‹ Journal d'un voyage à Temboctou et à Jenné, dans l'Afrique Centrale, précédé d'observations faites chez les Maures Braknas, les Nalous et d'autres peuples; pendant les années 1824, 1825, 1826, 1827, 1828: (volume 3)Chapitre 20 sur 51 · DE LA NOMENCLATURE · texte numérisé non relu

DE LA NOMENCLATURE

Je ne présenterai pas ici au lecteur la liste générale des noms des villes et villages , ou des peuples , états et lieux divers visités par M. Gaillié pendant le cours de son voyage; ce travail ferait presque double

emploi, sbît avec îa liste de rîfÎQéraire détaillé qui est dans ce volume*, soit avec le journal même du voyage , et j'invite le lecteur à consulter à cet égard les deux sources dont il s'agit. Mon but est seulement ici de faire quelques remarques sur la manière de retracer ces noms, et sur d'autres points relatifs au même sujet. La nomenclature a d'autant plus d'importance pour la rédaction des cartes de l'Afrique, que les voyageurs peu attentifs recueillent souvent des noms génériques pour des appellations propres, et vice versâ ; ou ils orthographient les mêmes noms de plusieurs manières difPérentes , ou bien , en écrivant des noms difPérens , ils font disparaître les nuances légères qui les distinguent. De là, multiplication vicieuse, sur les cartes, de lieux sans existence , et , à l'inverse, suppression des lieux existans.La difficulté est très-grande, et quelquefois inextricable pour les pays nouvellement parcourus et dont la langue est ignorée. J'ai dû ici me borner le plus souvent à recueillir de la bouche dij voyageur les noms tels qu'il les avait dans la mémoire , et à les comparer devant lui avec son journal.

Entre autres termes génériques, regardés comme propres, j'en signalerai deux sur -tout , à cause de la confusion qu'ils ont amenée ; cette confusion répand les plus grands nuages sur des questions géographiques

(j) Voyez chapitre III de cet écrit.

Eï RECHERCHES GÉOGRAPHIQUES. 2/17

très -importantes , savoir, la position d'une grande chaîne de montagnes au S. du huitième degré , et l'issue encore cherchée du grand fleuve centrai. Kong est le nom donné, sur -tout depuis Mungo-Park, à une grande chaîne de montagnes transversales qu'il dit avoir vues à sa droite et au loin, en allant de la Gambie au Dhiolibâ. Or, il se trouve que Kong est un mot générique , d'après ce que les indigènes ont dit à M. Gaillié : il signifie en mandingue montagne; ainsi la chaîne ou montagne en question est loin d'être la seule de ce nom. Je remarque que le voyageur anglais, dans son vocabulaire mandingue , explique le mot Koung par tête ; de là peut-être le sens de Kong : et lui-même traduit Konko par colline

.Quand les voyageurs anglais en dernier lieu ont eu connaissance d'une rivière appelée Couara, à l'O. de Saccatou , et de la rivière qui est près de Funda , on s'est souvenu que ce nom est porté aussi par le haut Dhiolibâ , et l'on a aussitôt rapproché et identifié ces trois courans ; mais il se trouve que Coaara est un terme générique , signifiant rivière. Les habitans à qui l'on a demandé , aux trois endroits differens , quelle était cette rivière , ont répondu assez naturellement par le mot rivière, faute de bien comprendre ce qu'on voulait savoir. Déjà la même confusion avait eu lieu

(]) Vo)ez chapitre II ci-dessous, page 290,

s/lS duo.ii REMARQUES '

cent fois, à i'Dccasion des mots bâ, hahr et ïiîl, signifiant aussi rivière, eau courante , grande eaa. 11 existe, sur la route de Timéà Djenné, un village du nom de Couara, et auprès, une rivière d'une médiocre largeur, appelée Coraba (ou Couara-bâ, selon moi^). Il est facile de voir , par la configuration du pays , que c'est un affluent du Dhiolibâ : c'est aussi ce qui a été rapporté à M. Cailiié. Voilà donc encore une rivière du même nom, ou plutôt c'est encore une dénomination générale qui confirme la valeur du mot Couara, déjà remarquée par les voyageurs, ad 'Ju\i u^n^mmi

11 m'a été facile de reconnaître que par -tout le son du klia arabe , ^ , est usité , même dans les pays où la langue arabe et f islamisme ne sont pas en vigueur : le voyageur favait exprimé par un hiatus ; je l'ai écrit par /f/t , selon T'usage le plus général. Le son légèi^e ment grasseyé ^ est aussi usité dans plusieurs contrées centrales. On remarque , comme dans la Sénégambie, un son mouillé , qui peut se rendre par cjlii ou par dlii. Le nom de la ville de Jenné a été écrit Djenné y parce que les Arabes écrivent aujourd'hui ou ; mais M. Cailhé a remarqué que les indigènes prononçaient dhi : je suis donc porté à préférer Dhienné^, ^ ^

M. Gaillié n'a pas eu connaissance de file de Jin-

(]) Couara -bâ, c'est-à-dire, Pdvière-Uivière , cest ainsi que les Africains appellent le Nil Ba-ha.

(a) Voyez ci-après § V.

ET IIEGUEHCHES GEOGRAPHIQUES. 2 ll^^

baki, figurée sur la carte de M, Parle : mais ce nom ne lui est pas resté tout- à -fait étranger; il signale une peuplade des Jinbalas , dans le nord de Tem-

Je conserve des doutes sur plusieurs noms de lieux, et ces doutes, le temps seul peut les éclaircir : il m'a paru préférable de conserver ces noms sans altération. J'ai ôté seulement, mais en consultant notre voyageur, les lettres inutiles à la prononciation, ou qui pouvaient causer de féquivoque. Des noms de lieux tels que BraMMma auraient sans doute besoin de rectification; on trouve dans quelques voyages le nom d'Ahrakima ou îbrahima, etc.

J'ai suppprimé l'usage de la îettre (j et presque toujours celle du k, excepté devant e, i, en me bornant à remploi du c. Les deux ss expriment seulement le son de notre S initiale. Enfin j'ai écrit sur les cartes, par ou, Vw et foo des Anglais, dont M. Gaillié avait pris f habitude à Sierra -Léone ; les mots ont été assujettis généralement, dans le texte, au?L mêmes règles de transcriptionrxiri)! o-« ■tmWt.^'î hévM:.

Sur la route du Tafilet, on remarque les noms tels que Tamaroc et M-dayara, etc. , à cause de femploi des lettres initiales t, m, qui rappelient le voisinage des Berbers. Le puits de Trasas ou Trazah doit peutêtre se prononcer T-gliazah ou T-ghazzali; dans ce cas il correspondrait au Tégasa ou Tegazza de Léon

l'Africain*, Mais dans plusieurs mots commençant par /, comme L-Eksebi, L-Guédéa, L-Eyarac, L-Guim, etc., l'article arabe al me paraît joint au nom par contraction , comme cela se remarque dans la prononciation vulgaire, dans toute l'Afrique septentrionale. Les mots commençant par la lettre n doivent peutêtre se prononcer ain, mot qui veut dire source ou fontaine. Je le conjecture par la présence des puits qu'on y trouve et par l'exemple d'Ain-Salah, lieu de foasis de Touât, nom que plusieurs écrivent Ensalah ou Nsalah , en un seul mot. Il est difficile aux Européens de prononcer la gutturale ^ , et ils la remplacent souvent par un hiatus , comme aussi le ^ et le ^. Je présume donc que les noms Nzéland, Nyéla, etc. , sont pour Ain-Zéland, Ain-Yéia; mais cette conjecture pourrait être détruite par l'orthographe du nom de Hanâlak ( ou Hen-Alak ) GdJUb , lieu situé sur la route du pays de Gaîam à Maroc.

A cette occasion, je donnerai ici l'orthographe arabe de plusieurs noms de lieux appartenant à fespace compris entre Saint-Louis, Temboctou et le Maroc; je les dois à l'obligeance de M. le baron Roger, ancien gouverneur du Sénégal, qui vient d'ajouter, par

(i) « Ce lieu, dit Léon, est une mine très-abondante de sel , plus blanc que le marbre, à environ vingt jours de tout lieu habité, n ayant {jue des puits d'eau très-salée; «l'auteur n'en donne pas la position. Voy. Descr. AJr'icœ , 1, vi, p. Tigiir. i 55g,

d'i ni portail te S publications, aux ti Ire s qu'il s'était acquis depuis Jong- temps à l'estime générale par les améliorations de toute nature introduites dans ce pays.

OÎiill* LISTE DE PLUSIEURS NOMS DE LIEUX DE l'aFRIQUEi , itOl

m^q u . septentrionale.. ^ , .Oil^'cOj

lio OTO);-' -n'h ^ï}'r^.'n}p ioiii -!>, -^i.-;

Ouâd-Noun. .......... ... j^ig

'ii? • • • 'hpmx^^'ti: en — / jiôjjj.

Marâkch, ou Maroc . .-^^^p. ^. \ 8iç*j;D'i

El-Rebât, ou Arbate. .gai iiJL^o JpUj^][ * Fês , ou Fez . i-^?î^i2 ^ (jvl 3

Kalam , ou Galam. ...... . — -L i

Tàkânt, ou Tajacantes " . , . j*^^^— >'

El-Zâouât ,

Oualâta , ou Walet <^Xi

O^iâdân, ou Hoden

Hanâlak (A-Ji—k—m

El-A'rousyoun , ou el-Ross. (j^a a«j^J|

Tychyt o-js-^-^-J

Oualâta, ou Oualyâta". . , .

(1) Ce mot a été corrompu, je crois, par les Européens, attendu que le mot Koiint, le même peut-être que Kânt, est vraiment le nom d'une tribu du Sahara, d'après l'Itinéraire de M. Caillié.

(2) Peut-êlre un autre lieu que Walet, comme je lai conjecturé plus haut.

pool q. 4 ràpi^a J^f^ye'if. 9!,» .fis en : pmi'^i^i^^^^làQmh^/i lymboctou^ oJv a^'

ÏOuât . . ^ Qlft ...J

" On trouvera dans la relation quantité de noms de tribus maures et de peuplades diverses dont les noms sont écrits avec une orthographe incertaine. Il faudrait un travail très-étendu, et des secours qui manqueront encore iong-temps, pour écrire ces noms plus correctement : je me 3uis borné, comme je l'ai dit plus haut , à faire disparaître, des noms écrits dans le journal, les lettres inutiles, et celles qui rendaient mal le son dont notre voyageur a gardé la mémoire.

Ce serait un travail utile pour la science que d'examiner avec soin les noms gravés sur les cartes de l'Afrique septentrionale, sans en excepter les récentes, et de signaler les doubles emplois et les noms vicieux,

(i) Je ner crois pas que ce nom renferme uû ZS à^nh ûne bonne transcription. On peut s'en tenir, en attendant, à Torthographe ^^j^SC^f^' Temhoçtoii, et ce mot est peut-être composé du mot herbier te ou /a, comme Tâ-maroc, Tâ-lmnt, Ta-rehia, T-rarzas , T-razah, etc., et de m-hoclon, mot de la forme de M-dayara. Je sais que Ben-Batouta écrit Teiihoctoà, fyjCv,Jv.J' Le doute ne peut guère rester que sur l'emploi de l'/n ou de l'/i. Voy. the Travels of Ihii Batouta, trad. angl. par M. Lee, Lond. 1 829 , p. 207.

qui sont de véritables taches dans des ouvrages trèsestimables d'ailleurs; niais ce travail serait trop long, même pour les pays qui rentrent dans mon sujet. La nomenclature a plus d'importance que les constructeurs de cartes ne lui en donnent communément, et je la regarde même comme une des parties fondamentales de la géographie : il est des cartes qui mériteraient de devenir classiques , si cette partie répondait à la précision et au mérite des autres. Quant aux différentes manières d'orthographier les noms, il faudrait deux choses qui nous manquent pour les fixer parfaitement : les noms écrits de la main des indigènes, et la prononciation recueillie avec un soin attentif ^ , ^

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