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dois victorieux, comme en effet il l'est, qu'en pouyoient-ils attendre que ce qu'ils craignent à présent qu'il l'est, à sçavoir qu'il se vengera et entreprendra de ruiner et incommoder leur commerce en ces mers, où sa victoire luy donne tant de pouvoir puisqu'elle le rend maistre d'une partie du Sondt. Aussi a-t-il desia fait remarquer qu'il n'en veut pas user moderemment en leur endroit, puisqu'il refusa l'entremise de leur ambassadeur, au moment qu'il se servoit de celle de l'Anglois, et qu'il a obligé le roy de Danemark de se liguer avec luy pour défendre l'entrée du Sondt à toute flotte estrangere, qui est un article directement contre eux. Disons la chose, concluoient-ils, comme elle est, et pour excuser la prudence des Ëstats en cette rencontre, confessons que l'interest particulier l'a emporté par dessus le public, et que le S' de Benninghe, qui s'est malheureusement pour eux treuvé leur ambassadeur en ces quartiers là, a creu qu'il ne devoit pas laisser eschapper une si belle occasion de se venger des Suédois, dont il croit avoir esté maltraité , et que Messieurs les Estats, n'ayant pas considéré que tout ce qu'il leur escrivoit sur ce suiet venoit d'un passionné, ont donné dans le piège où ils se treuvent pris.
Le 3o*, Monsieur le Rhingrave ayant reçeu une lettre de M' le mareschal de la Ferté, par laquelle il luy faisoit sçavoir qu'il eust à se rendre au plustost en son quartier d'hyver, qui est en Lorraine, pour mettre ordre à ses affaires et à tout son équipage, nous vint dire adieu, et eut mesme la bonté
iift VOYAGB A PARIS. ,
de disner avec nous, bien que nous luy dissions qu'il ferait fort mauvaise chère : aussi ne la peut ou faire guère bonne en des villes où Ton observe I
le caresme : on n*y peut point avoir recours aux ■
traitteurs, pour augmenter un peu l'ordinaire; mais comme nous sçavons qu'il a beaucoup d'à- i
mitié pour nous, nous vivons avec luy avec toutes sortes de franchise. Aussi n'est-ce plus la mode de traitter le monde en cérémonie, et nous la treuvons fort bonne et commode, et plùst à Dieu qu'on Tobservast partout ; on en vivroit avec beaucoup plus de familiarité et en meilleure intelligence.
Le lendemain 3i*, nous rendismes sa visite à M' le Rhingrave, et comme nous le vismes assez occupé à faire quelques emplettes pour son voyage, nous ne la fismes pas longue et lui dismes adieu. De là nous retournasmes au logis faire nostre dévotion , ne pouvants aller à Charenton par cequ'il estoit trop tard et qu'il faisoit un effroyable temps.
Le I . d'Avril, le temps s'estant mis au beau, nous fusmes au Luxembourg, où il y avoit bon nombre de dames qui venoient y estaler leurs belles iuppes. Nous y en vismes de bien riches et de bien magnifiques selon la mode qui court : et comme d'ordinaire les femmes se picquent de paroistre plus les unes que les autres et d'avoir quelque chose de particulier, il y en avoit de diverses ma- .|
nières : les unes estoient brodées, les autres estoient chamarrées de dentelles, et il y en avoit dont l'enrichissement consistoit en la seule façon
4e l'estofFe ; mais il n'y en avoit point qui n'eust sa beauté et sa magnificence qui, estalée avec pompe en une allée comme celle du palais d'Orléans, y faisoit voir un si grand mélange de couleurs que la veuë en estoit agréablement partagée, n'en recon* noissant souvent aucune parmi une si grande confusion.
Les hommes y piaffent aussi à leur mode, et Testravaguance des canons devient plus insupportable que iamais : on les porte d'uqe certaine toile blanche rayée, et on les fait d'une si horrible et si monstrueuse largeur qu'on en est tout à fait contraint et contrefait eu sa démarche. Cet embarras des iambes ioinct à celuy de la teste par la quantité de plumes que l'on porte sur le chappeau, est très fascheux à qui n'y est pas accoustumé, car on en porte des bouquets à trois rangs ; et afin que tout aille avec excez (qui est l'humeur des François) , on chamarre les habits de dentelles de guipure qui coustent fort chèrement.
Le a% on sçeust icy que le :27° du mois passé, 900 Valons, commandés parle S"" d'Harenthal, s'estoient advancés du costéde Hesdin, d'où on concluoit que c'estoit une place perdue pour la France. Mais s'il faut en parler selon le sentiment de ceux de la Cour ,on n'en est pas à cette extrémité, et on attend le retour de CarUer, qui doit estre définitif, ayant porté à la Rivière et à la Fargues tout ce que l'on veut faire pour eux. Enfin il y a autant d'incertitude en une negotiation qui est à la
porte de cette ville, que si elle se faisoit en Canada,
et l'on peut asseurer que cette place se treuve mal au matin, agonyse sur le midy, et n'est plus en danger sur le soir : c'est à dire que c'est une affaire en laquelle on ne voit pas encore bien clair, et dont la pluspart du monde ne parle que selon les coniectures qu'il en a, ou qu'il en forge.
Le 3% on sçeust par les lettres de Tlsle, que le ^' du passé, le maréchal d'Hocquincourt avoit passé parla dite ville, et qu'il s'en alloit à Bruxelles, et devoit ensuite aller prendre possession du grand balliage de Gand. Elles marquoient aussi que le régiment du chevalier d'Hocquincourt estoit arrivé en Flandres, et que les ennemis luy avoient donné de bons quartiers d'h3rver et que de Aire il estoit passé àHesdin quatre chariots de munitions de guerre, et soixante de bouche.S'il en va ainsi, l'autre bruict qui court pourroit bien estre vray, qui porte que Castelnau-Mauvissiere fait le degast autour de Hesdin, pendant que le comte de Moret assemble des troujK pes à Abbeville, et que la Cour partira un iour de la semaine prochaine, pour prendre les resolutions qu'elle iugera à propos sur ces occurrences, puisqu'on craint pour Peronne : car bien que le marquis d'Hocquincourt fils du mareschal ,escrive qu' on ne doit point douter de sa fidélité, il fait entendre d'autre costé, que pour le mettre à l'espreuve le Roy ne doit point advancer de son costé, ni le vîsiter.La mareschalle, sa mère, veut aussi respondre de sa fidélité pourveu qu'on n'aille point à Peronne. Tout cecy embarrasse fort la Cour, et tout le mal ne vient que de ce que le premier ministre
ne sçait ou ne veut ni bien punir, ni bien recompenser. Les autres desseins de la campagne pro« chaine sont tous déconcertés par cet accident, et nous voyons que nostre Italien ne sçait où il en est pour ses affaires de Naples : ce n'est pas que l'Anglois ne soit prest d^accomplir ce qu'il a promis, et que l'ambassadeur du Protecteur n'ait fait sçavoir à la Cour que son maistre avoit soixante vaissseaux équipés pour ses diverses entreprises.
Le 4% on fut asseuré de Peronne par un député de la bourgeoisie de cette ville là, qui en est maistresse, puisque c'est elle qui en fait les principales gardes. Le marquis de Hocquincourt, qui en est . gouverneur, a aussi envoyé protester de sa fidélité^ et comme W le cardinal estoit plus en peine de cette place que de Hesdin, on dit qu'il en eust tant de ioie qu'il traitta splendidement le lendemain le Roy, la Reyne, Monsieur, la reyne d'Angleterre et quinze ou seize femmes de la Cour, et parust extrêmement gay.
Le 6*, bien qu'on parlast icy assez diversement de l'affaire de Hesdin et que par la ville on veuille que tout ce qu'on en dit à la Cour, n'est pas véritable, nous receusmes une lettre d'Abbeville, d'un gentilhomme fort de nos amis qui s'y est rendu avec M' de Castelnau, qui nous asseuroit que des le 5^ les neuf cents Espagnols, qui estoient dans les fauxbourgs, s'estoient retirés. Sa lettre est du 3* et il adiouste que le courrier, qui passoit sur le moment, portoit icy le traitté à peu près conclu, et
ai VOYAGE Â PARIS.
qu^il ne restoit qu'à donner les Sco^ooc livres que les commandants et la garnison prétendent. Le 7*, M"* le cardinal^ soit pour la bonne nouvelle que nous venons de dire, que les ennemis s'estoient retirez de Hesdin, soit pour la ioye qu'il eust d'estre asseuré de la fidélité de Peronne, soit pour quelque autre raison secrète, fit une lotterie de 60,000 escus en bijoux. On a parlé fort diversement de cette libéralité, et les uns disoient qu'elle avoit esté semblable à celle de ceux qui estants saouls donnent les viandes qu'ils ne veulent plus, et que ne se souciant plus de toutes ces nippes, il les donnoit pour en acheter d'autres; les autres disoient qu'en sa lotterie il avoit faict son testament et faict quantité de legs à ses amis, dont il les mettoit en possession pendant sa vie. Quoy qu'il en soit, il fit faire une liste de tous ceux et de toutes celles qu'il a voulu gratifier de sa largesse, et fit mettre chaque lot dans une boéte de satin couleur de rose, bordée d'un petit passement d'argent et cachetée de son cachet, puis il fit venir un petit garçon, aagé de quatre à cinq ans, à qui il fit tirer ces boêtes, et selon les noms des personnes couchées sur la dite liste, il les leur a envoyées. Le Roy ayant eu deux lots, n'a eu qu'un esventail et qu'une paire de gans ; mademoiselle de Monbazon un chapelet d'agathe, dont elle a fait présent au S' de Yiquefort ; madame la chancelliere deux marmites d'argent ; madame la mareschalle d'Hocquincourt un vase de vermeil doré à l'antique et de mesmeque ceux dont on se sert en Espagne, ce
AVRIL 4658. Ot^
qui donne occasion à mille belles rencontres qui se sont faites sur ce que son mari vient d'embrasser le parti espagnol et a eu la charge de grand baillif deGand ; mesdemoiselles d'Haucourt, soeurs de nostre Haucourt, Taisnée un tableau de 700 li^ vres et la cadette les douze Âpostres en or, estimés à 5 ou 6,000 livres.
Le 8", il y eust une grande brouillerie au Louvre sur ce que Monsieur (i) qui fait gras, mangeant de la boulie, en présenta au Roy avec sa cuillier, lorsque Sa Maiesté le reprenoit de ce qu'il mangeoit maigre et gras tout à la fois. Le Roy fasché de son indiscrétion qui le traitoit de petit enfant, le repoussa assez rudement : sur quoy Monsieur despité, luy donna de sa cuillier par le nez. Le Roy sans s'emporter se leva et luy dit : a Petit garçon, n'estoit le respect que ie porte à la Reyne ma mère, ie vous apprendrois celuy que vous me devez; » et le fit en mesme temps arrester dans une chambre. Cet accident embarrassa fort la Reyne et Son £minence ; mais par ieui*s soins et leurs adresses, la paix se fit le lendemain à deux heures après la minuict, que Monsieur demanda pardon au Roy. Cependant il est aisé à iuger de ces petits commencements que ce prince taillera un de ces iours de la besogne à son frère et à Testât ; tant il est vray pour tout temps, pour tout aage et pour toutes sortes de conditions, et surtout pour celle des
(4) Le duc d'Anjou, frère de Louis XIV, qui fut plus tard duc d^Orléans et père du régent.— Voir la note au bas de la page 447.
4111 TOTAOE Â PARIS.
grands^ que fratrum quoque gratia rara est (i).
Le 9*, nous apprismes qu'enfin le comte de Bethime avoit réussi pour raccommodement de IVT le duc de Beaufort (2), dont il s'estoit meslé. Il coucha hier à Chaillot avec le duc de Mercœur (3) dans la maison de la reyne d'Angleterre^ et doit estre reçeu à la Cour à bras ouverts^ nonobstant qu'il ait esté le chef de la rébellion de Paris dans la première guerre, et que dans la seconde il se soit ietté à corps perdu du costé de M' le Prince. Il est vray queTiniure est vieille, et qu'il ne faut pas tant de temps à cette Cour pour qu'elle oublie le mal qu'on luya fait, puis qu'elle vient de recevoir en grâce M' de la Beaume-Clairait, l'hommede France qui entend le mieux l'infanterie, et qui ayant quitté JVT le Prince, se rendit il y a quinze iours à Sedan où on luy a envoyé son pardon et des lettres d'abolition.
Le lo**, le Roy fut au Cours pour la première fois de cette année, et les comtes de Rochefort et de Monrevert y furent volés d'une nouvelle façon. C'est qu'en retournant d'Aùteuil, où ils estoient allés voir le duc de Beaufort, ils furent attaqués à la porte du Cours, qui est du costé de Chaillot, par dix-huit mousquetaires : ayant arresté leur carrosse, et faisant grand bruict, ils ne leur demandèrent
(4) Même entre frères les bons procédés sont rares.
(2) Second fils du duc de Vendôme, il prit une part très-active aux troubles de la Fronde, et acquit une sorte de popularité qui le fit surnommer le rot des Halles, Il avait été emprisonné à Vincennes comme accusé d'avoir pris part à un complot contre la vie de Mazarin. Né en 4646. Tué à la défense de Candie en 4669.
(3) Frère du duc de Beaufort.
pas la bourse selon lacoustume, mais les chausses qu'ils les obligèrent de mettre bas sur le champ ; disant que d'ordinaire quand on leur demande la bourse, ils ne donnent que quelques pistoles et en conservent tousiours une bonne partie^ et des montres et autres bijoux, et que par ce moyen ils auroient tout. C'est un raffinage de volerie, auquel la largeur des chausses que l'on porte à présent donne occasion, car on les peut quitter aisément. Il est vray que le comte de Monrevert leur donna un peu de peine, car n'ayant point de caleçons, et ses bas estant attachés à la doubleure de ses chausses, par impatience ils la luy coupèrent avec leurs espées, faute de cousteaux.
Le 1 1% nous sçeumesquela princesse Louyse de Bohême estoit arrivée à Chaillot, et qu'elle y avoit esté visitée de la Reyne et de quelques personnes de la Cour. On asseure qu elle n'est point grosse, ^ j C et que tout ce que l'on en a dit n'a esté qu'une pure calomnie de la princesse d'Oxolder, qui pour se recouvrer et maintenir son droict dans la ville de Bergue, en avoit fait courre le bruict. Cependant on ne la fait voir qu'à ceux que le prince Edouard son frère y mené. La Reyne luy a fait de grandes caresses, s'il en faut croire la voix publique, et luy a promis une bonne pension sur les premières abbayes vacantes.
Le 1:2% à la grande munificence de M*" le cardinal en fait de lotterie, on en adiouste une de plus grand esclat et de plus grande utilité. C'est que sur ce que le collège des cardinaux s'est cottisé chacun
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à mille escus, pour assister la Republique de Venise en cette dure guerre qu^elle soustient depuis si longtemps contre Tennemi du nom chrestien, il a d'abord offert de donner plus que tous ensemble et d'entretenir six vaisseaux au service de la Seigneurie , mais sur ce que l'ambassadeur de Venise a représenté qu'on ne manquoit pas de vaisseauxy mais d'argent, il luy fist compter avant-hier cent mille escus. Ils n'empescheront pas que ce sage Sénat ne prenne ombrage des grands advantages que les François peuvent avoir dans le Milanois, où il est certain que les Espagnols sont en très mauvais estât, puisqu'ils n'y ont ni monde ni argent. L'armée Françoise au contraire est lestée et s'est si fort augmentée en ses quartiers d'hyver dans le Mantuan, qu'on la croit capable de tout entreprendre. On a envoyé cent et cinq mille pistoles au duc de Modene> pour commencer la campagne; et pendant qu'il attaquera les Cresmonois, on croit que le duc de Navailles (i), qui va en Italie, entrera dans le Milanois d'un autre costé avec les troupes de Piémont.
Nous vismes hier la copie d'une lettre, qu'on escrit de cette Cour au comte Bichi en response de celle par laquelle il avoit représenté à Son Eminence combien il estoit nécessaire que la France envoyast un ambassadeur à Rome. On luy fait sçavoir qu'on n'est pas de dessein d'y en envoyer un, et que le pape n'y oblige guère la
(4) Montault-Benac, duc de Navailles, maréchal de France.
France, puisque pendant qu'il souffre et caresse à Borne un envoyé du prince de Condé, il ne veut pas admettre Tambassadeur de Portugal, ni accommoder l'affaire de Parme par l'entremise du Roy ; mais que Sa Maiesté mettoit une assez grande différence entre la dignité temporelle du pape et la spirituelle, et que n'ayant rien à déférer à celle là, s'il en use de la sorte qu'il a fait iusques icy, elle sçait bien de quelle façon elle devra vivre avec luy . Par là il est aisé à iuger que la France n'est guère bien avec Rome.
J^e i3% on respondit aux cahiers des desputez de la religion par un vray galimatias qui porte que l'edict de Nantes sera observé et les déclarations données en conséquence, et que pour cet effet on nommera des commissaires de part et d'autre pour se transporter sur les lieux, et quand ils ne pour^ ront s'accorder ils dresseront un verbal, dont le conseil iugera. C'est leur former autant de procez qu'ils auront de difficultés ; car il est asseuré que les commissaires papistes recourront tousiours aux déclarations données au preiudice de ceux de la religion, et les autres au contraire à celles qui sont données en leur faveur, par où l'on se séparera sans rien faire que verbaliser.
Le i4% on commença à croire que Hesdin estoit perdu, et l'on sceut que W le Prince y avoit ietté du monde ; mesme on publie que M*" d'Hocquincourt y a fait entrer un convoy, et que MMeCastelnau s'y estant voulu opposer y a reçeu quelque eschec. On assemble les troupes de toutes parts
pour réduire cette place dont od veut faire un exemple quoy qu'il en couste ; et on croit qu'on l'assiégera le 1 5 du mois prochain.
Le 1 6% le S' d'Ossenberg (i) arriva en cette ville et nous fut voir tout aussitost. Il nous confirma ce que nous avons dit de la princesse Louyse, et nous asseura qu'on ne la pouvoit voir sans y aller avec le prince palatin , ou au moins sans estre cognu de l'abbesse. Il nous dit qu'on fait cela afin que le monde ne s'y rende en foule, tant par curiosité que pour la féliciter de son noviciat. Il l'avoit esté voir avec le prince Edouard son frère qui l'y avoit mené.
Le 17% le S*" de Schomberg attaqua quelques redoutes sous le canon de Gravelines, et les emporta à la barbe des ennemis, et y fit quelques prisonniers. Comme il marchoit vers celle qu'on restablissoit du costé de la mer, la garnison de Gravelines voulut luy couper chemin, mais il s'en desembarassa si bien qu'il prit la redoute et em» pescha de la secourir.
Le 18% nous ayant esté dit qu'à Nostre-Dame il y auroit une belle musique, nous y allasmes pour l'ouïr. On ne voulut point d'abord nous laisser entrer au chœur , mais nous priasmes un prestre de nous en ouvrir la porte, ce qu'il fit fort civilement, et nous y ouïsmes chanter à nostre aise. De là nous fusmes aux Grands Âugustins, où un prestre, croyant que nous avions envie de monter à la galerie pour mieux ouïr leur musique, nous en ou-
(4) Allié des voyageurs. — Voir la généalogie, n* S, de VAppen-
vrit la porte. Comme nous y fusmes, nous eussions bien donné quelque chose pour estre en bas, car nous nous treuvions seuls parmi tous ces prestres, qui par leur plein chant nous estourdissoient fort. Comme ils eurent achevé leur musique, on eut dit qu'ils entroient en furie, car ils battirent des pieds et des mains pour dire que tout estoit fini.
Le 19% les grands efforts du clergé contre nos églises, la corruption de nos mœurs, et le peu de zèle qui règne parmi nous, faisant appréhender à ceux de nostre religion qui sont en cette ville, que Dieu ne voulust nous chastier de nostre impieté et irreligion en nous ostant la prédication de sa paroUe et nous punissant de la façon que le furent les églises d'Asie dont parle saint Jean, leur firent choisir ce iour pour l'employer au ieusne et à des prières extraordinaires. Nous fusmes à Charenton depuis les huit heures du matin iusques aux six de Tapres disnée. Nous y ouîsmes trois beaux presches et fort touchants, et Dieu veuille que nous en ayons bien fait nostre profit.
Le 20% qui fut le vendredy sainct, le Père Morlaye (i), capucin, qui a presché tout le quaresme au Louvre, y finit cette dévotion par un traict bien
(4) Il en est question dans le Journal d'Olivier d'Ormesson : a Le dimanche 6 décembre (4643), je fus Tapresdisnée à Saint-Paul, au sermon du père Joseph Morlaye qni faisoit merveilles. » — < Le dimanche 25 aoust (4647), je fus l'aprèsdisnée aux Jésuites où la reyne vint. Le Père Joseph de Morlaye, capucin, y prescha. Son texte fut 1 Cor régi» in manu Domini. Son commencement fut fort beau, mais la fin ne satisfit pas. Il dit que la reyne devoit prendre parmi les Jésuites un confesseur pour le roy : dont chacun fut mal édifié, ce discours estant trop affecté. »
hardi. Comme il vist que la Reyue et le Cardinal n'estoient point à son sermon, ii prit occasion de dire au Roy sur ce qu'il expliquoit la passion et parloit de Pilate qui par crainte de Cœsar faisoit ou laissoit crucifier Nostre Seigneur, que c'est là une mauvaise crainte et de la nature de celle qui fait que le droict est opprimé par des respects humains ; qu'il seroit coulpable de cette crainte s'il ne disoit au Roy Testât auquel se trouvoit son royaume, le mescontentement et le desplaisir qu'avoient ses peuples de voir la façon d'agir de ses ministres ; qu'il y en avoit de plus riches que luy; que c'estoit une honte que les peuples qui se saignoient pour le bien de ses affaires, pour sa gloire et pour le soustien de sa couronne, vissent avec des soupirs et des larmes que tout leur bien, tout leur avoir et toute leur substance passast en des mains estrangeres. « £u des mains estrangeres, Sire, adiousta-t-il, qui exercent des libéralités qui ne devroient partir que de Vostre Maiesté; qui donnent toutes les recompenses et prennent pour elles et pour leurs créatures toutes les finances de vostre Estât! » Et afin qu'on necreust pas qu'il eut tenu ce discours par hazard, à sa conclusion il en répéta une partie, protesta qu'il avoit parlé de la sorte pour descharger sa conscience, et qu'il estoit préparé à toute sorte d'événement, et mesme à souffrir le martyre et la mort, si on luy vouloit trancher la teste au partir de la chaire ; mais qu'il esperoit un autre traictement de la clémence de son Roy qu'il sçavoit estre, ou devoit estre comme
ni
le grand Theodose, qui remercia les deux evesques qui Tavoient adverli par leurs lettres du malheur de son gouvernement On ne sçait ce que Ton ordonnera sur la témérité de ce Père, dont quelques-uns blasment le procédé et la pluspart le louent.
Le 21% nous fusmes à Charenton y célébrer la sainte Cène, et y fusmes aussi longtemps que le vendredy^ sans boire ni manger : et il faut advouër que le ieusne est une grande aide pour la pieté et pour la dévotion.
Le reste du temps que nous fusmes à Paris, nous Temployasmes à nous préparer pour nostre voyage de Bourbon, à faire empacqueter nos bardes, tant celles que nous laissions à Paris, que celles que nous prenions avec nous, et à dire nos adieux : et ainsy la continuation et la suite de nos remarques ne se prendra que du iour de nostre départ. Aussy en ferons nous un volume à part à cause de celte petite interruption, ayant compris en celuycy tout ce que nous avons veu et apris de plus considérable pendant une année et demy de seiour à Paris.
Lettre de M, Chanut au Cardinal.
De Paris» ce 20 leptambra IGM»
Je supplie Votre Eminence de me permettre de lui dire que la présence de M. Brasset est absolument nécessaire, au moins pour quelque temps, à quiconque servira en Hollande ^ et qu'estant incommodé et afflige par le deffiiut de payement de ses appointements depuis plusieurs années, il assistera sans courage celuy qui sera envoyé et luy révisera peut estre les addresses et les lumières que ses longs services luy ont acquis , s'il ne luy porte la bonne nouvelle du payement de ses appointements pour une année. Je ne parle point de son mente; mais je manquerois fort de prévoyance si je m'imaginois de pouvoir réussir en im lieu, où il y a tant de testes à gouverner et tant de pardcularitez à sçayoir, sans le secours de l'ancien ministre qui a toutes les habitudes, ou si je me promettois qu'il prist grand soin de m'ayder de ses conseils et de m*empescher de £Edllir estant outré de mescontentement et délaissé sans assistance.
Lettre de M, Brasset, ministre de France à la Haye^ à M, Servien^ surintendant des finances.
lA Haye, 0 octobre IfiSS.
MoifSBIGNBUR,
C'est dans la dernière extrémité que j'adjouste cette lettre aux continuelles et importunes sollicitations de mon fils. Les considérations du service du Roy et celles du deffaut de ma yeiie par un long et pénible travail, joinctes à la misère où je me trouve reduict sans plus avoir aucun moyen ny crédit pour subsister, m'ont obligé deremonstrer à la Cour qu'un ambassadeur y serait désormais très nécessaire. J'ay appris des lettres de M' Chanut que cet employ luy est commis, et qu'en l'acceptant il a usé de cette justice et d'un office d*un hooune d'honneur et vray amy, de joindre mes interestz avec les siens; et déplus, Monseigneur, que vous avez favorabl^uent esoouté ce qu'il vous en adit,jusque8 àluy promettre quelque secours présent et de pourvoir aux asseuranoesdu suiplus de ce qui m'est deu; mais quand il s'est expliqué avec moy du payement d'une seule année, permettez s'il vous plaît que je vous représente cela n'estre non plus pour un soulagement, qu'un verre d'eau dans la mer pour en addoucir la salure, veu l'accablement où je suis de debtes, après avoir consumé le peu que j'avois d'effectif, par où cette famille se trouve sur le bord de sa dernière ruine, si vous n'estendez vostre main charitable pour son secours, surtout dans l'occasion de la prochaine et, s'il m'est permis de la nommer ainsy, précipitée vernie de mon dit S' Chanut : car ayant à faire tost après ma retraicte» ce ne sçauroit estre sans honte et scandale contre la dignité du Roy, et s'il continue de prétendre que pour respect du mesme service de Sa Maiesté je reste en«
cores icy quelque temps, ainsy que par sa lettre du troisième il m'en conjure, j'aurois peine d*y satisfaire faute de quoj 7 subsister.
Ce sera de tous, Monseigneur, que dépendra principalement le moyen de me garentir de passer pour un déserteur de la cause publique, pour laquelle je voudrois employer jusques à ma propre vie, et de manquer à un amy que jlionore parfaitement. Je tous supplie doncques en toute humilité de redoubler au moins Tostre grâce par un comptant de deux années, et une bonne assignation poiurle surplus sans qu elle soit sujecte à diversion comme desia par quatre fois je m*y suis trouvé e^ludé. Je me tiendrois fort redevable à M** l'ambassadeur Boreel de Tintercession qu il vous a faite pour moy si je n'estois honteux et confus de le voir se rendre tesmoing de ma misère, et de celle dont je suis menacé par les gens de son pays dont il cognoist le naturel. Ce que vous avez eu la bonté de luy repartir là dessus poiur ma consolation estant peu par deçà, engage, si vous me permettez de le dire, en quelque sorte votre réputation, si mes créanciers n'en voyent quelque suite; ou bien ils croiront qu^estant satisflûct je les entretiens d'amusemens.Mais, Monseigneur, pour ne pas vous offenser conune si j'entrois en doute de vostre bonne volonté, je reduiray mes très humbles instances dans l'espoir et l'attente d'un efiPect qui augmenteroit si eUe n'estoit desia infinie la passion que j'ay tousiours eue de mériter dans Texecution de vos commandemens la qualité, Monseigneur,
De Vostre très humble, très obéissant et très obligé serviteur.
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Lettre de ilf» Servien, surintendant des finances^ à
M. Brasset.
21 norembre 105S.
Je viens de recevoir présentement la lettre que tous m'avez escrite du i3^ de ce mois^ pour response à laquelle je suis oblige de vous dire qu'il n'estoit point nécessaire que M' Chanut me sollicitast de vous rendre justice, sachant qu'il n'y a personne dans le service à qui elle soit plus légitimement deiie \ et, quoyque sa reconunandation pour ses interestz et pour ceux de %es amis me soit en une considération particulière, qu'elle sera tousjours inutile pour vous qui n'avez besoing que de vostre mente et vostre prop];e vertu pour vous faire considérer. Quand il en fauldra rendre tesmoignage public, je vous déclare que je le feray plus sincèrement que personne et que j'ay un regret indicible de n'avoir pas esté jusques icy en estât de donner meilleur ordre à vos affaires. Sitost que je le pourray et que Tordre que nous taschons de rétablir dans les finances nous le permettra, je vous asseure que je m'employray avec toute TafFection que vous scauriez désirer pour vous tirer de peine et que je mettray tous mes soings pour vous procurer la satisfaction que vous avez tout sujet d*attendre d'une personne qui connoist vos services et qui est veri- Xablement,
Monsieur,
Vostre bien humble et très affectionné serviteur^
Signé : Servibn .
{De la main du ministre) : Si j'avois un peu plus de loysir, je trouyerois une particulière satisfaction à vous entretenir par mes lettres. Il a fallu prendre un jour de médecine pour en avoir aujonrd'huy le temps, et pour vous donner cette nouvelle asseurance que je n'auray point de repos jusqu'à ce que vou^ ayez esté satisfait. Cependant je salue de tout mon cœur madame Brasset et toute vostre chère famille.
Extrait dune lettre de M, Brasset au Cardinal.
L la Haye, 1«' Janyier 1054.
Je tiens à bonheur dans la misérable condition où je me trouve réduit, Monseignem», d'avoir à passer quelque peu de temps près mon dit sieur l'ambassadeur, qui faisant profession d*un très particulier attachement au service de Vostre Eminence, pourra juger s'il y a rien en moi qui soit esloi^é de ma première conduite, que par tant de fois et depuis si longtemps Vostre Eminence m'a fait l'honneur d'aggréer. Je me haste de luy donner tous les éclaircissements que j'ai pu acquérir dans la pratique des affaires de ce pays, afin que tant plustost je puisse faire ma retraicte et faire voir à Vostre Eminence, si elle me le permet, un homme tout blanchi et aveuglé dans un continuel travail depuis quarante ans, et qui n'en aura recueilly autre fruict que celuy d'une satisfaction intérieure d'y avoir agi avec honneur et probité, si la grâce de Leurs Maiestez^esmeùe par cette htuneur bienfaisante et charitable qui vous est naturelle, ne s'estend sur une famille pour laquelle je ne demande que du pain.
46« VOTAGB A PARIS.
Extrait itnne lettre de M, Brasset à M. Serçien.
U Haye» 2S féfrier 16M.
Monseigoeur, mes langueurs et soufirances
passées me font voir la face de Tadvenir si hideuse, que je ne sçaurois la regarder sans trembler de peur ; car de qui désormais sçaurois-je espérer du soulagement, puisque dans la confiance que vous m'avez depuis un si long temps donne suject de prendre en Thonneur de vostre bienTcillance et protection, je con»dere mon malheur si acharné contre mo j qu'au milieu de la pleine puissance et autorité où vous estes dans les finances, tous n*ayez pas encores trouvé l'occasion de faire pour cette famille une partie du bien que vous luy avez toujours promis. J'en accuse ma seule mauvaise fortune qui me fera paroistre devant vous incontinent après Pasques (ayant par le dernier ordinaire receu de la G>ur toutes les expéditions requises pour ma retraicte), en Testât le plus misérable on scauroit tomber un homme de bien et d'honneur d'estre reduicl à faire pitie.
Généalogie de MM. de Sominelrdick et de ailiers.
G>meille, i^an Aerssen^ S' de Sommelitlyck, Spyck, Bommel etPlaat, chevalier de Saint-Michel, colonel de cavalerie au service des Provinces-Unies et gouverneur de Nimegue, né en i6oo, mort le 9 novembre
i66a. — Fils de messire François van Aerssen, S' de Sommelrdyck et Spyck, cheyalier de Saint-Michel, ambassadeur des Provinces Unies à la Cour des Tuileries, et de Petronille Borre.
H fut admis après In mort de son père comme membre du corps équestre de la province de Hollande.
Il épousa Lucie van Walta^ fille de Pierre, député aux États^énéraux, et Frouck van Juckema,
Dont :
I* François S' de Plaat. Né en i63o, il périt en mer le i4 novembre i658.
2* Corneille S^ de Sommelrdyck et Spjck, gouverneur de Surinam, massacré en 1688.
Il épousa Marguerite du Puy^ marquise de Saint-André Monbrun, fille d'Alexandre et de Marguerite ^/^ la Fin ; morte en 1698.
3^ Petronille^ qui épousa Jehan van ff^eroori S' d'Ossenberg.
4** Isabelle^ qui épousa Henri, comte de Nassau^ sieur d'Ouwerkerck, feldmaréchal au service des Provinoe»- UnieSy fils de Louis et Elisabeth, comtesse de Homes.
5« Henriette^ qui épousa François Soete de Laeke S' de
Potshoek, son cousin, sine proie.
6® Anne^ 7** Marie, 8* Lucie, mortes célibataires. 9« Pierre^ né en i63i, mortle 28 décembre i65i.
La sœur utérine de messire G>meille, nommée Adrienne van Aerssen, née à Paris le 20 septembre 1606, morte le 1 5 novembre 1 677 , fut niariée à Alexandre Soete de Laeke S' de Villers, Sevender et Potshoek (né le i*' août i6o3, mort à la' Haye, le 3o août 1678), fils de Philippe S' de Villers, Bosque, etc., gouverneur du Willemstad et du
470 VOYAGB A PARIS. ^
Clundert, et Béatrice çan Tickelberg dite Hooftmahs,
Enfants d'Alexandre Soete de Laeke et d*Adrienne van Aerssen :
1* Philippe^ S^ de Villers, Sevender et Potshoek, député au Conseil d'Etat des ProTinces-Unies, membre du Corps équestre de la proyince de Hollande, né le 29Janvier i636y*t* le II mars 1689. Ep. aS déc. 1666, Anne if an derDoes^ fille du S' de Noortwyk.
a* FranâoiSy S"" de Potshoek, né le 24 avril lôSj, "f" sine proie. Ep. 1670, Henriette i^an Aerssen,
3* Alexandre^ né le 4 août i638, gros major de Maastricht, tué à la bataille de Seneffe, 1 1 août 1674-
4** GuiUaume-Comeille^ né i5 déc. 1640, tué à Senefïe.
5® Béatrice-Maximilienne^ née aS mai i644> 1* i*' ™^ • 1659.
Philibert de Tuyl^ S'deSerooskerke et Wulden membre du Corps équestre de la province d'Utrecht, '\ 7 janvier 1661, fils de' Jérôme et Henriette Oem van Wyngaerden,
Lettre de M, le comte Seruien à M, Chanut.
185ft.
Monsieur,
Je n'auray point le bien de vous entretenir par cette depesche des affaires publiques \ je prendray seulement la
APPENDICE N* 3. i74
liberté de tous dire que j ay achepté la terre de Meudon où l'on peult aller par eau, et que pour perdre moins de temps lorsque je seray obligé d'y aller prendre Tair, je désire de faire venir un batteau de Hollande , de ceux dont ou se sert dans le pays pour faire voyage sur les canaux. Je souhaite s'il est possible quil y ayt deux chambres où Ton puisse estre commodément et y marcher debouty affin qu'en travaillant dans Tune, mes amis qui viendront avec moy puissent jouer et se divertir dans l'autre. Il fault qu'il soit bien couvert, peinct et doré à la mode des plus beaux du pays. Je me promets de vostre amitié que vous vouldrez bien commander à quelqu'un des vostres de m'en achepter un^ et le choisir de la forme qu'il vous plaira le prescrire pour me l'envoyer avec les premiers vaisseaux qui viendront pour entrer dans la rivière de Seine et aller à Rouen d'où je le feray venir icy. S'il ne s'en treuve pas de faict comme je le demande, il faudra en faire faire un promptement^ car poiu* ne vous rien déguiser j'ay grande impatience d'en avoir bientost un. D n est pas que vous n'ayez espreuvé la challeur que l'on a dans les nouvelles acquisitions. Pardonnez s'il vous plaist à la liberté que je prens ; cognoissant vostre humeur obligeante, je suis asseuré qne vous ne le treuverez pas mauvais. J'ai joint à cette depesche une lettre de crédit pour payer le prix qui en aura esté faict, suivant les ordres qu'il vous plaira d'en donner. Je crois que vous me ferez la faveur de disposer de moy en toutes occasions avec la mesme liberté et de croire que je seray toujours avec toute l'affection qu'on peult avoir pour vos intérêts^ Monsieur,
Vostre très humble et très affectionné serviteur.
Monsieur, pardonnez à mon effronterie et à la passion
i7t VOTAGE A PABIS. ^ .
d'un homme qui est dauB les premiers empressements d'une acquisition qu'il vient de faire à la campagne.
Lettre de M. Servien à M. ChamU.
Je suis si honteux de la peine que vous donne le soin que TOUS prenez de mon bateau que je n'ose presque tous en parlei* ni tous remercier du TOjage que tous aTez fait à Amsterdam pour cela. Je n ay garde de tous dire mon adTÎs touchant la forme dont il doitestre composé, estant asseuré que je ne tous sçaurois rien proposer de si bien que ce que tous en aurez ordonné. Je tous supplie seulement d'aTOÎr agréable que je remercie M. Gentillot de la peine qu'il a prise de tous accompagner et de tous assister de son conseil.
J'attendray désormais aTec impatience l'anÎTée de cette maison flottante , qui fera souTent la communication de Paris et de Meudon et qui me donnera moyen de traTailler en chemin faisant. 11 ne me soucie pas fort qu'elle aille à la Toille parce que mon dessein est de la faire tousjours tirer par un petit bateau où seront les rameurs, ou s'il est nécessaire par des cheTaux en remontant.
Lettre de M. Chanut à M. Servien.
A ÀiiTeis, le 2« octobre 1054.
MoifSIBUR,
J'ay donné à M' de Gentillot la part qu'il tous a plu de luy faire au remerciement pour le soin que nous aTons pris ensemble de tous serTÎr d'une petite barque. Il l'a receu aTecjoyeet respect: mais s'il tous aToit autant
APPRNDICE N» 3. 478
d'obligations que je vous en ay et s'il sçavoit combien TOUS méritez d'estre servi par ceux mesme qui n'y sont point engagez par bienixdts, il se seroit retiré bien loing comme je fisiis d'un compliment qui est au dessus de nous. Recevez, s'il vous plaist. Monsieur, mon obéissance en ces choses légères comme une marque de ma soubmission et de la recognoissance que je fais que je vous la dois et que je vous la rendray en homme de bien en toutes celles dont je seray capable. Depuis que j'ai envoyé le blason de vos armes à Amsterdam, il m'est venu en la pensée que nous ferions mieux de laisser vuides les places où elles doivent estre taillées de sculpture, pour ce que ce bateau ne portant aucune marque de son maistre sera moings exposé aux risques des ennemis. J'estimerois pour plus grande seureté que nous ferions bien de prier le fils de M. l'ambassadeur Boreel qui est à la Haye de l'avouer comme l'envoyant à monsieur son père, car je crains qu'une telle forme de bastiment ne passe pas aisément pour l'envoy d'un marchand à un autre. Je vous supplie Monsieur, de me donner vos ordres sur cela.
Lettre de M, Chanut à M. Servien,
Lb Haye» le 10 noTembre Ittft.
Dans le temps que je puis avoir response à cette lettre uostre petit vaisseau sera prest ; mais il reste à régler la peinture, ce que je n'ose faire sans vous demander vos ordres. Notre bateau bien qu'assez plat de fonds, en sorte que tout chargé il ne tire pas plus d'un pied et demi d'eauë, garde pourtant la forme dun navire par sa pouppe, sa proue et sa construction sur une quille non point couppée à plat comme les bateaux de la Seine. De la mesure
474 TOTÂGB A PABIS.
d'Amsterdam, qui est plus petite que la nostie d'environ un septième, il a dix toises de long et deux toises et demie de large : dans le milieu deux chambres de deux toises en quarré chacune et un espace de trois pieds entre deux dans lequel est ménagée une cheminée enfoncée pour chaque chambre, une commodité, et un passage d'une chambre à Tautre. Sur la pouppe il y a une autre chambre plus élevée d environ trois à quatre pieds, d'environ dix pieds quarrez. Le dehors de la pouppe est paré de sculptures belles pour le pais comme tous les fenestrages des chambres au dehors. Le long du bord il y a une ceinture de feuillages et la proue a une poulaine comme les navires aveq les façons ordinaires et un cheval marin sur le bout.
Nous avons icy un jeune homme brabançon qui a travaillé pour quelques autres personnes qui se louent de sa fidélité au travail. Ses ouvrages que j*ay veus sont beaux. Je l'ay envoyé voir nostre barque et luy ay dit que j'estois d'avis de n'en peindre les dehors que d'une belle grisaille bien ménagée par le fort et le faible en couleur aveq de l'or où il en faudra, et quant aux trois platfonds des trois chambres, qu'il nous falloit une autre grisaille et bien mêlée d'or poiurce qu'estant fort proche de l'œil s'il y avoit quelque chose de grossier, il paroistroit fort rude. II a veu l'ouvrage à loisir et après avoir faict son calcul au plus juste, il me demande pour le temps six semaines, et pour l'argent, au dernier mot, quatorze cent livres; prétendant qu'il luy coûtera plus de huit cent livres en or qu'il £Eiut mettre à double feuille, autrement il ne dureroit point en ouvrage à découvert. Il m'a douné deux dessins pour les platfonds des deux chambres ; il en a un troisième pour la pouppe. Le prix qu'il demande me semble un peu haut j et tant pour cela comme pour n'en retarder pas tant l'en-
APPENDICE No 8. 475
voy et pour ce que je ne scay s*il seroit expédient que nostre barque soit si belle qu'elle fasse trop envie à ceux qui la rencoptreront en mer, j'ay voulu attendre votre commandement. Cependant afin que Teau ne gaste rien nous ferons donner deux couches de blanc à la sculpture, ce qui est toujours nécessaire, et une couche de grisaille sur le tout.
Lettre de M, Chanut à M. Serçien,
" De la Haye, le A mars 1055.
Depuis huit ou dix jours que le grand froid est relaschë et que nos canaux sont ouverts, nostre iacht est entre les mains du peintre qui l'a faict griser à Amsterdam afin qu'en le conduisant à la maison de M' Boreel, où il le doit peindre et dorer, il ne reçoive point de dommage par la pluye. J'espère que la longueur du temps sera recompensée par la beauté de l'ouvrage. Pendant que l'on le peindra, nous aviserons à la seureté de son passage en France. La saison et les ouvriers ne m'ont pas permis de vous servir en cela aussi promptement que je le desirois.
Lettre de M. Chanut a M. Servien*
A la Haye, 8 Juillet 1655.
Lorsque nous Taurons, je vous envoyeray le iacht sous la conduite du capitaine de celuy de M' de Bevrevert, qui est un fort bon homme, françois habitué de longue main en ce païs et fort capable de cette commission, au jugement de M' Jean Eversen, vice admirai de Z^lande, dont
j'ajprîft Tadvis. Il D*y avoit aucuae seureté pour le pedt basûment de le mettre au derrière d'un navire de guerre attaché avec un cable. Il auroit esté brisé en choquant le grand vaisseau, au lieu que descendant d'icy en Zélande entre les terres, il ira de là le long de la coste jusques au Havre doù le mesme capitaine vous le conduira jusques soubzMeudon. M' Bevrevert m*a tellement déconseillé d'y mettre du cuir doré à pause de la mauvaise odeur en un lieu si exposé à la chaleur, que je n j en ay point encore fidt mettre; mais s'il vous plaist qu'il y en ait, pour le peu qu il en faut cela sera prest en un jour. Nous le choisirons bien assortissant en cette ville où le meilleur de Hollande s'y faict maintenant, s*il vous plaist de m'en donner Tordre promptement, et nous attendrons la response à cette lettre auparavant que de le Cèdre partir.
Dépêches de M. de Tliou au comte de Etienne,
De la Haye, ce 18 août 1057.
Il ne me reste plus qu'à vous donner advis du
rencontre que j'eus hier avec Monsieur l'ambassadeur d'Espagne, duquel vous trouverez une relation dans cette depesche à laquelle je n'ay rien à adjouster, sinon que le dit ambassadeur a tesmoigné en estre très marri, et a fort protesté qu'il n'y avoit eu rien de prémédité de sa part, et j*estime qu'il n'en cherchera pas l'occasion à Tadvenir. Je ne puis aussi oublier de vous dire que M*" le résident de
Suède eayoya toute sa femille en estât autour de mon carrosse et depuis m*est venu faire compliment la dessuz comme aussi le résident de Brandebourg. Tout le monde est demeure d'accord que si les gens de l'ambassadeur d'Espagne eussent dit la moindre chose ou branslé, que nonobstant la garde de l'Estat, on eust fiedt main basse sur eux. Je pense que la chose s'est passée pour le mieux, pour ce que la violence ne pouvoit arriver sans la perte de plusieurs honnestes gens dont un seul seroit à regretter. Le baron de Langracht, fils de celuy qui a esté ambassadeur en France, mérite, outre le général, que je m'asseure que TOUS me donnerez ordre de faire à tous les o^ciers françois et à nos amis, un compliment particulier de la façon et manière dont il s'est comporté, car il ne se peut rien adjouster ny à sa chaleur, ny àson zèle, et c'est une personne qui vaut beaucoup.
Pour Tadvenir, j'ay déclaré hautement que dans la promenade je prendrois toujours la main droitte de la barrière, c'est-à-dire que le cocher la mettroit toujours à main droitte. Je pense que Monsieur l'ambassadeur d'Es^ pagne fera la mesme chose et ainsi nous ne nous rencontrerons jamais. Que s*il prend le chemin de se rencontrer, je luy feray quitter le pavé comme j'ay desia fait. C'est sur quoy j'attendray vos ordres, auxquelz je me conformerai comme je doibs. Il n'y a rien dans la relation que de vray et je l'ay faitte la plus modeste qu'il s'est peu ; et l'on ne peut icy assez estimer la retenue et l'obéissance des François, et Messieurs les Estatz s'en sentent obligés. Les quatre personnes qui estoientdans mon carrosse sontle bon homme M''de Douchant, le sieur de La Vallée, un nepveu de M' de la Cour-Groullair, et le consul Janot.
Je suis,
Monsieur, etc.
47ft VOYAGE A PARIS.
De la Haye, ce dimanche 12 lonst 1057.
n est arrivé ce soir un différend entre Tambassadeur de France et celuy d'Espagne, (jui a esté de grand esclat pour ce que^ outre la qualité et dignité des personnes, il s'est rencontré en un jour de dimanche et sur les 6 heures, qui est l'heure que tous les carrosses et une grande partie des honnestes gens et du peuple sont à la promenade en un lieu qui s'appelle le Voor-hout. Ce lieu est une grande rue au plus bel endroit de la Haye, de la largeur de celle de Saint-Anthoine vers la Bastille à Paris, au milieu de laquelle il y a une grande allée d'arbres, environnée de barrières autour desquelles il se faict un cours de carrosses, et au dedans de l'allée on se promène à pied^ et ordinairement plusieurs membres de l'Estat s'y trouvent, qui a esté cause que la chose s'est passée sans effusion de sang, comme il y en avoit grande apparence. Jusques icy lesdits S" ambassadeurs avoient vescu assez civilement^ et l'ambassadeur de France, dernier arrivé, ayant appris que celuy d'Espagne avoit donné ordre à ses gens de saluer ceux du dict S"* ambassadeur, il donna aussitost le mesme ordre aux siens, et leurs penonnes s'entresaluèrent aux rencontres avec beaucoup de civilité, et jusques alors l'ambassadeur d'Espagne, ou par bonheur ou par prudence, avoit évité la rencontre de noise, qui est arrivée ce soir, comme vous allez apprendre.
L'ambassadeur de France s'estoit allé promener à la maison de plaisance de madame la princesse douairière d'Orange qui est dans le bois, et à son retour, passant devant le Yoor-hout estant encore haute heure, il fit commander à son postillon, pour ce qu'il •stoit à six chevaux, de faire tm tour du dict Yoor-hout,
et comme il fut adrancë enyiron cent pas proche d'mi tomnant, il lencontra le carrosse de l'ambassadeur dTspagne, à deux chevaux, dont le cocher a£Fecta de se serrer et approcher contre la barrière, qui est le dessus et la place d'honneur de ce lieu là, ce qui ayant esté apperceu par les cochers de Tambassadeur de France, ils se serrèrent aussi contre la dicte barrière et les carrosses demeurèrent ainsi arrestez l'un devant l'autre. L'ambassadeur de France n'avoit en son carrosse que quatre personnes^ touts sans armes, et seulement cinq valets de pied, et deux petits pages qui estoient sur le derrière de son carrosse; l'ambassadeur d'Espagne avoit autour du sien une nombreuse livrée^ qu'il avoit arborée depuis quelques jours, augmentée de la moitié de ce qu'il avoit accoustumé, ayant six grands pages au lieu de trois qu'il avoit d'ordinaire, ce qui fait croire qu'il pouvoit y avoir quelque dessein prémédité. L'ambassadeur de France ayant veu son carrosse arresté, et le subject, feit commander à ses cochers, à peine de la vie, de tenir ferme et de ne s'escarter pas de la barrière, et envoya à son logis donner ordre à sa maison de se rendre en diligence auprès de sa personne, avec des armes ; et incontinent les deux carrosses furent environnez de mille personnes de toute sorte de conditions, qui accoururent à la nouveauté d'un accident qui n'estoit pas encore arrivé, et dans ce nombre se trouvèrent quelques-uns des membres de M" les Estats généraux et de ceux de Hollande, qui ne furent pas peu surpris et en inquiétude de ce qui pouvoit arriver. Us proposèrent plusieurs expédients que l'ambassadeur d'Espagne acceptoit touts, pour ce qu'ils alloient à conserver en quelque façon l'égalité, mais l'ambassadeur de France leur i^pondit qu'il ne s'agissoit point de conserver l'égalité entre deux personnes dont Tune estoit en possession de la préséance qu'il sçauroit
bien maintenir; qu* il n'avoit point affecté ce rencontre, mais que Tambassadeur d'Espagne Tayant recherché^ ou estant né par bazard, il falloit qu*il cedast ou de gré ou de force. Sur ce discours arrivèrent en grande diligence deux escouades de la garde qui entre tous les jours en la Cour de Hollande, qui en est assez proche, et se rangèrent en baye des deux costez.
M" de Bevrevert, de Withe, de Bareudreck et de Beverning vindrent ensuitte, et dirent à l'ambassadeur de France qu'ilz avoient faict venir ces gens pour la dignité de l'Ëstat, et poiur empescher le tumulte, mais qu'il ne leur estoit pas permis de décider un pareil différend entre deux grauds roys. L'umbassadeur de France leur dist qu'il n'y avoit point de différend en une cbose jugée^ qu'à Rome, à G)nstantinople, à Venise, en Suisse, en Dennemarck, Suéde et Pologne^ et generallement partout, les ambassadeurs de France avoient la préséance qu'on ne leur avoit jamais osé contester ; que l'ambassadeur d'Espagne n'avoit point d'ordre de la disputer, mais de rechercher seullement avec addresse l'égalité, et que ses ordres de luy estoient de maintenir la préséance au péril de sa vie, comme il le feroit; et qu'au reste cette préséance estoit une chose de justice, estant fondée sur le droit, sur la possession, et sur les exemples que le temps et le lieu ne permetloient pas d'expliquer. Pendant touts ces discours la maison de l'ambassadeur de France arriva et touts les officiers François de la Haye, avec mesme quelques officiers Suédois, Anglois, Escossois, et du pays, et toutte la suitte des amys, qui environnèrent le carrosse de l'ambassadeur de France, et il parut bien alors que le party de France n estoit pas le plus foible ni le moins brave, touts les François n'estans armés que de leurs espées, et très gais, et très resoluz, et tout ce qui estoit autour du carrosse
APPENDICE N<> i. 484
de Tambassadeur d'Espagne, estant fort estonnës avec tous leurs mousquetons et toutes leurs armes à feu ; enfin l'ambassadeur de France, ennuyé de la longueur de ce procédé, dict à M** des Estats qui estoient là qu'il falloit que l'ambassadeur d'Espagne prist parti, et que jusques icy, par le respect qu'il leur avoit porté, il avoit empesché la Tiolence, mais qu'il falloit que la chose finist. Sur cela le S^ de Beyeming dist qu'il fallait trouver quelque trou pour &ire passer l'ambassadeur d'Espagne ; que de la façon que l'ambassadeur de France parloit, il y avoit apparence qu'il ne se relascheroit pas et proposa de faire une ouverture à la barrière, par où l'ambassadeur d'Espagne entreroit dans l'allée et sortiroit par un autre passage, ce qui fut exécuté, l'ambassadeur de France ayant dit qu'il ne luy importoit par où il se retirast, pourveu qu'il luy cedast le chemin qu'il luy avoit voulu contester.
Âinsy se termina ce différend que l'on a esté bien aise de particulariser, affîn qu'il n'y soit rien adjousté ni diminué. L'ambassadeur d'Espagne s'estant retiré par derrière le Yiureberg à son logis avec quelque solitude et au trot^ et l'ambassadeur de France ayant faict encore un tour de Yoor-hout, se retira au petit pas accompagné de plus de mille personnes qui le suivirent jusques à son logis. Et il y avoit quelque justice et qudque fatalité que le mesme jour qu'on avoit receu le premier advb de la prise de Montmedy, l'Espagne receust encore cette mortification dans son injuste prétension .Et il estoit encore bien juste qu'en un lieu où les François ont si bien mérité de l'Estat par le long et fidel service qu'ilz lui ont rendu, le peuple se declarast comme il a faict en faveur de leur ambassadeur dans une occasion d'honneur comme celle-cy, quoique dans ce pays là, leur esprit fust encore combattu de violents soupçons de rupture à cause
482 TOYÂGB A PARI8.
des deroten placarda qui deffisiidoieDt le commeroe de France.
La Baye» ce M aonit mi.
Depuis ma précédente, il ne s'est rien passé
que de civil entre nous l'ayant (l'ambassadeur d'Espagne) rencontré deux fois par les rues et ses gens ayant salué les miens, le salut leur a esté rendu, et les maistres en ont usé de mesme. Et comme il a sçu que mes cochers aycient ordre par les rues et chemins de prendre toujours à droicte, il a je pense donné le roesme ordre et ainsy il ne me rencontrera jamais, et j*ay atissi sceu qu'il avoit renvoyé au plustot des officiers de sa garnison de Gand qui Testoient venu trouver sur la nouvelle du différend^ lequel je pense n'ira pas plus avant. Mais neantmoins je ne laiss«*aypas d'estre toujours sur mes gardes afin que rien ne puisse corrompre le finiict de nostre advantage.
Dépêche de M. de T/iou au Cardinal {extraU).
De ta Uaye^ œ at sont US3.
Je sers icy le résident de Suéde autant que je puis, pour ce que c'est un honeste homme et qui a beaucoup d'affection pour la France, et dans ce différend dernier avec l'ambassadeur d'Espagne on ne scauroit dire quelle chaleurtouts ses domestiques ont tesmoignéeetavec quelle diligence ils se rangèrent autour de mon carrosse. Et sur ce subjetje suis obligé dédire à Vostre Eminence que ce qu'on a manqué à mettre dans la relation qui a esté envoyée est que le dict ambassadeur s'en retourna en son
APPENDICE N* A. 4êS
lo^s au grand trot; et passant parle marche, ses gens distribuèrent des chelins aux enfants à condition de crier : Vive l'ambassadeur d'Espagne et la maison d'Orange ! De quoy Messieurs les Estats et les serviteurs et les amis de cette maison sont demeurez piquez et offensez ; et pour moy, je m'en revins au petit pas et puis asseurer Vostre Eminence n'avoir faict aucune despense ny pour m'accompagner nypour faire crier; et si je retoumay au logis avec grande suite et grand bruit; et quoy que depuis j'aye esté adverti de plusieurs endroits qu'il avoit envoyé quérir des soldats à Gand dont il est gouverneur et qu'il avoit fait provision de pistolets et de mousquetons pour armer tous ses gens^ j*ay dit à ceux qui me donnoient cet avis que je n'en croyois rien, mais que si cela estoit, c'est une marque qu'ils avoient grande peur, et que je ne les en pouvois pas guérir ; mais que j'estois si asseuré que l'on n'oseroit rien entreprendre contre moy dans la place que j'avois l'honneur de tenir, d'ambassadeur de Sa Majesté, que j'irois avec ma suite ordinaire, et que ceux qui m'accompagneroient ne seroient armés que de leurs espées, et que ma personne ne se devoit pas conserver par force mais par le respect que l'on devoit à la justice de la cause du Roy. Et de fait je fus hier iaire une visite chez une dame qui demeure à quatre maisons au dessus de celle du dit ambassadeur, et je le rencontrai dans la rue, quisortoit,et aussitost que son cocher apperceut le mien il prit Vautre costé delà rué, et ses gens commencèrent à saluer les miens qui leur rendirent le salut, et luy me salua aussy et je luy rendis sa civilité : et ainsi je pense que la chose en demeurera là, et qu'il ne cherchera plus la noise. L'on ra'avoit aussy donné avis qu'il avoit faict plainte à Messieurs les Estats de ce que les officiers françois qui estoient à leur service et à leur serment s'estoient rangez auprès de mon carrosse et
ainsy déclarez et pris parly, ce qui ne se devoit pas; mais il a nié la chose jusques à donner un dementy à quiconque diroit cela : ce qui a eslé cause que j*aj creu ne la debvoîr pas relever. Et ce qui en est, c'est que véritablement il n*a pas présenté de mémoire là dessus, ny parlé à Taudience mais je pense quil en parla au Pensionnaire auprès du* quel il n*a pas trouvé son compte. Il desadvoue ce dessein et à dire le vray à Vostre Eminence nous ne pouvons pas avoir icy une personne qui soit moins dangereuse et c'est pourquoy je souhaitte qu'il demeure.
Dépêche du Cardinal à M. de Thou,
De Péroime, le 2 septembre 1657.
L'on m'a escrit de Bruscelles que Gamarra avoit chanté victoire de la rencontre qu'il avoit eue avec l'ambassadeur de France, contant la chose tout différemment de ce qui estoit arrivé ; et marque entre autres choses que non seulement il avoit eu advantage dans l'aflaire mais que Dieu avoit permis que cela arrivast pour faire voir la haine que tout ce peuple a contre les François; mais comme ce n'est pas d'aujourd'huy qu'il commence à mentir, et qu'il n'y a pas apparence qu'il veuille estre plus véritable dans Temploy des ambassades qu'il a esté dans ceux de la guerre, je ne suis nullement surpris de ses suppositions.
Je croy seulement d'estre obligé de vous dire en cette rencontre que Messieurs les Estats n'ont pas raison de ne se point vouloir déclarer pour la prééminence de cette Couronne sur celle d'Espagne, veu que dans la Cour de Rome qui a tousjours servy d'exemple aux autres, à 'Venise et en Savoye, les ambassadeurs du Koy jouissent en tout et par-
APPENDICE No 5. 485
tout de cette prérogative lacpielle ne leur pourroit estre disputée sans que le Pape, la Republique et le Duc leur dpnnassent toute assistance.
F4Xtrait iTune dépêche de M. de Thou à M» le comte
de Brienne»
De la Haye, le 2 octobre 1657,
Pour faire voir en moindre chose à M' l'ambassadeur d'Espagne que nostre préséance n'est pas doubteuse, mais bien establie, la bande des comédiens francoii qui jouent Fhyver à Bruscelles, ayant eu permission icy de jouer et un théâtre se préparant pour ce subjetj'ay fait marquer ma loge proche de celle delà reine de Bohême, qui est à main droitte, vis à vis de laquelle sera celle de madame la Princesse Royale, auprès de laquelle M' l'ambassadeur d'Espagne pourra prendre la sienne, si bon luy semble, et aura la quatrième loge : et ainsi les petits enfants seront sçavants comme partout nous sommes en possession de la main droitte, et que nous la sçavons prendre et maintenir.
Note sur les fonctîotis du Cardùiaî^Protecleur a Rome,
La France et quelques autres États catholiques étaient autrefois dans l'usage de confier la suite de leurs affaires
m YOTAOE A PARIS.
ecclésiastinue» à un cardinal résidant à Rome. Ces attributions n'avaient rien de commun avec les fonctions diplomatiques ; mais il arrivait parfois que lorsque Tambassadeur de France était cardinal, il était en même temps protecteur pour les affaires ecclésiastiques du royaume. Le cardinal de Bemis, par exemple, réunissait les deux fonctions.
Le cardinal-protecteur présentait au consistoire les évêques nommés par le roi, il sollicitait leur institution et il suivait auprès de la daterie l'expédition de leurs bulles. Il soumettait aussi au consistoirctoutes les affaires relaûves aux ordres monastiques et il coopérait à la rédaction des nouveaux statuts et règlements religieux. Le cardinal-pro^ tecteuréxajt considéré en quelque sorte comme le défenseur naturel des libertés et des privilèges du royaiune.
Les émoluments de ces fonctions s'élevaient environ à ^3^000 francs; ils étaient le produit d'un droit appelé propines^ qui se percevait sur l'expédition des bulles.
Quant à la nomination du cardinal^protecteur pour la France, elle avait lieu directement par le gouvernement du roi.
1 octobre 1657.
Le soubz signé ambassadeur de France se treuve obligé par un ordre du Roy son maistre porté par sa lettre en date de ^7* septembre, de Metz, de présenter une plainte à Leurs Seigneuries contreM' Bored, leur ambassadeur, lequel au
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préjudice de ce qui a tousjours esté pratiqué par les ambassadeurs qui Tout précédé^ et de ce qui est accoustumé et permis, faict prescher journellement dans son logis en langue françoise, et y fait célébrer des mariages avec un concours de peuple si grand et si aQecté que cela a pensé causer plus d'une fois Fesmotion du menu peuple dont on peut juger quelles peuvent estreles suittes et conséquences. Et quoiqu'il ayt esté cy devant adverty par Monsieur le comte de Brienne, et depuis peu de la part de Monsieur le chancellier, que telle chose se faisoit de sa part au préjudice et mespris de Tauthorité du Roy, il s*est néanmoins déclaré qu'il continueroit, ce qui a obligé Sa Majesté d'envoyer ses ordres au soubz signé ambassadeur pour en faire la plainte à Leurs Seigneuries, et leur faire instance d'envoyer des ordres précis à leur ambasssadeur de remetti^e les choses dans l'ancien ordre, en faisant prescher, et les prières en sa langue, et d'user de la retenue et du respect que les ambassadeurs des souverains ont accoustumé de. rendre à la dignité deTEstat dans lequel ils font leur résidence. Et comme Leurs Seigneuries voyent la ponctualité avec laquelle Sa Majesté a faict exécuter les choses qui ont esté convenues et promises et que ses ministres n'oublient rien de leur part pour y satisfaire, Elle se promet aussy, que non seulement en cette occasion, mais en toutes choses qu'Elle désirera d'eux avec justice et avec raison, il s'efforceront deluy donner le contentement et la satisfaction qui puisse produire le parfaict restablissement de l'ancienne amitié et correspondance qui sera si utile et si advantageuse à la France, et à cet estât. Faict à la Haye, ce 7® octobre lôSy.
Signé :