hardy qui soit au-deça des monts. Elle a le nom de Sainte à cause des reliques des saincts qui y ont esté amassées du temps de saint Louys.
Le 21^, nous vismes le Grand-Chastelet, que Julien TApostaty gouverneur des Gaules fit bastir, et Philippe-Auguste rebastir pour estre le sicge ordinaire du prevost de Paris, chef de la justice et de la police de cette grande ville et de la vicomte, qui a sous luy trois lieutenants, le civil, le criminel et le particulier; un procureur, un advocat du Roy, grand nombre de conseillers, le conservateur des privilèges royaux de l'Université, les commissaires distribués par les seize quartiers de la ville, les greffiers, les notaires, les sergens à cheval et à verge, qui font tous le» ans une monstre magnifique le lendemain de la Trinité.
Le 22*, le S"" de Hauterive nous vint voir, qui demeura avec nous deux bonnes heures, ce qui nous empescha de sortir. Il nous dît que le S' de Comminges (i), gouverneur de Saumur,s'en alloit en ambassade en Portugal pour complimenter le nouveau Roy sur son advenement à la Couronne, et qu'on faisoit courir le bruict qu'il a ordre d'observer l'Infante qu'on propose de marier avec le Roy. Il nous apprit aussi que le S' de la Bachellerie, gouverneur de la Bastille, et le mareschalde la Mothe-Houdancourt estoient morts le soir auparavant.
Le 23*, les comtes de Lillebonne et de Brullon, qui avoient esté prendre en son logis le colonel Lockard, ambassadeur d'Angleterre, ramenèrent
(I) Gaston, comte de Comminges, capitaine des gardes delà reino Anne d'Autriche, mort en 4670.
daus les carrosses de leurs Maiestés au Louvre, et passant au milieu du régiment des Gardes et des Cent-Suisses, rangés en baye, il fut introduict à l'audience du Roy, dans la chambre de S. M., puis à celle de la Reine, où il reçeut tous les honneurs et toutes les marques possibles d'estime et de bienveillance envers son maistre. Nous reçeusmes aussi après la pourmenade nos lettres où il n'y avoit rien de remarquable.
Le :24% nous courusmes pour la première fois la bague, ce qui nous réussit si bien qu'en trois courses nous mismesdeux dedans. Anostre retour de l'académie nous escrivismes en nostre pays et y employasmes toute l'apres dinée.
Le 25^j le comte d'Oldenbourg nous vint dire adieu, estant sur le point de partir pour Bruxelles, en dessein de faire une campagne en Flandres. Il estoit obligé de prendre le parti espagnol, parce qu'il a du bien qui relevé du duché de Brabant. Il nous dit que le* lundy le S^ de Cbenailles avoit esté interrogé sur la sellette et avoit assez bien respondu et mieux qu'il n'avoit faict depuis qu'il estoit prisonnier ; mais qu'à la fin il s'estoit engagé si avant dans un discours qui servoit plus k le charger qu'à le iustifier. Aussi avoit-on desia commencé à opiner, et de seize iuges, il y en a douze qui le condamnoient à la mort et quatre à un bannissement perpétuel. Uestvray, que comme Jes ^stes de Pasqucs vont empescher qu'on ne travaille tout d'une suite à son procès, et qu'il n'y a rien de plus advantageux aux criminels que
de gaigner temps, son affaire pourra bien prendre une pente plus favorable pour luy.
Le :26* de mars, premier iour de sepmaine saincte, on ne monta pas en nostre académie à cause de la feste de Nostre-Datne, qui se devant rencontrer un dimanche, avoit esté remise au lundy, les prestres ne voulants pas avoir à faire tant de services en un iour. !Nous employasmes la matinéeàcontinuër nostre journal, pendant que le S*^ de Brunel alloit donner quelques nippes à Martinet, marchand françois de la H^ye, qui devoit partir le lendemain au matin. Nous chassasmes aussi notre cocher qui se souciant fort peu des resprimandes qu'on luy faisoit, retomboit tousiours aux mesmes fautes, car il estoit yvrogne, , malpropre, et n'avoit aucun soin ^e panser ses chevaux. Estants donc sans cocher, nous fusmes contraincts, pour ne pas perdre la belle iournée, de nous mettre dans le carrosse de nostre couzin, pour aller entendre le père Le Bon, prestre de rOratoire, dans la grande salle du Louvre, où le Roy assista avec toute sa Cour, C'est un des plus excellents et éloquents prédicateurs de tout Paris et qui débite ses pensées avec une si bonne grâce et admirable facilité, qu'il en est fort estimé ; on croit qu'il aura bientost un evesché. Nous treuvasmes le sermon commencé et après l'avoir ouy iusquesà la fin, nous allasmes voir M. l'ambassadeur de Hollande qui après avoir tenu quelque discours de la dernière guerre d'Angleterre, nous dit qu'on avoit donné une allarme au S^ Lockard,
ambassadeur du milord Protecteur. C'est qu'uu Anglois qui le fut treuver luy dit qu'on avoit entrepris de l'assassiner, et qu'il se tenoit obligé comme serviteur de la Republique de l'en advertir. Ces paroles n'estonnerent point cet ambassadeur qui sans s'émouvoir fist arrester cet homme pour l'examiner à loisir ; mais il n'attendist point qu'on le questionnast fort long temps et confessa librement qu'il n'y avoit rien de tout cela, mais qu'il avoit forgé cette nouvelle parce qu'estant pauvre et misérable, il pensoit tirer par là quelque argent pour sa subsistance. Nous y apprismes aussi la trahison d'un capitaine irlandois qui estant en garde à un fort devant S*-Guelain, le livra aux Espagnols, ce qui a de beaucoup avancé la prise de cette place.
Apres avoir demeuré quelques heures chez Son Excellence, nous fusmes chercher le S' Ficquefoord que nous ne treuvasmes pas, comme aussi le S*" de Servoskercke, qui ayant changé de hostellerie s'estoit logé dans la rue Saint-Martin, à la Fille de Bruxelles. Delà nous fusmes voir le S"" de la Bergerie, qui loge dans la mesme rué ; nous le treuvasmes avec sa femme, et nous y passasmes nostre soirée. C'est un homme qui a esté à monsieur le Prince, et au lieu de suivre les interests de son maistre, s'est marié assez richement.
Le 9.7% au matin, on donna arrest contre le S*" de Chenailles, par lequel il a esté condamné à un bannissement perpétuel avec confiscation de ses biens. Nous fusmes occupez toute l'apres disnée à faire empacqueter les bardes que nous devions en-
voyeravec celles du S*^ de Thou, qui faisoit emballer les siennes.
Le 28*^, le S*^ des Routes nous vint voir, et sortit ensuite avec le S' de Brunel, pour loiier la maison que nous avions marchandée si long temps, et en faire passer à mesme temps le transport ; mais ils ne peurent s'accorder avec l'homme du log^.Nous arrestames ce mesme iour un cocher, mais qui ne vint point, s'excusant sur ce que par malheur il s'estoit blessé à la iambe. Avant fait voir comme il se portoit, nous decouvrismes que c'estoit une imposture, et qu'il avoit esté débauché par nostre premier cocher qui luy avoit dit qu'il seroit trop gourmande par celuy de nostre couzin.LeS*^ Glezer nous vint voir l'apres disnée ; il devient fort grand et a assez profité ; mais il a un précepteur auprès de luy qui n'est qu'un fol et un vray pédant ; ie croy que s'il estoit en bonnes mains il rciissiroit mieux, car c'est un ieune éveillé et qui ne manque pas d'esprit. Pendant que nous faisions mettre les chevaux au carrosse, pour essayer nostre nouveau cocher, le S' Tassin nous treuva en nostre bassecourt; nous luy demandasnies s'il vouloit prendre part à la pourmenade, et fusmes ensemble au Luxembourg. Il nous dit que le parlement avoit arresté de dégrader le S' de Chenailles en pleine assemblée, ce qui se feroit après les festes. De pins qu'on avoit mis à la Bastille le S' Londy, capitaine de cavalerie et gendre du S' Ficquefoord. C'est un soldat de fortune qui, ne se voyant pas recompensé comme il croit le mériter, alloit se rendre à mon-
sieur le Prince et avoit esté pris entre le Gatelet et la Capelle. Nous receusmes ce mesme soir nos lettres, où on nous marquoit que le S** Stampton^ père de cette belle fille qui passe pour la merveille de nos quartiers, estoit mort; qu^on avoit donné la compagnie des gardes du fû Perscheval au S' d'Oosthoorn, et la charge du baillif de Tlsle de Voorn au père du conseiller Almonde.
Le ^29" , au matin , le S' Brasset nous vint voir, et nous demandant des nouvelles de nostre pais, nous luy communiquasmes celles que nous venions de recevoir. Il nous dit qu'on luiescrivoit qu'il y avoit eu brouillerie entre les Estats de Frise et le Prince Guillaume (r), et que le dernier estoit . sorli de l'assemblée en grande colère ; il ne nous put dire le suiet ni la cause de son mescontente-
(4) Le prince Guillaume de Nassau, gendre de ia princesse douairière d'Orange, était gouverneur des provinces de Frise et de Groningue. a La Frise, écrivait M. Chanut en 4655, est moins souple à la Hollande qu'aucune autre province ; comme elle se gouverne pour la plus part en démocratie et que les espritz y sont naturellement fiers et opiniastres, elle est quasi touiours occupée en ses propres affaires. Le gouverneur, M. le prince Guillaume, n*y a qu'une auctorité précaire qu'il maintient à peine entre les factions qui partagent les villes.... » {Mémoire secret rédigé par M. Clianut au retour de son ambassade.)
Le prince Guillaume est mentionné dans les instructions données à M. de Thou comme un des personnages les plus importants de son pays : « Il importe au service du Roy que l'ambassadeur entre le plus avant qu'il pourra dans la confidence avec M. le Prince Guillaume de Nassau, lequel a touiours montré inclination vers la France, et qui aydé de la fortune , pourroit s'eslever en grande auctorité. Il a des amis et des habitudes en toustes les provinces ; il prend seing d'estre instruict de tout ce qui se passe ; il est homme de grand cœur et par conséquent à hautes prétentions.... » (Instructions an mois de mars 4657.)
ment. L'apres disnée, estant iour de dévotion à cause de la $epmaine saincte, nous ne fismes aucune visite, mais nous nous allasmes pourmeoer au<k)ursy et passant par Çhaillot on nous dit qu^ii y avoit une fontaine d'eaux minérales (i) que les médecins ordonnent pour la pierre et la gravelle; la curiosité nous invita de l'aller voir et mesme d'en gouster ; elles ont le mesme goust que celles deSpa, et qui tient beaucoup deceluy des eauxqui passent par des mines de fer.
Le 3o*, nous fusmes à Charenton pour entendre la préparation à la sainte Cène, qui nous fut preschée par un ministre de Fontainebleau ; il faisait un froid incroyable. Nous revinsmes disner à Paris, et des que nous fusmes à l'hauberge, nous y apprismes le départ du colonel Balthasar et celuy de son beau frère le baron de Montarnaud, son lieutenant' colonel, qui estoient tous deux personnes de bon sens et de cœur, et nous avoient tousiours tesmoigné beaucoup d'affection. I^ cardinal a envoyé le colonel en Allemagne pour faire une levée de 2,000 chevaux; il les doit commander en place du régiment qu'il avoit, que monsieur le cardinal a acheté et luy en a donné 10,000 escus; mais il les a bien retirés, ayant vendu quatre compagnies de ce régiment au marquis de Vivonne 6,000 escus , et les quatre autres à quelqu'un qui ne luy en aura pas moins
(4) Il s'agit évidemment des sources ferrugineuses sulfatées de Passy, situées entre Çhaillot et Auteuil, qui jouissent encore aujourd'hui d'une certaine réputation.
dooné. Nous employasines Tapres disnée à foire nos lettres.
Le 3i^, nous demeurasmes toute la iournée au logis parce qu'il faisoit mauvais temps, et nous nous preparasmes à faire la sainte Cène, en lisant dans la Pratique de Piété les beaux chapitres qui y sont sur cette matière.
Le I d'avril, nous participasmes à la sainte Gène à Charenton, et nous y demeurasmes toute la iournée sans boireni manger. On fait la cérémonie d'une autre façon qu'en nos quartiers, car on communie debout, pendant que le chantre de l'église list dans la Bible les endroicts qui sont propres à cette saincte action, et qu'il fait chanter des Pseaumes qui y reviennent. H y a aussi deux tables et deux ministres, car il y a grand nombre de communiants. Tout est néanmoins si bien disposé, qu'il n'y arrive ni embarras ni desordre.
Le :î^, qui estoit le lendemain de Pasques, nous fusmes à Charenton avec monsieur le Rhingrave et le S** Gillier, qui nous avoient fait demander le soir auparavant place en nostre carrosse. Nous y entendismes le S' Drelincourt qui fit un fort bon presche, mais il a la voix si cassée et la langue si grasse qu'on diroit qu'il ne fait que bredouiller (i).
On y benist trois mariages : les fiancées estoient
(4) PrédicatODr protestant, né à Sedan en 4595^ mort en 4669; auteur de plusieurs ouvrages de piété. Il avait acquis une certaine célébrité par ses prédications, quoiqu'il eût, suivant l'expression de Tallemant, c la langue naturellement empêtrée. »
menées chacune par un homme, et accompaguées de quantité de ieunes filles fort parées et adiustées: il n'y en a pas une qui n'ait un bouquet de fleurs; elles passent toutes devant celle qui doit espouser, qui se lient debout faisant une révérence à chacune. Elles sortent ensuiite du parquet. La fille à marier, ppur marque de Testât auquel elle est, porte îcy une petite fleur blanche de jasmin ou d'oranger, qui est attachée au milieu de sa coèffure. C'est tout ce que nous avons pu y remarquer de particulier.
Nous revinsmes disner à Paris. L'apres disnée nous fusmes à la pourmenade, et voyants que les carrosses dcfiloiont du costé du Cours, nous les suivismes, nous doutants bien que le Roy y devoist estre. C'est un ouvrage de Marie de Medicis, qui l'a fait faire pour augmenter la beauté de Paris, car on y voit quatre rangées d'arbre» de ]6oo pas de longueur, qui font trois belles allées, dont celle du milieu est la plus large. Il est enceint d'un grand fossé qui, du costé de la rivière, est encore soustenu d'une muraille qui n'est pas plus haute que le terroir, afin que la veuë n'en soit point bornée, et que de la portière du carrosse on voye la Seine, le Pré-aux- Clercs et la plaine Grenelle. On y entre par une grande porte cochere qui est treillissée et gardée par un portier qui a sa petite maison tout auprès. Au milieu il y a un grand cercle,' auquel toutes les allées aboutissent, afin qu'on puisse tourner sans faire de desordre au Cours en défilant. Au bout on treuve aussi une grande porte de mesme que celle de l'entrée. Mais n'y treuvant pas S. M.^
nous passâmes outre par Chaillot et le bois de Boulogne qui est assez grand et planté de chesnes : il a esté renommé parce que c'estoit le lieu ordinaire où la noblesse se battoit en duel : il y est fort propre ayant quantité de recoins etd'endroicts escartés. Nous mismes pied à terre au grand carrefour, au milieu duquel on voit une croix érigée de pierre de taille, et nous nous pourmenasmes iusques à Madrit, qui est ce chasteau royal qui y fust basty par le Roy François I, sur le modèle de eeluy où il fut prisonnier à Madrit en Espagne après la funeste iournée dePavie. Il est tout-à-fait abandonné, et c'est dommage, car c'estoit un fort bel ouvrage : il semble estre fait de marqueterie y ayant en plusieurs endroicts des quarreaux et du piastre vernissé et relevé en bosse ; mais estant exposé à Tin-^ iure du temps, le vent et la pluye gastent tout et font tout tomber.
Nous demandasmesàunbommesi le Royn'estoit pas passé, qui nous ditqu'ouy et nous monstra up endroictoù il faisoit faire l'exercice à ses mousquetaires dans un pré à costé du port de Neully, qui est un village sur le bord de la Seine à une demilieuë de ce chasteau. Nousy allasmesetleur vismes faire quelques descharges, ayant tousiours le Roy k la teste qui les commandoit. C'est un bi'ave prince, bien fait et très-grand pour son âge ; il avoit un justaucorps de veloux noir avec des, boutons de soye, par dessus lequel il portoit un baudrier de maroquin noir sans frange, afin de servir d'exemple à tous eeux de son royaume, qu'il veut porter à
moins de despense en hal)its. Il en partit à six heures du soir^ ayant envoyé devant ses mousquetaires, et après eux ses chevaux-Iegers et gardes da corps. Nous en revinsmes aussi etarrivasmes à sept heures à Paris après avoir fait une fort belle pourmenade.
Le 3'y nous allasmes pour rendre visite à madamoiselle Brasset, et ne l'ayant pas treuvée, nous fismes demander à son frère s'il vouloit estre de la pourmenade, ce qu'il accepta et nous obligea d'aller au Luxembourg où après avoir eu grande peine d'entrer, parce que la grande porte est tousiours fermée les iours de feste afin que les courteaux de boutiques n'y accourent en foule, nous fismes un tour dans le iardin où n'ayants pas rencontré grand monde, nous fusmes au Cours : la foule y estoit grande, parce que le Roy el toute la cour y estoit. Il y arriva un accident au carrosse de madame de Mony qui y avoit trois autres dames et un gentilhomme : le cocher voulant tourner son carrosse et pensant gagner la file des autres, accrocha par malheur sa roué à la cuilliere d'un autre, ce qui fit renverser le sien et paroistre l'habileté de ces femmes à couvrir leurs fesses ; elles se relevèrent bien viste et ne se firent aucun mal.
Le 4''9 nous avions fait dessein de faire quelques visites, mais n'ayant treuvé personne au logis, à cause que ^tout le monde estoit encore en dévotion et que c'estoit un reste de feste, nous nous fusmes divertir au Luxembourg et aux Thuilleries, et de là nous pourmener au Cours où du commencement il y avoit fort peu de carrosses. Mais des que le
Roy et Monsieur son frère y arrivèrent, le nombre s^accreut de telle sorte qu'en un moment on en compta plus de deux mille.
Le 5*, ayant appris l'arrivée du S' du Theil, nostre couzin, qui nous estoit venu chercher le matin pendant que nous estions à l'académie, nous luy rendismes visite Tapres disnée. Il nous dit le suiet de son voyage, et le dessein qu'il avoit de se mettre en possession de ses biens qui sont dans la Bourgogne, dont le S** de Veaux, qui a espousé une de ses tantes, iouït depuis long-temps. Nous eusmes une plaisante rencontre et cela par la bestise de nos laquais, dont la principale cause venoit de celuy de nostre couzin de Speyck, à qui le S' du Theil s'estoit adressé en nostre absence pour nous dire son logis. C'est qu'il y a deux hostelleries de mesme enseigne, mais en diverses rues. Ce laquais n'ayant pas bien retenu le nom de la rue où est celle où il estoit logé, prit l'une pour l'autre : on y fit d'abord demander le S' du Theil, et nos laquais ne s'estant pas bien expliqués, on nous fit descendre le fils du président d'Edel. Nousfusmes fort eslonnés, et d'abord nous ne nous pouvions imaginer ce subit changement dans une personne que nous avions veuë bien différente de celle à qui nous parlions ; ce qui aida à nous tromper estoit qu'il portoit la perruque, que nous creusmes estre la cause de ce grand changement que nous y remarquions; mais luy ayant enfin parlé et remarqué son grand nez aquilin, nous recognusmes nostre méprise. Il nous voulust obliger d'entrer en sa chambre, mais
l'en ayant remercié sur ce qu'il faisoit trop beau temps pour se renfermer, et qu'il seroit dommage de n'en pas profiter pour la pourmenade, nous quittasmes ainsi nostre homme qui estoit étonné comme un fondeur de cloches, et remontants en carrosse, nous fusmes chercher nostre couzin que nous treuvasmes avec un sien parent qui se nomme Wotenhoven.
Nous n'y fusmes pas long-temps, ayants le dessein de voir madame Roger (i). Apres qu'elle nous eust entretenu d'un procez qu'elle a, il y survint un gentilhomme qui nous fit changer de discours et nous donna occasion de nous retirer et de chercher deux ou trois gentilshommes du mesme quartier, que nous ne treuvasmes pas, ce qui nous obligea à gagner le fauxbourg pour demander madame de Saint-Armand ; mais voyant que le carrosse d'un de ses parents, homme d'affaires, estoit à sa porte, nous n'y voulusmes pas entrer de peur de les détourner de leurs occupations qui sans doute regardoient leurs interests.
Comme nous nous treuvasmes proche des Chartreux, nous y fusmes faire un tour. Saint Louysles retira de Gentilly où ils estoient, pour les loger dans l'Hos tel -Royal où ils sont à présent. On y entre par une grande allée qui aboutit à une porta cochere,
(4) Elle figure dans les Historiettes delallemant qui lui a consacré un chapitre ; fille d'un gentilhomme d'entre la Lorraine et le Liég6^ de bonne maison^ mais pauvre, elle épousa un nommé Roger, fils d'un riche orfèvre de Paris. Elle avait, d'après Tallemant, un grand dédain pour la bourgeoisie, parlait sans cesse de la noblesse de sa maison, et faisait partout des dettes.
par laquelle on passe dans une basse court; l'ayant traversée, nous visnies les cellules qui sont distinguées par lettres alphabétiques, et ioinctes l'uoe à Taulre; elles font lin grand quarré, qui a une galerie couverte et percée sur une place qui leur sert de cimetière. Nous y demandasmes celle d'un certain chartreux nommé dom Charles que nous n'y treuvasmes pas. En nous retirant, nous passasmes une autre galerie lambrissée, vitrée et peinte, où sont représentées toutes les principales actions et l'histoire de la vie de saint Bruno, avec l'explication en vers latins. Apres estre sortis du couvent, nous fusmes voir le Clos^ dont la porte est dans la basse court; c'est une grande pièce de terre où il y a à costé des murailles de longues allées pour la pourmenade des religieux. Il est semé de bled pour le couvent, et ils en tirent toutes leurs herbes ; on y void quantité d'arbres fruictiers et quelques petites chapelles dédiées à leur patron saint Bruno. Il est entouré d'une très-haute muraille, ce qui le rend plus considérable, puisqu'il est pour le moins de 20 ou 3o arpens de terre. Enfin c'est un des plus beaux cloistres de Paris, pour la situation et pour le bastiment. Il n'y a point d'ordre si rude ni austère que celuy-cy, puisqu'on est obligé de ne manger iamais de la viande, et de ne se parler que certains iours de la sepmaine. Mais ostez cela, ils passent fort doucement la vie, estant très-bien servis, car chacun a son valet, son apartement où il y a trois chambres, l'une pour estudier où est sa bibliothèque, l'autre pour coucher et la troisiesiae
pour recevoir ses amis, et son fietit iardin où il peut planter ce qu'il veut et le cultiver à sa mode.
Nous receusmes sur le soir nos lettres, par lesquelles on nous marquoit que monsieur de Brederoode (i) estoit sur le poinct de partir pour venir ici, en intention d'y faire la campagne.
Le 6®, après avoir respondu à nos lettres, nous allasmes aux Petits- Augustins pour parler à un père nommé Valerien, qui donne de l'eau de fontaine dans laquelle il verse un peu d'esprit d'une certaine composition , qui la rend comme minérale. On dit qu'il en guérit toutes sortes de maladies ; beaucoup de personnes s'en sont bien trouvées, et quelques autres n'en ont eu aucun soulagement.il nous fit entrer dans sa pharmacopée, laquelle estoit gentiment peinte etdorée et fort proprement rangée. EUea ses fenestres sur le iardin ducloistrequi n'est pas grand, mais fort bien troussé et accompagné de basses bayes qui y forment quelques allées. Il nous montra dans sa chambre divers squelettes, et entre autres de deux petits enfants, dont l'un estoit couvert de sa peau, lequel estoit enfermé dans une bouteille pleined'eau. Apres avoir fait un petit discours sur l'anatomie et la médecine, il nous dit qu'il avoit abandonné tout cela, en s'attachant seulement à deux secrets qu'il prise par dessus tout ce
(1) Fils du maréchal-de-camp géoéral, mort en 4655, qui a estoit, dit M. Chanut, un seigneur de la meilleure naissance du païs et prétendant mesme d'estre isâu des comtes de Hollande, allié au defuncl prince d'Orange Frederic-Henry. » Il était propriétaire en France d'un régiment que son père avait levé et équipé à ses frais.
ÂVAIL U57. 409
qu'on a iamais inventé pour le bien du corps. II ne nous entretint point de ces deux secrets, mais nous comprJsmes bien que le premier et le principal estoit celuj de son eau.
Le 7*, comme nous estions prests à monter en carrosse pour aller treuver nostre couzinduTheil, il nous prévint et nous pria de le mener chez le S'Tassin, pour lequel il avoit une lettre de recom. mandation, afin qu'il luy donnast quelques advis sur ses affaires. C'est un advocat qui ne manque pas d'esprit. Il n'y a pas long-temps qu'il est revenu de Hollande où il estoitallé recueillir la succession du S"" Dalone son frère, qui y avoit esté tué en duel par un suédois nommé le baron Spar. Il dressa un mémoire de toutes les prétentions de nostre couzin et luy dit de la façon qu'il faudroit qu'il agist, et qu'il le laissast faire et s'enquérir de tout, avant qu'il decouvrist à son oncle qu'il estoit icy. Nous allasmes de là chez le S*" de Beauieu, parent du S"" de Brunel. Il est de Bourgogne et cognoist toutes les personnes qui luy retiennent son patrimoine, n'ayant sa maison qu'à quatre lieues de là. Il luy promit toute sorte d'assistance, et mesme, en attendant qu'on s'en informast, il luy offrit sa maison avec toute sorte de civilité et de courtoisie.
Le 8% nous fusmes au presche chez nostre ambassadeur, avec nostre couzin du Theil, où nous entendismes un certain Allemand qui fist assez bien.
On nous y dit que le Roy avoit fait arrester tous les vaisseaux hollandais qui estoient en ses ports, parce que le S' de Ruyter avoit pris dans la mer
Afediterranée deux des siens, commandés par le chevalier de la Lande, et que le Roy en estoitsi fort offensé qu'il demandait qu'on luy livrast nostre commandeur de Ruyter et qu'on luy restituast ses deux vaisseaux, avant qu'on traitast d'aucun accommodement (i). On aioustoit que dès qu'on auroit la Lande, on luy feroit son procez pour avoir rendu les vaisseaux de S. M. sans tirer un coup de canon. Apres cet entretien avec son Excellence, nous nous en revinsmes au logis et y retinsmes nostre couzin à disner. Nous employasmes le reste de la iournée a la pourmenade et à luy faire voir le Palais Royal, lesThuilleries et leCours. Comme nous fusmes retirés, le S' Tassin nous vint voir pour nous dire cequ'il avoit appris de son affaire, et qu'il s'en estoit si bien informé, qu'il connoissoit à présent toutes les personnes à qui il devoit avoir à faire, et le bien qu'elles luy delenoient ; mais qu'il ne falloit pas se précipiter, ni mesme s'en ouvrir à aucun, iusques à cequ'il fust de retour de son voyage qui neseroit que de cinq ou six jours.
Le 9®, nous treuvants auprès de l'Isle Nostre- Dame (2), qui est toute remplie de belles maisons,
(4 ) En représailles do la capture de navires hollandais ayant à bord des marchandises espagnoles, l'amiral Riiyler s'était emparé de deux bâtiments de la marine royale, et en avait rendu un, après avoir abandonné Téquipage sur une plage d'Espagne. Ce procédé inouï avait fort indigné le roi, et M. de Thou, qui eut à traiter cette affaire en arrivant à son poste, avait d'abord reçu l'ordre de demander que Ruyter fût puni de mort ; mais on renonça à former cette demande sur les observations de l'ambassadeur. (Correspondance de M. de Thou avec le ministre.)
(3) Appelée depuis Vile Saint-Lotùs,
nous fusmes voir celle du président Bretonvillier , dont on nous avoit tant parlé ; et certes il faut advouer que pour celle d'un particulier elle est magnifique tant en sa structure qui est merveilleuse qu'en la richesse des meubles, qui est plus que royale. Passant donques par une grande basse court, nous entrasmes dans une belle salle dont la cheminée est relevée en bosse et fort dorée. Elle estoit tapissée d'une hautelisse à pots de fleurs fort bien représentez. Le grand degré est fort large et bien esclairé, et en ayant monté quelques marches, on uous fit entrer dans un apartement superbement meublé. Il est certain qu'il y a des Roy s dans l'Europe qui n'en ont point de si beaux. D'abord nous treuvasmes une antichambre où la dorure et la peinture estoient estalées à la perfection, et afin qu'il n'y manquast rien la tapisserie qui l'entournoit estoit très-fine et très-bien travaillée. Nouspassasmes ensuite dans une chambre très-bien proportionnée, et ornée de beaux miroirs et garnie d'un riche meuble de la Savonerie et d'un beau lict. De là on nous conduisit dans une autre chambre encore plus superbe, et où il y avoit un meuble de veloux cramoisi à fleurs à fond d'or, et on nous fit voir au bout un cabinet tout peint et doré. A l'un des costés, il y a un balcon qui regarde sur un bras de la rivière et d'où la veuë est merveilleusement belle. En repassant par toutes ces chambres, nous allasmes à une grande galerie qui finit par un balcon, beaucoup plus grand que celuy qui est au bout du cabinet, et dont la veué est encore plus
belle car il est placé iustementàla teste de Tlsle (i): la galerie est large et longue, mais n'a encore point ses ornements de peinture et de dorure.
Le 10% nous fusmesau iardin du Roy du faux* bonrg saint Victor, qui sert aux escholiers en médecine pour y aller estudier les plantes. Il est fort grand et très-bien placé : il aboutit à une belle prairie et on y respire un tres-bon air et qui en rend la pourmenade agréable. U y a une fontaine qui se descharge par un petit canal de pierre de taille dans un creux qui est entouré de cyprès, où on treuve les aquatiques, et sert aussi pour arrouser les autres plantes. Au milieu du iardin, on void un cilindre qui marque en tout temps les heures, demy heures et quarts d'heures. Il a esté donné parles fondateurs de ce iardin qui a esté commencé en Tan i633 (2), comme Tinscription du piédestal de ce quadran le
(4) Tallemant dit, en parlant de l'hôtel Bretonvilliers, que c'est « après le sérail*, le bâtiment du monde le mieux situé. » — Bretonviliierg, qui avait été receveur général des finances à Limoges, puis secrétaire du conseil, était un des plus riches financiers de son temps ; a je ne crois pas, ajoute Tallemant, qu'on puisse gagner légitimement 600,000 livres de rente, comme on dit qu'il avoit. »
(2) L'idée première de ce bel établissement appartient à Guy de la Brosse, très-savant dans l'étude des plantes et médecin ordinaire de Louis XIIL Ce ne fut qu'après avoir lutté pendant plusieurs années contre les plus grandes difficultés qu'il parvint à mettre son projet à exécution avec le concours de Bouvard , premier médecin de S. M., et avec l'aide du surintendant Bullion.— Un édit du roi de 4635 reconnut la fondation due à cette initiative privée, et Guy de La Brosse appelé aux fonctions d'intendant et de professeur y enseigna le premier la botanique. Le jardin du Roi fut ouvert au public en 4640. — De la Brosse mourut en 4644.
* La pointe du Séî'ail, à Femboachure du Bosphore, oii les souverains de Turquie avaient alors leur résidence.
tesmoigoe. En^entrant, vous avez à gauche une limace par où oD moQte autour d'une colKne, et. • qui vous mené insensiblement, par des allées qui sont faites de hayes de trois piedsde hauteur entrelassées de cyprès à la distance d'une dtmie toise, à une petite platte-fornae qui est fort haute, d'où on découvre presque toute la ville, et Fou a une tresagreable veuë de la campagne et principalement d'un petit bois qui est ioinct au iardin. Tout cecy est fermé à clefs qui sont gardées par le premier médecin du Roy, nommé le S' Vallot, qui y vient deux fois par iour, le matin et le soir, examiner les herbes. Nous vismes à la sortie un laboratoire auquel nous n'avions pas pris garde en entrant. C'est là que Ton distille toutes sortes d'eaux médicinales ^ et qu'on tire les esprits des minéraux et des métaux des alambics posés sur des fourneaux, qui y sont engrande quantité et de diverses façons.
Nous fusmes aussy à l'Abbaye (i) pour en voir la bibliothèque ; mais on ne put pas nous la monstrer, ^ le Père qui en a les clefs estant allé en ville.
Nous receusmes nos lettres sur le soir, qui nous apprirent que le S'"de Sterrenburg e&toit de dessein de voyager pour se consoler de son veufvage, et qu'il vouloit faire un tour en France et passer ensuite en Italie.
Le 1 1®, nous employasmes toute l'apres disnée à faire des visites d'hommes estant bien iuste que nous les rendissions à ceux qui nous avoieot faict
(4) L*abbaye Saint- Victor.
Hè VOTA&B A PARIS.
rhonneur de noiis venir vdir.Nous commençasmes par moMieur le Rhingrave, qtii nous dit qu'il y auroit grand festin chez le S*" de la Basiniere, où le Roy et toute la G>ur se treuveroient, et qu'après le souper il y anrort bal et comédie ; mais qu'il estoit kicertain du iour que cela se devoit faire^ et que quand il Tauroit appris, il nous en advertiroit afin que nous pussions voir cette grande magnificence. L'ayants remercié de l'honneur qu'il nous faiaoitety ayants esté assez longtemps, nous allasmes chez le S" Brasset qui nous dit que la Cour estoit tcMit à fait en colère contre messieurs les Estats de Hollande, de ce que de Ruy ter avoit pris les dieux vaisseaux que commaudoit le chevalier de la Lande^ et qu'on en avoit à craindre quelque rupture entre cette Couronne et nostre republique, si l'on n'en donnoît une prompte satisfaction ; que pour l'obtenir, le Roy avoit faictar rester tous nos vaisseaux qui estoient en ses ports et sattîr tous les effects de nos marchands, et mettre le scellé sur tout ce qui appartenait aux Hbllandois, et faict défendre à tous ms negotiaiTts de payer aucune lettre de change^ au nom et au pro&t des nostres. Cela nous obligea d'aller chez nostre ambassadeur pour en estre mieux esclaircys, qui nous dit la mesme chose et nous fit de grandes plaintes de ce qu'estant icy ambassadeur et personne à qui on se devoit adiLresser des qu'il y avoit quelque diose qui concemoit ses maistrts, on ne luy en avoit pas fait dire un .mol; que si les ministres du Roy s'estoient addressés à luy, sans passer d'abord à des ressenti-
ATRtt ê^êr. 446
DfientSy il dUi*oit pu y apporter remède ; mais que J *
si Ton vouloit en U8«if de la^ sorte, il u'avoit rien à •
faire icy.
Pendant que nous estions sur ce dibaj^ups, oo luy vint dire qu'il aiuroil attd&etice Te lendemain i cinq heures âpre» midy, ce qui fit qu'il nous pria ' <- * de luy ▼ouloîr fctre l'honneur de l'y accompagner. Nous ne nous en excusasmesp^^, considérant qutt ce n'èstoit pas tant à luy q«ie nous ren<lk)ns ce devoir qu'à nostre Estât.
Le la^y au matin, nous fusmes voir le S!" di^ Schombei^ ( i ) , que nous treuvasmes encote au lict, incommodé d'un rhume.Ils'enquit ibrt 4e la santé ^ de nos père et mère, et nous pria de les assenrer tous deux âe ses services. Il nous demandai par quelle voye ow pourroit faire venir de nostre pais^ désarmes à Te^^euve et une peau d'élan. Il sQuhaitoit de les avoir au plustot pour s'en servir oeMe campagne qu'il dévoit faire, en qualité de lieutenant gênerai. Cette boBue nouvelle nous surprit avec ioye, à caisise d« bruict qu'on avoit fait courir , qu'il estôit fort mal en Cour, et qu'on l'accusoît ^ d'avoir tres-mal défendu sa place. Nous comprismes
(1) Ârmand^Frédéric comte de Schomberg^ qui fut fait marécbal «
en 4675, on même temps que MM. dâ Luxembourg, Duras, La Feuillade, d'Estrades, Navsâiles, Vivonne et de RocheforC... a En voilà huit bien comptés, écrivait M°* de Sévigné... ; le Grand- Maître était au désespoir ; on Fa fiait duo, mais que lui donne c«tte dignité f i> (Voir plus haut, p. ta.)
Le marchai de Schomberg, qui était protestant et qui croyait avmr à se plaindre de la cour, se retira en 4685 du service de la France pour pa«er à celui de l'électeur de Brandebourg. Plus tard ïï entra au serriceîÊQb &uiliatiine U\, qu'il suivit en Angleterre.
aussy par ses discours, que la malice de celuy qui ftvoit se^;vy de lieutenant de Roy dans Sain t-Guilain, qui estoit son accusateur, avoit esté reconnue par les mare^chaux de France devant lesquels l'affaire iivoit esté portée, et qui Tavoient absous et reconnu qu'il a¥oit fait tout ce qu'un hoaime- d'honneur pouYoit faire. De la on infère qu'ilsera recompensé d'un nouveau gouvernement.
n est fort attaché à la Cour angloise, c'est poiirquoy on luy a donné logement au Palais Royal, au dessous de la belle galerie que nous vismes en sortant de sa chambre. Elle est fort grande et richement lambrissée et dorée, bien que les Anglois y ayent fait un grand degast, qui ne leur a pas beaucoup profilé, .car pour avoir cinq sols d'or ils ont gasté des endroicts qu'on ne sçauroit refaire pour quatre pistoles, et plus est leur avarice et leur avitd^éles a poussés à un tel point que ne se contentants de ce qu'ils enlevoient les dorures relevées en bosse, ils ont cassé les vitres pour avoirie plomb (i). La galerie est garniedes portraitsde tous les hommes illustres de France avec leurs devises et leurs beaux faits. Ils sont séparés par des statues de marbre et d'albastre des plus fameux capitaines romains qu'ils ont imités. Tout cecy est tres-mal entretenu ; c'est pourquoy on peut dire avec iuste raison que les
(4) L& Palais-Royal, comme on Ta vu plus haut (page 73), avait été affecté à la résidence de la rein* d'Angleterre ; on voil^ par ce que rapportent ici les voyageurs, qœ^les serviteurs de Tauguste ré-' fiigiée avaient étrangement abusé de cette hospitalité. — On lit dans le journal d'Olivier d*Ormesson que la reine d'Angleterre recevait delà Cour de Frao^une pen^n de 4,|!Q0.fr. par jour.
François sont ' bons pour entreprendre de belles choses, et mefsme pour les achever, mais qn'il fandroît des HoUandois pour les entretenir.
L^apres disnée lious nous rendismes chez nostre ambassadeur environ les quatre heures, et en estant partis un peu avant cinq, nous fusmes environ une demi heure à la chambre du repos. Le Roy cependant estoit au ieu de paume, où il achevoit une partie qu'il avoit commencée. Il ne fut pas re* tournéen son apartement que le comte de BruUon, introducteur des ambassadeurs , vint prendre le nostre qui ayant esté mené devant le Roy, y commença iin discours en vray pensionaire d'Amsterdam. Le Roy estoit sur son siège, ayant à sa gauche le duc d'Aniou (i), et à sa droite le duc d'Orléans, qui estoit arrivé ce iour-Ià, et monsieur le cardinal. Il y avoit une horrible foule de seigneurs qui en* tournoient le Roy : à peine put-elle se fendre pour laisser passer l'ambassadeur.
Nous nous treuvasmes si près que nous entendismes tout ce qu'il dit. Il commença par un narré assez long et mal conduict des pyrateries que las François avoient exercées sur nos marchands, accusant le gouvernement et traitant une matière de peu de saison. Le Cardinal Tinterrompit trois ou quatre fois, et luy dit entre autres que sa haraogue n'estoit pas une déclaration des interests de ses maïs-
(4) Philippe, ddc d'ÂDJou, frère de Louis XIV, né en 4640, mort en 4761. On l'appelait alors le Petit Monsiem: il prit le titre de duc d'Orléans à la mort de Gaston, frère de Louis XIII^ dont il est ici question. i
V0TMH3 A4»AJtIS.
très, mais une declansnation. Ënfia'il n'est pohit proprâ|R)ur cette Cour, €t certes il d 'a «fa* qu'aigrir les affaires par son procédé qui a esté par trop précipité, n'ayant point d'ordre 4e ses supérieurs, et ndus pourrions nous brouiller avec cette couroitee, si l'oB ne satisfait de la frasque que luy a Mte de Ruyter en ve&dant ses vaisseaux k l'es* pagDol, et si Ton ne rappelé cet Ji^mme qui n'^est auUement agréable* Aussydit^on hautement ^l'on ne liiy donnerait plus d'audience. Apres qu'il eust parlé , M que le Roy luy eiist dit quHl ne surseeroit point les procédures contre les vaisseaux hollandois , qtie messieurs les Estats n'eusseat satkfait monsieur de Tbou qu'il leur envoyoit, il se retira; at demandant s*il ne pouvoit obtenir rien ée plus : « Rien, dit ie Roy, aUés, allés. » Le Cardmal ayant avancé avec luy iitsques à la poste, luy dit: « ianaais ambassadeur n'a parié si haut dans cette Cour, et vous pourriez vous en repmitir. » Ensuite il dit bas au comte de Brullon : (c dîtes luy qu'il ne parle pas si hautementàla Reyne; c'est un eiM{ittn, ie le connois bien. » Cependant il gaigna nn dagné denobé et fut dire à ia Reyne de ne le pas esc4nufter : tdlementque des qu'il vint à«a cbaaabre, la tteyne s'advança jpour luy dire qu'il n'Mtok pas besoin qu'il Ixkj parlast, et qii'eUesçavoit tout ce qu'il avoit dit au Roy, et le coagedia assez mal. Enfin le bonheur et le malheur dependeot soutient dTun habille ambassadeur, et certainement il en faut icf un de naissance et qui ayst l'esprit souple, ou bien il y servira de peu.
iCVBIL 4 667.
Xe 1 3*, après avoir employé la.matinée à Tacademie, nous passasmes Tapres disnéo à filtre nos lellves.
Le 1 4** j nous remlismes TÎsite au S' Brasset, |»oiir nous informer un peu des sentiments de la Cour touchant la dcmiepe audience de nostre ambassadeur, il nous dit la ^mesme t^hose que nous avions entendue au Loovre, et de phts qu'ayant en\pyé * flOfi fils pour le complimenter de ce qu'il ne lepou- Toit pas voir en une paréflle conioncture sans se rendre svspect à la Cour, mais qu'il ne laissoit pas de luy-Cfiitre affectionné et à nostre Estât, et qu'il ne manqueroit pas dépasser de bons offices pour l'un et pour l'autre auprès des ministres , il respondit à sa dvilité fort incivilement, disant que tous eeux qui le viétodroient voir seroient les bien venus, et que «i Ton n'y venoit pas il s'en soucioit fort peu .
Le i5**, Tiens fusmes àCharenton, et en revenant les mains de devant du carrosse manquèrent, ce qm en fk renverser le coffre tout d'un costé. Le cocher ne s'appercevânt pas de nostre clRite, à cause que le tBftin du carrosse rouloit tousiours, avança encovecinqou six pas avanrt qu'ii le sçeul ; mais en nmns entendant crier de toutes dos ifomes par bonheur il s'arredta. Le S' de Branel et un de nous aul^^s «stoient nistoment à 3a portière du «oostéque le «carrosse ipersa, «tais grâces Dieu îAs n'eurent qu'un peu les iambes escorchécs bien que la roué passftst sijir celles du S^ de Bruad. La peur ayant esté plus ^nde que le Btail, nous oomaœnçasmes àrire, les voyanft adîustés tie la plus plaisaiMe âiçon *
4fi monde^'car ils s'estoient couverte de boue depuis la teste iusques aux pieds, par l'effort qu'ils aVoient faict pdur se' tirer de dessous le carrosse et du beau milieu du ruisseau de la rue de la Ferrou-
. nerie où cet accident nous arriva.
Le i6*, nous fusmes voirie S*" deGillier, et trouvant la iournée très belle pour la pourmenade,
» nous le disposasmes à prendre sa part de celle de l'Arsenal ; mais avant.qucd'y entrer, nous rencoutrasmes le carrosse de l'ambassadeur de Hollande devant la porte des Celestins. Nous en avions veu l'église quelque temps auparavant qui est fort iolie, aussi bien que la chapelle où sont enterrez les ducs ■ d'Orléans : leur tombe est superbe et il y a de plus trois colonnes de marbre et d'albastre, merveilleusement bien taillées, au-dessus desquelles il y a des vases de bronze où sont les cœurs des Roy s Henri H et François H, et d'Anne de Montmorency, connestibie de France. Nous en vismes par cette occasion le jardin, car l'y estant allés ioindre nous nous y
. pourmenasmes avec luy. Il est sur le derrière du coûtent. On treuve d'abord des berceaux de vignes et ensuite de grandes allées de hêtres qui sont fort bien entretenues et tondues avec soin . Apres y avoir &ict quelques tours, le père prieur vint faire le compliment de la part du couvent à son Excellence, et luy offrit la disposition entière de tout. ce qui estoit en leur pouvoir. Il nous instruisit de toutes les beautez des fleurs qu'on y void en quelques petite iardins qui sont affectés au diverlkeement des
.- pere^ les plus estimés parmy eux et qui aiment le
plus à cultiver la terre. Du costé droit en entrant il y en a un qui est tout à fait propre et ioly ; on y voit quantité de petites grottes accompagnées de quelques statues de bois, et de fontaines artificielles que le père à qui appartient ce petit iardin fait iouêr, et il nous en donna le plaisir. Tout cecy est entourné d'une grande muraille qui faict le clos du couvent qui est l'un des mieux rentes et ded plus anciens de ce royaume.
Le 17*, nous fusmes au Cours avec le baron d'Arsilieres qui nous entretint de plusieurs traits d'adresse que les filoux avoient depuis peu mis en pratique; et entre autres, que ne treuvant plus tant de profit à voler les carrosses, ils iettoient les co* chers de leurs chevaux en bas, lorsqu'ils revenoient de l'abreuvoir, et les emmenotent. H nous donna cet advis afin que nous y prissions garde puisqu'il n'y a pas long-temps qu'on ioua un pareil tour en son quartier entre sept et huit heures du soir.
Le 1 8*, après avoir couru presque tout Paris pour
chercher monsieur de Brederoode, nous rendismes
visite aux S" Thibaut, où nous apprismes que ma-
. dame Saumaise estoit aux abois ; et mesme pendant
que nous y estions, on vint demander leur cocher
pour conduire chez elle tous ses proches parents^
le sien estant tombé de dessus le siège en choquant
contre la pierre du coin d'une rué et s'estant fort
« blessé. Nous fusmes ensuite demander le logis de
monsieur de Brederoode à son vieux hoite^ chez
. 'qui il avoit disné le midy ; il ne le sçavoit pas bien,
kn VOYAGi; A MBIS.
i^jBdB nous rayant à pen. pves indiqué, nous cher« cfaaspies taoEt qu'à la fin nous le treuTasmes chez ua baigneur assez proche de nostre hauberge. Il nous entretint de son dessein qui estak de s*atta* cher A monsieur de Turenne, et mesme d'estre son cornette, si Faisiaé des Rhingrave qui Testoit venoît à quitter.
Il nous raconta que le chevalier de Montrevel, passant devantPhostel de Guyse, rencontra le carrosse de monsieur de Gandale(x). Il luy en vouioit pour quelque demeslé que son père avoit avec le duc d'Espernon ; et soit que son cocher eust le mot, ou qu'il le fîst sans dessein, il voulut prendre le dessus ée la rué à celiiy de monsieur de Caudale qui, fascbé de leur dispute, mit ia teste à la portière et cria, tout taut: «Qui sont ces coquins qui ne me veulent pas laisser passer ? » Montrevel luy respondit : <c Monsieur, vous aviez eu tousiours envie de me faire un [affront-; » et sautant à mesme temps hors de son carrosse, vint tout droit à monsieur de Caudale et l'obligea à mettre l'espée à la main, qui s'en fit donner une qa%in page luy portoit ; il fust d'abord poussé si vigoureusement qu'il taschade gagner une porte ; sesgfns le voyant en ce danger, crièrent: fc tue, tue ce traistre! » et se ietterent tous dessus le chevalier, let uns luy donnant des coups de poings et de pierres, les autres parant ses coups avec 'des crodhcts des portefaix qui estoient là au-
• 4/k) Louis-Charles Gaston de.NbgaTet, ducdeCondale, né en 4621, mort en 4658, fils de Sernard de Nogaret, duc d'Bspernon, fouver- ' Murde tStifeinie.
tour. Le briiict de ce courbât fust bienlost au logi» An duc, qui n'estoft pasioîn de là, etfitxycue son .. eBctiyer y acc<ranist,'qui ayant aussytost mis Tc^pée à la main, ^en donna un coup au travers du copps du chevalier qui fust emporté à Tho^el de Guyse. Cet escuyer a esté fort blasmé, ayant donné ce coup par derrière. Tous les amis du comte de Montrevel prirent son parti et portèrent leur ]4aiinte au Roy de cette action qu'ils traittoient d^assassinat.
Nous receusmes ce mesme soir nos iettrea, qui nous apprirent que le comte de Caravas avoit esté arreslé par ses créanciers, comme il passoit sur le marché de la Haye pour aller à la messe : l'huissier accanpagné de quatre sergents ne le mena pas en prison , mais en unemaison proche, où il fust obligé à demeurer iusques à ce que son beau père, le Çf de Ripperda (i),reust cautionné.
Le 19% nousfusmes à l'académie du S"" d'Amolphini pour y voir le manège ; et sur l'heure de mtdy nous allasmes disner chez le S^ de Kenenbourg qui nous avoit persécuté trois iours de suite de venir prendre ce repas avec luy ; il nous traita fort
(fjJDépntéauxElats généraux. (Voir la noteaubasda la page (H).) ' ' 'm. de Carayas, après avoir émigré avec le prince deCondé, avait été armnistié en ^4 654.
« 4ei8uis aise d^avoir occasion de vous nonuuer M« le .comte de
Caravas pour ce que je lay dois ce témoignage qu'ayant quitté le
pafty de M. le Prince et obtenu la grâce de Vamniskle il y a quatre
mois^ il est aHéà Sl^a et de là est revenu en cette ville où sa con-
• 'éttite a esté fort réglée attendant qu'il plust ao Roy de luy permettre
' de retourner à la cour, t (Dépêche de M. QhanmtiM. deBrienne du
^ 22 octobre 4654.)
bien et les viandes y estoient bonnes et bien aprèstées. Nous n'y demeurasmês paslong-temps, voyant qu'on s'y disposoit à bo^re, car la compagnie estoit toute flamande et qui en tel cas ne refuse pas de se prester le collet.
Jjé iio®, après avoir fait nos lettres, monsieur de Brederoode nous vint rendre visite, et nous dit une assez grande nouvelle, à sçavoir la mort de l'Empereur (i) , qui avoit esté apportée en cette Cour par un courrier depesché exprès. Ce qui fit que nous la creusmes asseurée est que deux iours avant l'arrivée de ce courrier, le marquis de Gonzague estoit venu en cette cour de la part du duc de Mantouë, beau-frere du defunct, pour essayer de renouer le traité de son maistre avec cette couronne, disant que les Espagnols ne luy avoient pas tenu parole et qu'il ne se croyoit plus obligé de leur garder la sienne. Mais on iugea d'abord que ce n'estoit qu'une adresse, et que se voyant à présent privé du secours d'Allemagne et ne s'osant pas trop fier à l'espagnol, il aimoit mieux chercher le certain que de s'attendre à toutes leurs belles promesses qui se reduiroient bientost en fumée.
Le ai®, nous fismes uoe partie pour iouêr au mail ; mais après y avoir fiadct deux ou trois passes, nous en fusmes chassés par une grande et grosse pluye qui dura iusques au soir et qui nous obligea de nous ei^, retourner à pied au logis, estants sans
> (4) Ferdinand III, empereur d'Allemagne, né en 4608. Il avait
épousé la sœur d'Anne d'Autriche, mère de Louis XIV.
carrosse à cause que le S' de Brunel Favoit pris pour faire quelques petites emplettes. En ce ineeme temps on eust nouvelle que le Roy de Portugal (i) estoit mort, et que les Grands du Royaume se mootpoient peu affectionnés à la Reyne et à son fil^: elle en avoit esté déclarée tutrice et régente de ses Estats pendant cette minorité. Elle iugea d*abord que les mauvaises dispositions du dedans porteroient le Roy d'Espagne à luy faire une plus forte -guerre. Pour s'y préparer et avoir du monde affidé^on publia qu'elle faisoit demander au Roy de Fraise :2,ooo chevaux, etque pour obliger S. M. àTappuyer de toutes ses forces, elle traitoit de luy donner sa fille avec neuf millions. Il y avoit ici un Père portugais qui negocioit de sa part , et qui a porté cette Cour à envoyer le S"" de Comminges en ambassade en Portugal : le temps nous apprendra à quel dessein il y est allé.
Le :22°, iour de dimanche, nousfusmes au presche chez nostre ambassadeur, parce que le iour d'au-" paravant il avoit trop plu pour aller à Charenton ; aussy n'avions-nous que deux chevaux, les autres estants malades. Le S^ de Saint Agathe son fils, qu'il avoit envoyé en poste en Hollande, à cause de la mésintelligence de cette couronne avec nostre republique, en ealoit iustement de retour; il nous dit que messieurs les Estats en avoient usé de la mesme façon que le Roy , ayants fait arrester tout ce qui
(1) Jean lY, chef de la dpadtiê de Bragance» proclamé roi ea 1 640, lorsquo le Portugal redevint iiidépe&daiit de TEspague. t • ^
♦26 VOYAGH A PARIS.
apparteDolt slxbl François, avec de£ense à tcms 1141s marchands de ne leur acqTiîtter aucune Uttre de change et de ne rien ' payer de tout ce qui leor pourrek esire €Ïeu*.
Nous fismes quelqties visites Tapres dinée, et n'ayani pastremvé monsieur de Brederoode, nous fiismes chez monsieur le Bhingrave, où ayants,esté quelque temps, et l'heure de la comédie s'approchanC, nous nous y en allasmes. On y reprtsecita celle des Sœurs jalouses (i), qui est certainement bien iolie, fort bien intriguée et entremeslée d'une ANevIissante boufonne^ie. De là nous fusmes au Cours où nous treuvasmes une horrible confusion de carfQsses, les uns voulants y entrer et les autres en sortir. Nos laquais furent obligés de s'y battre contre d'autres qui' s'estoient mis devant nos chevaux poiur les arresler afin que leur carrosse sortiial; ils les repoussèrent si vigotireuBement qu'ils
*"ly contraignirent de céder, et de nous laisser entrer. Quand nous nous en voulusmes retirer, po«ir éviter ee grand embarras, nous fusmes passer par le dehors du Cours,
Le ^3% nous reprismes la partie du Mail, que la pluye nous avoit empesché d'achever, et y jsm-
* ployasmes presque toute l'apres disnée ; mais sur le
{!) Z«05 S<Burs jalauseg^ on VEscharpe ei le Bracelet, ooraédie en cinq actes, en vers, représentée en 46Ô8. — Paris, Ciiarles de Sercy, 1664, in-12. — Cette pièce fut jouée, comme on voit, pour la première fois en 4657, et non en 4658,, au théâtrcf de l'Hôtel de Bourgogne ; elle est de Lambert, qui est également auteur de la Magie mns magie^ comédie en cinq actes, en vers, iJlprésentée en 4^0 « etimpninceen4($64.
AVftIL iW7. 427
soir y lé S'' de Brunel^ accompagné del'alibé de Santereauy dous vint prendre pour aller faire autour ail Cours où nous ne treuvasmes pas une si grande presse que le iour d'auparavanL La pourHieivade en estoit fort agréable, parce qu'il* ne &isott ny vent ny soleil, le temps estant couvert et la pLuR^e des* iours précédents ayant abattu la poussière.
Le 2<^4®y ayante eherché monsieur le coipte de Roye, monsieur de Bredeifoode et quelques autres^ que nous ne treuvasmes pas , noHs nous rendismes chez; le S^ Brasset qui ne faisant que de se lever dîe son petit lict de repos^ estoit encore à demy ea- . dormy ; nous connusmes d'abord que nous luy faisions tort et nous retirasmes pour luy laisser ne- y
prendre ses aises : aussy bienlaconversatîoa n'en /
estoit pas si divertissante qu'à raccouâtusiée. Des que nous fusmes au logis, nous envoyasmea à la poste demander nos lettres ;. on nous y dit qu'il n'y .ei> avoit point, ce que ne pouvants croire nous» y renvoyasmes pour la seconde fois, et on nous fit tousiours la mesme response : ce qui nous mît en peine, craignants qu'elles auroient esté interc^tées à cause de la mésintelligence de cette couronne avecnostre republique, ou que quelque accident fust arrivé à nostre famille, qui auroit empesché nos proches de nous escrire.
Le 2 5^, SLOus fusmes délivrés de cette aprehension par la réception de nostre pacquet qui nous fut ap* porté au matin avec excuae de ce qu'on s'estoit mesprîs. Nous y apprismes que tout se portoit fort bien dans nostre maison, mais que nostre grand-
oncle le prtsiden t estoit en danger de passer en l'autre monde, estant autant incommodé de sa vieillesse que d'une maladie qui luy estoit survenue*.
Npus iouasmes Tapres disnée au Mail avec le S' Herbert et nostre couzin de Speyck, qui y eust querelle avec le fils de monsieur de Bouillon la Marck (i), parce qu'ayant crié par deux ou trois fois : gare! il poussa son coup qui ne toucha aucunement le dit comte, mais l'obligea de faire un" petit saut pour éviter la boule; de quoy s'estaijt faschéy il dit tout haut : « Qui est ce bougre qui a ' poussé si rudement ? » et en mesme temps ne se contentant pas de l'avoir iniurié, il prit sa boule et la ietta hors du ieu dans le pré. Le S*^ de Speyck n'^ ayant pas pris garde, et mesme n'ayant point entendu l'emportement de l'autre, en estant trop éloigné, voulut aller à sa boule pour achever la passe, et ne la treuvant pas demanda où elle estoit. Comme il la cherchoit^ les assistants luy dirent : ce Monsieur, c'est un de ces trois messieurs qui l'a iettée »; sur quoy rebroussant chemin pour parler à cette vénérable troupe, luy dit : « Qui est-ce de vous autres messieurs qui a ietté ma boule ?» A quoy la Marck respondit fort orgueilleusement : « C'est moy ! » Mon couzin répliqua : « Vous en avez très - mal usé. » L'autre sans hésiter luy dit: « Monsieur, vous sçaurez ma maison, ie suis homme d'espée et d'honneur. » — Mon couzin respondit : « Vous ne l'avez pas monstre, mais vous avez fait plustostl'ac-
(4) Henry RQJbert de La Marclv, dit duc do Bouillon.
tion d'un frippon et d'un coquin. » A cela Tautre ne sonna mot et poursuivit son ieu. Estant venu au bout il commanda à ses pages et laquais d'aller prendre des espées et des bastons, pour s'en servir contre nostre couzinqui n'en avoit pas et qui ne songeoit plus à cette affaire, d'autant que l'autre ne luy avoit donné le mot ou l'assignation pour tirer raison de l'affront. Les S" deRodet et de Brunel qui estoient demeurés au bout, virent faire ces préparatifs, ne sachants pas à qui il en vouloit, maisiugeants que l'embuscade s'adressoit à quelqu'un des nostres, parce que de plus il avoit arresté du pied la boule du S' Herbert, demeurèrent là pour voir quelle issue prendroit le demeslé. Cependant leS' Herbert voyant qu'on avoit arresté sa boule, tascha d'en faire de mesme de celle de l'autre, mais la manquant, alla au bout avec nostre couzin et nous autres pour achever la partie. Nous n'y fusmes pas, que la Marck retroussant son chapeau, alla tout droit à nostre couzin et luy dit en iurant : Je vous apprendray de traitter de frippon des gens de ma condition ! — Ouy, dit nostre couzin, tous ceuxquifont dételles actions sont des coquins, et ie le soutiendray.... £t en mesme temps se ietta dessus luy et le secoua un peu rudement ; et l'ayant pris au corps le fit reculer iusques aux planches du Mail ; surquoy il cria : Mon espée! mon espée ! Pages chargés ! la* quais ciiargés ! — LeS' de Brunel y accourust d'abord et luy dit: «Comment, monsieur, voulez-vous entreprendre un assassinat dans le iardin du Roy ?
Songez bien à ce que vous faites ; » et luy osta son
espée. La Marck tout estonné et effrayé luy dit : Monsieur, dequoy vousmeslez vous? ce sont des estrangers. — ^I^S'deBrunelluydit : ouy,ce sont des estrangers, et le vous le monstreroy bien tantost, pourquoy ie m'en mesle, c'est que ie suis fort serviteur de ces messieurs. — Pendant ce demeslé, monsieur de laFeuillade (i) survint, qui connoissant le S*" de Brunel, luy demanda que c'estoit ; lequel luy conta l'affaire comme elle s'estoit passée. Ensuite ledit comte de la Feuillade s'adressa à la Marck, et luy dit : «Monsieur, ce sont des gentilshommes d'aussi bonne maison que nous autres, et ie connais bien son frerc, qui est mon amy et ie suis fort son serviteur. » — Pour éviter la surprise nous envoyasmes quérir nos espées, et estant remontés en carrosse, nous retournasmes au logis, après avoir laissé le sieur de Speyck chez un de nos amis, où il demeura caché, afin qu'il ne fust pas embarrassé d'un garde comme sa partie qui en eust un iusques au iour de l'accommodement.
Le 26', le S"" de Schomberg nous vint voir, qui après nous avoir raconté comment s'estoit passé le siège de la place où il commaudoit, nous dit qu'on avoit donné à commander la compagnie de cavalerie du S*" Budwis, vieux brigadier allemand, à M. de Brederoode , afin qu'il ne fist pas la campagne en simple volontaire. Il devoit le lendemain faire la révérence au Roy, luy devant estre pre-
{\) D'Aubusson, duc de la Feuillade» qui devint maréchal de France et colonel des Gardes-Frsnçaises.
sente par M. de Turenne. Il nous dit de plus que le Roy de Portugal avoit fait demander à S. M. par son envoyé, le comte d'Harcourt, pour luy donner le commandement de son armée contre les Espagnols qui le pressoient de près.
Il ne fut pas si tost parti, que le S*" de Saînt-Romain arriva pour nous offrir son service en la querelle de nostre couzin, et voyant qu'il estoit midy, il nous dit qu'il vouloit disner avec nous. Nous fismes mettre le couvert en nostre chambre, afin d'estre hors de la foule de Thaubergue et de le pouvoir mieux entretenir. Il s'enquit fort de tout ce qui s'estoit passé à la Haye depuis son départ, et comment tous ceux de sa famille se portoient. Il nous dit que madame Saumaise estoit morte, et que le S*" d'Oudeyck avoit si bien caiolé un ioyalier , nommé Constant, qu'il en avoit tiré des diamants pour deux ou trois mille francs. Nousdemeurasmes le reste de la îournée au logis pour tenir compagnie à nostre couzin qui n'osoit pas paroistre de peur d'estre arrêté.
Le 27*, nous fusmes mandés par un garde de la mareschaussée de venir chez M. le mareschal d'Estrée (1) qui est doyen des mareschaux de France. Ayant ouï les plaintes de part et d'autre, il îugea que le comte de la Marck eust pu se passer de ielter la boule du S*" de Speyck, et de luy dire qu'il sauroit son logis, et qu'aussi nostre couzin
(\) Frère de la charmante Gabrielle ; né en 4573, mort en 4670. Auteur de mémoires sur la régence de Marie de MécÙcis. Il avait été ambassadeur à Rome.
432 YOTAGB A PARIS.
l'ayant appelé fripon, il sembloit que Tiniure estoit réciproque : sur quoy il leur ordonna d'estre amis et il les fit embrasser, voulant que nous en fissions de meâme. Nous le remerciasmes de la peine qu'il avoit prise, et nous nous en retouf^nasmes au logis pour escrire nos lettres ; nous y employasmes le reste de la iournée.
Le 28*, ayants conduit au carrosse de Bourges le S** de Rodet, qui alloit à Bourbon prendre les eaux et tascher de recouvrer sa santé qu'il avoit eue assez altérée pendanttoutl'hyver, nous nousfismes mener à l'académie où nous employasmes toute la matinée. Nous envoyasmes à notre retour le carrosse chez le sellier, ne restant plus que deux iours des trois mois qu'il nous l'avoitgaranty. Nous fusmes par là obligés de passer l'apresdisnée au logis.
Le 29^, nous fismes nostre dévotion au logis, n'ayant plus que deux chevaux qui pussent travailler. Nous ne pusmes pas aller chez M. l'ambassadeur de Hollande, qui n'avoit plus de ministre : on faisoit bien les prières et on lisoit quelque homélie, mais le lecteur s'en acquittoit si mal qu'on l'escoutoit presque sans profit. L'apresdisnée nous fusmes chercher un pré pour nos chevaux malades, que nous treuvasmes aprè^ en avoir esté assez long temps en peine. Le maistre fit au commencement quelque difficulté de les recevoir, di* sant qu'ils infecteroient son clos, parce qu'il connut bien qu'ils estoient atteints de morve qui est une maladie fort contagieuse et qui se communique ; mais enfin il se laissa persuader à accepter
l'offre de deux louys d'or par mois pour chaque cheval et nous l'obi igeasmes à en respondre. Nous estant ainsi déchargés de ce fardeau, nous nous en retournasmes au logis, afin d'y reprendre nostre autre monde pour la pourmenade, que nous y avions laissé : mais avant que d'y aller, nous treuvants proche le petit arsenal, qu'on a destiné aussi bien que Bissestre et la Pitié au renfermement des pauvres et des gens qui vont truchant (i) par les rues, nous le fusmes voir. On y fait quantité de préparatifs pour y bien loger les gueux : on y a desia assemblé bon nombre de chalicts, de paillasses et de matelats : ils sont disposés en divers grands bastiments, qui en partie y estoient et qu'en partie on a fait faire. Il y a pour y loger quatre ou cinq cents pauvres. L'air y est parfaitement bon, et l'enclos si grand qu'ils y auront où se pourmener à leur ayse, les iours qu'on ne les occupera à aucun travail ; car le dessein est que chacun y exerce quelque mestier. On accommodoit dans les cuisines de grandes marmites qui tesmoignoient qu'on ne vouloit pas les mal nourrir. C'est le plus bel establissement dont on se pust iamais adviser, et c'est une merveille qu'on ne voye à présent pas un mendiant dans Paris qui en fourmilloit autrefois. On en a l'obligation à ce grand homme (2)^ le sieur de Bellievre, qui par cette action de l'esta-
(4) Trueher, vieux mot qui signifie mendier par parèssô.
(2) La quali6cation de grand homme n'avait pas en 4657 la même portée qu'aujourd'hui : il n'impliquait pas l'idée de l'héroïsme, mais seulement celle d'un mérite supérieur ou d'une grande vertu.
blissenient de rilospital gênerai, se seroit immortalisé, quand bien il n'en auroit fait mille autres que la postérité ne doibt iamais oublier, et qu'il n'auroit pas dotté cet hospital de 6,ôoo livres de
rente;
Nous ne fusmes pas arrivés au logis , que les S" de Gillier et Saleon nous vindrent voir en siège avec intention de prendre leur part de la pourmenade, ce qui nous obligea de changer de carrosse, et de nous servir de celuy de nostre couzin estant plus propre pourtant de monde. Nous ne fismes qu'un tour aux Thuilleries, parce que le temps nous menaçoit de quelque ondée. En effet nous n'estions pas remontés en carrosse, qu'il commença de pleuvoir à verse ; mais voyants que cette pluye no seroit pas de longue durée, nous allasmes au Cours qui estoit du commencement bien désolé. Il se grossit en un moment par l'arrivée de Monsieur, suivi de quantité de carrosses. On a accoustumé d'arrester pour tous les Fils de France, c'està dire pour tous ceux qui sont immédiatement enfans du Roy. On traite Mademoiselle comme si elle l'estoit, et on arreste devant elle, parce qu'elle tient rang de fille de France, n'y en ayant point; mais on n'arreste pas pour tous les autres princes du sang. Comme donc nous avions arresté devant le carrosse de Monsieur, qui estoit rempli de dames parmy lesquelles estoit la comtesse de Soissons nouvellement mariée, il voulust que les files marchassent touiours de peur d'€mbarras,et cria tout haut : « Messieurs, marchés, marchés touiours, s'il vous
plaist ! » ce qui nous obligea à faire avancer nostre cocher.
Le Roy y vint aussi sur la fin, et y parust en deuil aussi bien que toute sa suite et tout son train : il Tavoit pris de l'Empereur. Les princes ont de coustume de ne prendre le deuil les uns des autres, qu'ils n'aient reçeu un counûer de la part des parents du mort ; mais on ne l'attendit point en celte rencontre parce que quand les princes sont proches parents, ils le prennent les uns des autres au premier advis qu'ils en ont : et l'Empereur estoit oncle du Roy, ayant espousé en première nopce, la sœur puisnée de la Reyne de France.
La foule s'estant ainsi rendue fort grande au Cours, nous en sortismes de bonne heure, afin d'éviter la presse, et estant arrivés au devant de la Volière du Roy où logeoit M. d'Estrades (i), et où les porteurs de ces deux Messieurs les attendoient,
(4) Godefroy comte d'Estrades, né en 4607; maréchal de France en 4675, mort en 4686. — Peu d'hommes ont eu à remplir un plus grand nombre de missions diplomatiques et militaires. Il négocia notamment à lx)ndres l'acquisition de Dunkerque, et figura comme plénipotentiaire au congrès de Nimègue. — 11 fut deux fois ambassadeur extraordinaire en Hollande, en 4649 et 4666. — Il avait été colonel d'un régiment français au service de ce dernier pays, et Ton voit dans les instructions données à M. de Thou, que cet ambassadeur était chargé, comme l'avait été son prédécesseur, d'agir au besoin pour que son régiment lui fût conservé malgré son absence. « Sa Majesté entend, est-il dit dans ces instructions, qu'ea toutes occasions ledit sieur président de Thou procure que la faveur accordée au dit sieur d'Estrades ne soit point révoquée ; cela ne se pouvant faire sans blesser le respect deu à la recom* mendatîon que S. M. en a faicte et qui a desia eu son effect. d
«36 VOYAGE A PAKIS.
ils y mirent pied à terre, et nous suivismes la foule des carrosses pour gagner nostre logis. Il y en eut un qui estant derrière voulut à toute force devancer le nostre et couper la file, et mesme il s'estoit tant approché, que peu s'en fallust qu'avec une de ses roues il n'emportast la botte de la portière, bien que le S" de Brunel le menaçast de coups. Nos laquays voyant que pour cela il ne cessoit de faire son possible pour nous rompre, descendirent et prenant ses chevaux pas la bride, les arresterent. Le cocher ne pouvant pins avancer, et se treu* vaut un peu piqué de cet affront, fut assez sot que de mettre pied à terre, pour leur donner quelques coups de fouet, croyant de les faire fuir ; mais il fut bien trompé, car au lieu d'en donner aux nostres, il en receut tant de coups de baston sur la teste et par tout le corps, qu'il fut obligé de retourner à son carrosse, bien battu ; un de ceux qu'il menoit sortitdu carrosse et pria nos laquays de luy rendre son fouet dont ils s'estoient saisis pendant la bataille. Il en fut encore quitte à bon marché, parce qu'un de leurs bastons cassa et fit qu'ils ne le purent charger autant qu'ils le souhaitoient, et qu'il le nieritoit.
Le 3o^, nous rendismes visite à Monsieur le Premier, que nous treuvasmes en sa belle humeur. Il nous tesmoigna d'abord qu'il avoit appris avec plaisir Taccident qui nous estoit arrivé, croyant que nostre carrosse avoit esté renversé et brisé au Cours ; mais nous luy dismes qu'il n'y avoit point tant de mal qu'on le luy avait figuré, et que ç'avoit
esté au retour de Charenton que les maiDS du Carrosse avoient manqué. Dans l'entretien il nous dit que le S' des Champs luy escrivoit de Londres qu'il n'y avoit guère d'apparence d'y trouver de beaux coureurs pour en pourvoir l'escuriedu Roy, et qu'il seroit presque nécessité de s'en retourner sans en acheter. Son valet l'estant venu advertir que le carrosse estoit prest pour aller au Louvre, nous luy dismes adieu, et allasmes chez le S*^ de Ficquefoord pour y apprendre quelques nouvelles dont nous pussions faire part à nostre ambassadeur que nous voulions visiter en suite. Nous treuvasmes madame de Londy sa fille dans la chambre toute seule et en laponne, ne sortant plus à cause de l'incommodité de sa grossesse. C'est une jeune femme de vingt ans, bien faite, iolye, et de très agréable entretien ; nous fusmes assez longtemps avec elle, en attendant que son père vint, qui par son arrivée nous fit changer de discours, car on commença à parler d'affaires d' estât, et entre autres de celles de nostre Pays. Il nous dit qu'on faisoit courir le bruict en Hollande que les François estoient entrés en ligue avec les Anglois, et mesme qu'ils avoient signé les articles de part et d'autre pour nous ruiner nostre commerce, et qu'il croyoit que s'il n'y avoit quelque intelligence, cette Cour n'auroit iamais poussé si avant cette affaire qui l'avoit portée depuis quelques iours à faire publier à cry de trompe de la part du Roy, qu'on ne payeroit aucunes lettres de change appartenantes aux HoUandois dont on avoit de plus
saisi tous les effects : et que là dessus M. l'ambassadeur de Hollandeavoit si bien négocié par M. d'Estrades auprès de S. E, qu'elle luy avoit accordé une audience pour tascher d'adoucir ces extrémités qui ne tendoient qu'à une rupture desavantageuse pour l'un et pour l'autre estât. Pour en estre mieux instruicts, nous fusmes tout aussi-tost chez nostre ambassadeur : mais nous ne le pusmes pas voir, à cause qu'il estoit avec l'ambassadeur d'Angleterre, dont nous treuvasmes le carrosse devant la porte.
Apres avoir achevé nos visites du Fauxbourg et avoir cherché les S" de Sarcamanan et Molines, que nous ne treuvasmes pas , nous repassasmes le pont et fusmes chez le S' Chanut (i), qui a esté ambassadeur en nos quartiers. C'est une personne de mérite, sçavante et très intelligente des affaires de TEurope ; mais à tant de belles qualitez il en a ioinct une qui n'est point du temps, et qui va à mépriser la pompe et la vanité iusques-là que cette vertu semble estre affectée en une personne qui s'estudie à ne vivre qu'à la stoïque. 11 y a touiours beaucoup à apprendre en sa conversation. Il questionna fort le S' de Brunel sur diverses particularitez du royaume d'Espagne, et principalement sur ses ministœs, quelles gens c'estoient, de quelle façon ils vi voient , et comme ils recevoient les estrangers. Après divers discours de cette nature^ il se mit à contempler nos canons et la bigearrerie
(4) Voir la note au bas de la page 60.
de la mode : ce qui luy fit dire que les François estoient d'estranges génies, et que souvent ils inventoient des choses qui les incommodoient. £t sur cela il nous fit un plaisant CQnte ; à scavoir que le S' de Lionne(i) estant arrivé à Gennes, lorsqu'il s'en alloit en ambassade à Rome, les principaux de la Republique le traitèrent et donnèrent le bal à Madame sa femme. Toutes les dames de condition y furent priées, qui estoient adiustées à leur mode avec des garde-infantes. I^s François qui estoient de la suite de l'ambassadeur y vindrent aussi avec leurs grands canons et attirèrent les yeux de tout le monde ; chacun en raisonna à sa mode, mais la plupart creust qu'ils ne portoient ces vertugadins aux iambes que pour se moquer de leurs femmes qui en portoient autour de leurs corps, parce qu'elles suivent la mode d'Espagne. On en murmura ; mais quand on sçeust que c'estoit verita* blement la mode reçeue en France, on ne fit qu'en rire.
Nous fusmes ensuite voir le sieur de Launay Vivans, conseiller en la chambre de l'edict de Bourdeaux. Il est de fort bonne maison et nous l'avions cognu particulièrement à Leyde pendant nos estudes. Il est venu en cette ville pour quelque affaire de finance, et pour en traiter plus commodément, il s'est logé tout auprès du S*' Fouquet,
(4) Hugues de Lionne, né à Grenoble en 4644. Il avait été envoyé comme ambassadeur extraordinaire à Rome en 4644, pour assister au conclave dans lequel Alexandre Vil fut élu. Il devint ministre des affaires étrangères en 4661.
procureur gênerai et surintendant. Ne l'ayant pas treuvéy nous fismes avancer le carrosse iusques au Temple, qui n'est pas à cent pas de là, pour prendre une bague que le S: de Brunel y avoit commandée. A peine avions-nous fait le quart du chemin, que son laquais nous courant après nous vint dire que son maistre venoit d'arriver et nous prioit de re* tourner. Nous fismes d'abord tourner le carrosse et le trouvant à la porte , nous descendismes et nous luy fismes nostre compliment sans qu'il nous reconnust : mais le S' de Brunel qui l'avoit veu le iour d'auparavant , luy dit que nous estions les S" de Villers qu'il avoit connus à Leyde ; sur quoy nous embrassant il nousdemanda pardon de ce qu'il nous avoit obligés à retourner, nous ayant pris pour un capitaine du mesme régiment que son frère, qui a le mesme nom que nous. Il nous pria de monter en sa chambre, quoyqu'il commençast à faire nuict. Nous renouvellames l'ancienne cognoissance , et y fusmes assez longtemps. Il nous demanda force nouvelles de nostre Pays et principalement des demoiselles de Leyde, entre lesquelles il avoit eu autrefois quelques maistresses (i). Il nous dit qu'il s'étoit marié avec une de ses couzi*
(1) Ce mot n*avait pas alors la même signification qu'aujourd'hui : dans le sens primitif et délicat qu'il conservait encore, il signifiait l'espèce de véritable empire exercé par une personne aimée. C'est ainsi que dans le Polyeucte de Corneille, Pauline dit en parlant de son époux :
■ Mon père fut ravi qu*U me prit pour maltresse. ■
(Acte I. Scène ni«.)
nés germaines, qui porte le meâme nom que luy, avec laquelle il a eu en mariage, le premier iour de ses nopces, ^S^ooo escus en argent liquide, vou* lant faire connoistre par là qujil n*avoit pas mal fait d'avoir attendu si longtemps. Il nous dit aussi que si on nous arrestoit nos lettres de change , il avoit encore de l'argent à nostre service, quoy qu'il fust intéressé en cette saisie pour plus de 5oo livres. Que Messieurs du Parlement de Bordeaux avoient depesché un envoyé au Conseil du Roy pour luy représenter le dommage qu'ils recevoient de cette défense du trafic avec les Provinces de Hollande, et supplier S. M, de n'y pas comprendre leur ville qui n'a pas besoin de faire de nouvelles pertes, en ayant faict d'assez grandes pendant les derniers troubles, que tout son commerce cessa et fut inteiv rompu. Mais ceux du Conseil l'ont renvoyé sans avoir rien résolu en leur faveur, ce qui les fait bien murmurer, comme aussi quelques villes de Bretagne, qui perdent beaucoup ne pouvant faire le débit de l'envoy de leurs marchandises.
U nous apprit aussy qu'il n'y avoit pas longtemps qu'il avoit parlé à Pierre Jarrige, cet effronté jésuite qui ayant changé de religion s'etoit réfugié à Leyde, où tout le monde contribua d'abord pour son entretien à cause qu'il avoit d'assez beaux dons pour l'éloquence dont il faisoit profession et qu'il enseignoit en des collèges particuliers. Mais quelque temps après par despit et par vanité , estant l'homme du monde le moins chrestien, et qui à la mauvaise teinture de Loyola avoit ioinct un esprit
tout à fait mondain, il se retira à Anvers, s'y refit papiste, et à tout ce zèle fait pour la vraye pieté qu'il avoit témoigné, et à la déclaration qu'il avoit faite en pleine Église, il mit aussi au iour un cer* tain livret, par lequel il eust bien voulu se dédire de tout ce qu'il avoit avancé contre les Jésuites et leurs actions en un livre qu'il avoit fait imprimer peu de temps après son arrivée en Hollande, etqu'il avoit intitulé : Les Jésuites sur Teschaffaud (i).Il est présentement à Thule , lieu de sa naissance, où il vist en prestre séculier. Il demanda au S' de Launay ce qu'on disait de son départ et de son second changement; mais l'autre luy respondit qu'on n'en disoit pas grand chose , et qu'on ne l'avait iamais creu bien converty : aussy ce seroit un prodige qu'un Jésuite le fust de bonne façon , et aussi rare que si Simia exueret simiam, aut tfulpes vulpem.
Le I de May, sur ce que l'on nous dit que le Roy couroit la bague à la Place Royale, et que toutPa- Paris y estoit accouru pour voir cette magnificence, l'envie nous prit aussi d'y aller , et nous nous y rendismes le plus viste que nous pusmes. Mais y estant arrivez, nous eusmes un pied de nez, n'y voyant personne, ny aucune apparence que le Roy y vinst. Nous treuvants au quartier du S'Daunoy, du chevalier Rivière, du S" d'Haucourt, et de l'abbé
(4) Voici le titre exact de ce livre: Les Jésuites mis sur Vescha' faud pour plusieurs crimes capitaux, par Pierre Jarrige, Leiden, 4649,In-8».
de la Yieuville , nous fusmes à leurs logis y mais n'ayant rencontré personne, et estants près de l'Arsenal nous y fismes un tour, et apprismes que le iour auparavant toute rartillerie qui avoit esté apprestée pour l'armée estoit partie.
Comme nous fusmes au bout de la grande ailée, nous y vismes la iachte qui avoit esté faite autrefois entre Delft et Rotterdam. Il y avoit grand monde qui s'amusoit à la regarder , et Taborder dans de petites barques. Aussy estoit-elle icy un obiect nouveau et dont ils sont obligés au S' Servien qui Ta fait venir pour s'en servir à descendre la rivière iusques à son Meudon (i). Elle est peinte, dorée, et fort adiustée , et il n'en faut pas tant pour faire accourir ce peuple qui s'attroupe aysement et en vrays badaux d'où ils portent le nom.
£n nous retirant nous passâmes chez le comte de Montresor (2) que nous ne trouvasmes pas, et nous arrestames chez les S"Tibaut que nous treuvasmes
(1) Le comte Servien, suriotendant des finances, avait acbelé en 4654 le château de Meudon, et il avait fait faire en Hollande, par les soins de M. Chanut, un yacht de plaisance pour aller et venir sur la Seine. On trouve parmi les dépèches diplomatiques de ce temps la correspondance curieuse qui eut lieu entre le surintendant et l'ambassadeur au sujet de ce yacht (Voir ^appendice n° II). — Le roi en eut plus tard envie, et M. Servien en fil cadeau à S. M., dit M. de Thou dans une de ses dépêches.
(2) Claude de Bourdeille, comte de Montresor, attaché au parti du duc d'Orléans, avait été exilé en Angleterre, du temps du cardinal de Richelieu; il prit part aux intrigues de la Fronde, et a laissé des mémoires sur les événements de son époque. Mort en
ioùants à la boule. Us quittèrent tout aussi tost et Tindreut demander conseil au S'^de Brunel, sur un voyagequ'ils estoient prests d'entreprendre, en resolution de voir une partie de la France de et passer en Italie : ils estoient en peine s'ils dévoient se mettre en chemin, car ils apprehendoient que si cette Couronne en venoit aune rupture avec nostreÉtat, ils ne seroient pas en seureté : le S' de Brunel leur dit, qu'ayant bon passeport du Roy, ils pourroient aller par tout ce royaume , sans que personne leur osast rien dire, et qu'il avoit ainsi voyagé avec le S' de la Platte, sans qu'aucun mal leur soit iamais arrivé en sept ans de temps. Ce discours servit à les rassurer; et pour leur laisser reprendre leur ieu, nous leur dismes à Dieu, et fusmes auxThuilleries, et delà au Cours où le Roy et Monsieur vinrent sur le tard.
Le 2^, ayants trois chevaux malades , nous ne pusmes pas sortir , et fumes obligés à garder la maison. Nous y avions un ministre de Tours, nommé le S' Rosaire, couzin du S*^ de Manse, qui nous dit à son retour du Synode, que nous avions perdu ce iour là l'un des plus habiles et iudicicux ministres de cette Eglise, le S^ Mestrezat , mais qu'en recompense on ayoit résolu au dernier Synode la vocation du S' Morus, et qu'on l'attendoit à présent avec une grande impatience (i).
(4) M. de Thou raconle que lors de la visite qu'il fit à la ville d'Amsterdam, où il reçut une hospitalité vraiment royale en sa qualité d'ambassadeur de Louis XIV, le sieur Morus fît une harangue latine dans la grande salle de l'Académie. « Je fus, dit-il,
Nous reçeusmes ce mesme soir nos lettres, par lesquelles on nous marqua l'arrivée du S*" de Thou, et que trois iours après il devoit avoir sa première audience. Elles nous apprirent aussi que Messieurs les Etats Généraux avoient partagé leurs troupes de Dantsick en quatre compagnies et leur avoient donné quatre capitaines en chef, mais avec cette reserve que le S' de Sterrenbourg commandera les trois autres en qualité de colonel et de mesme qu'avoit fait son prédécesseur.
Le 3"^ j Messieurs les ambassadeurs de Hollande et de Venise s'entrevirent pour la première fois dans le iardin d'un particulier, afin de viiider la vieille dispute qui n'estoit qu'une vétille et qui n'avoit pas laissé de les empescher de se rendre visite l'un à l'autre. Elleestoit venue de l'instruction que le prédécesseur du S' Justiniani luy avoit laissée, selon laquelle il se devoit gouverner. Il y avoit marqué de quelle façon il avoit vescu avec les autres ambassadeurs, les tiltres qu'il leur avoit donnés et qu'il n'avoit iamais traité d'Excellence celuy de Hollande. Cela fit que rendant visite à tous les ministres des Princes et Estats qui sont alliés de la
convié d*y assister avec tout le magistrat et tous les principaux de la ville ; il y desploya toutes les forces de son éloquence où il est grand maistre pour faire un panégyrique de la France, de Leurs Majestez et de son Conseil^ et ensuite s*estendit sur les louanges de la paix, sur raccommodement et sur les advantages qui en reviennent à la ville et à TEstat, et parla cinq quarts d'heure ; et certainement son action fut belle et auroi t esté parfaicte s'il se fust abstenu, comme je l'en avois supplié, de parler de moy, ou en eust parlé plus modestement qu'il ne fil. » (Dépèche de M. de Thou à M. de Brienno du 49 octobre 4657.)
Seigneurie (i), jl ne traita point le nostre d'Excellence : ce qui le piqua, et avec raison puisque nos ambassadeurs sont traités par tout comme ceux des testes couronnées. Ils se séparèrent fort froidement, et il lui envoya dire qu'il estoit fort estouné qu'il ne luy eust pas donné un tiltre qui luy estoit deu. L'autre respondit qu'il avoit suivy les instructions que son prédécesseur luy avoit laissées par escrit,^ où il marquoit qu'il n'avoit pas traité l'ambassadeur de Hollande d'Excellence, et qu'il nepensoit pas de luy avoir rien osté , puisque son prédécesseur ne le luy avoit pas donné.
Cependant en cette conioncture Tambassadeur de Venise a offert de s'entremettre pour apaiser un peu la Cour envers nostre ambassadeur ; mais comme on a parlé d'une entrevue, la vieille difficulté l'a empeschée ; car bien que l'ambassadeur de Venise eust fait sçavoir au nostre qu'il avoit ordre de le traiter comme les ambassadeurs des testes couronnées , il ne se conlentoit pas de cette civilité, et vouloit que celuy de Venise lui rendist visite le premier et lui donnast le tiltre; ce qui fascba l'autre , et le porta à dire que s'il ne Teust pas exigé il l'aiiroit fait, mais puisqu'il en vouloit user ainsy il ne le verroit point qu'il ne l'eust veu. Les amis communs ont treuvé lin moyen de faire qu'ils se voyent sans qu'ils se pointillent, et ont fait qu'ils se soient rencontrés à la pourmenade, dans le iardin d'un tiers où ils opt conféré
^(1) Le doge de Venise était qualifié de Seigneurie sérénissime.