‹ Journal d'un voyage à Temboctou et à Jenné, dans l'Afrique Centrale, précédé d'observations faites chez les Maures Braknas, les Nalous et d'autres peuples; pendant les années 1824, 1825, 1826, 1827, 1828 (volume 4)Chapitre 17 sur 56 · TROISIEME PARTIE DD VOYAGE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE DD VOYAGE

La marclie de M. Gaillié dans le grand désert a également été évaluée à deux milles par heure, du moins jusqu’au Tafilet, et par Jes motifs expliqués dans le commencement; le principal intérêt que présente cette partie de la route consiste dans la connaissance exacte des puits et des stations qu’on rencontre au milieu de cet océan de sable. La science est redevable à M. Gaillié de notions exactes et nombreuses sur ces vastes solitudes , que les voyageurs n’envisagent qu’avec effroi. Ainsi, nous ne connaissions le lieu nommé el-A’raouân que par les puits qu’on y rencontre ; c’est un lieu où les caravanes remplissent ordinairement leurs outres : mais le voyageur nous apprend encore que c’est une ville importante; en la voyant ainsi entourée par les déserts, de toute part, on est moins surpris de la situation de Temboctou au milieu des sables.

Les puits de Télig sont remarquables par le voisi-

(i) Voyez art. 3, paçje 217.

remarques

nage des montagnes de granit et par celui de Toudeyni, qui , dans toutes les cartes, est porté bien plus à rO. de la ligne qui joint Temboctou et le Tafilet. La description de M. Gaillié ne permet pas de croire qu’il soit question d’un autre lieu du même nom , puisque l’on sait que ce lieu est un grand entrepôt de sel. Je passe sous silençe les immenses bancs de sables mobiles , et les rares accidens du sol qui varient à peine ce long espace de chemin , dont les puits seuls interrompent *la triste uniformité. Au-delà des puits de May ara paraissent les derniers ranaeaux de la chaîne du mont Atlas. Le granit se montre d’abord en fragmens, en monticules, puis en hautes collines et en montagnes escarpées. Au-delà d’el-Harib, à douze journées, on arrive au pays de Tafilet. Ici lé rapport de M. Gaillié s’éloigne des idées reçues. i.° Il n’a pas entendu parler d’une ville de Tafilet; c’est seulement, dit-il, un nom de pays. Il est possible toutefois qu’une ville y ait existé jadis , et quelle ait disparu comme tant d’autres villes de f Afrique centrale. Je remarque dans le voyage d’Ebn-Hassan, de Fez à Tafilet, cité dans les Recherehes sur VAfiricjue septentrionale'^^ etc., qu’il n’est question que du territoire et non de la ville de Tafilet; ce qui .viendrait à f appui du rapport de M. Gaillié. 2.° Ge pays est beaucoup plus près du

(1) Voyez pages 467 et 464.

méridien de Fez que sur toutes les cartes ^ S.'’ Il est plus au nord^. C’est la position de Ghourland que M. Caillié nous fait connaître , dans ce territoire , comme la principale ; auprès est un lieu du nom d’Afilé, et un autre du nom de Boheim^, ainsi que Ressaut, résidence d’un gouverneur pour l’empereur de Maroc. M. Caillié cite encore une position inconnue sur les cartes; c’est une grande ville qu’il nomme Rauguerute ou Rogrut, au S. S. E. de Maroc.

La relation présente peu de détails sur la traversée du mont Atlas; il ne faut pas être surpris qu’à la suite de tant de fatigues et de périls, à la fin d’un si long voyage, l’explorateur fût impatient d’arriver. Cependant je remarque , de ce côté, le cours d’une petite rivière ou d’un ruisseau appelé le Guigo, qui coule depuis Soforo ( ou même de plus loin ) , vers

(1) Voyez pages 467 et 464. Dans ia carte à l’appui de son ouvrage, M. Walckenaer place Tafilet à 5° environ à l’orient de Maroc; mais M. Lapie, dans la carte du Voyage de M. Cochelet, ne l’éloigne que de 3® y C’est aussi la différence en longitude qui résulte du tracé que j’ai fait de la marche de M. Caillié, les positions de Maroc et de Fez étant d’ailleurs connues exactement Au reste , toute la partie orientale de l’empire de Maroc présente des incertitudes et des difficultés qui font sentir le besoin de nouvelles observations.

(2) Le trop grand éloignement du Tafilet par rapport à Fez ne serait-il pas l’effet de l’habitude dont j’ai parlé, qui exagère toujours les distances itinéraires ?

(3) Ne serait-ce pas le mot heheim, qui signifie en arabe hestiaiia'> pris pour un nom de lieu*'

R EMARQUE S

M-Dayara et peut-être jusqu’au Tafilet. En examinant avec soin la marche du voyageur, on reconnaît qu’il a vu le Guigo, ou qu’il en a eu connaissance, d’abord entre Rahaba et L-Eyarac, ensuite à Tamaroc , à Kars , et qu’il l’a traversé à L-Eksebi ; que la rivière fertilise les environs de N-Zéland, L-Guim, Guigo et Soforo. 11 n’est pas certain cependant que ce soit partout le même ruisseau; mais la parité de nom entre le ruisseau de L-Eyarac et Tamaroc et celui du village de Guigo, doit le faire présumer comme très -probable. Les moulins à eau qu’a vus le voyageur à Soforo , annoncent encore la présence de la même rivière. Ainsi, la partie de son cours dont on a connaissance serait de cinquante lieues au moins, et peut-être de beaucoup plus. J’ignore si elle passe à el-Fez, où l’on voit au reste plusieurs ruisseaux différens.

La traversée du Sahara n’a pas été non plus toiuà-fait stérile pour la connaissance des oasis ou des stations qu’il renferme. On a rapporté à notre voyageur les intervalles de ces lieux aux divers points de sa route; il en résulte des distances très - dilFérentes de celles qu’on a admises : mais existe-t-il sur ces positions deux témoignages concordans ? Chaque caravane , chaque tribu évalue diversement les intervalles ; si aux méprises de bonne foi que peuvent commettre les Maures et les indigènes, on ajoute les erreurs inté-

ressées , quelle source d’incertitudes! Ainsi, tout en fixant sur la carte générale les points de Tychyt , d’Oualet, d’Ouadan ou Hoden, d’Ouâd-Noun, etc., d’après les indications de M. Gaillié, combinées avec d’autres documens, je les regarde comme très-incertains. Selon notre voyageur, Oualet est à dix journées à rO. d’el-A’raouân , quinze journées N. de Ségo, et dix-huit jours d’Ouadan: ce point tombe vers dix-neuf degrés de latitude et neuf degrés quarante minutes de longitude O. de Paris ; les trois lignes se rencontrent presque au même point. Mais s’il satisfait aux trois données ci-dessus, il s’éloigne de ce qui a été admis jusqu’à présent sur la position d’Oualet, soit d’après Mungo-Park, soit d’après les rapports des naturels. Peut-être est- ce un autre lieu du nom d’Oualet , différent de celui que Park avait en vue. Serait-ce le Giialata de Léon l’Africain ? mais sa description ne s’y rapporte pas davantage k Dans ce cas , Gualata serait plus au midi qu’on ne le pense communément. Il est certain, au reste, que les géographes ne peuvent confondre le Waiet de Mungo-Park avec le lieu de Gualata.

Quoique M. Gaillié n’ait pas parlé d’Agably , que l’on croit le chef-lieu de foasis des Touât , j’ai été

(i) A environ 3oo milles vers le S. de Nun, 5oo de Tumbutau N. et à loo de l’Océan ; il est évident qu’aucun point ne peut satisfaire à ces conditions.

REMARQUES

forcé cependant de placer ce lieu sur la carte, parce que le voyageur donne une position de Touât beaucoup plus rapprochée de la route de Temboctou au Talilet. Il n’est pas surprenant que plusieurs lieux soient ainsi nommés, puisque le peuple errant de ce nom occupe une très-grande partie du grand désert , depuis le S. de Maroc jusqu’au-delà d’Agably. De plus, la position du lieu, qui n’aurait pu entrer dans le cadre de la carte, si l’on s’en tenait aux seuls rapports des Arabes dont les géographes ont tiré parti , vient au contraire y prendre sa place d’après l’observation astronomique du major Laing, qui la porte beaucoup à l’ouest. C’est pour la première fois que cette observation est publiée; je la dois à mon savant ami M. le capitaine Sabine ; lui-même était lié d’une affection intime avec l’infortuné voyageur, qui la lui transmit après une première attaque essuyée au sortir de cette oasis. Ce n’est pas à Agably même que le major Laing a observé , mais à Ain-Salah : ce lieu , qui dépend du même canton , est à deux journées de là ; il est cité dans tous les itinéraires de Tripoli au Soudan occidental. Suivant le major, sa position est zéro degrés vingt -neuf minutes à l’occident de Paris, et vingt-sept degrés onze minutes trente secondes latitude N. Malgré la différence de ce résultat avec ce qui existe sur toutes les cartes , j’ai cru pouvoir le consigner sur la carte générale du voyage.

Les autres lieux du Sahara , tels que Akka, Tatta, el-Kabla*, faute de nouvelles données, ont été placés d’après celles qui ont servi à la carte de M. Walckenaer, ou à celles de MM. Lapie, Brué, Berqhaus , etc., combinées entre elles. Quant aux noms des tribus et peuplades , j’ai tâché de les placer le plus exactement que j’ai pu, et il a fallu m’écarter des indications de plusieurs cartes récentes, d’ailleurs trèsestimables.

A droite de sa route, et en face d’el- A’raouân , M. Caillié a eu connaissance d’une position importante , celle de Sala , mais d’une manière trop incertaine pour la comparer avec les descriptions des Arabes.

Je finirai cet examen de la troisième partie du voyage, par la liste générale des puits et stations du désert sur la ligne de Temboctou à Fez, ligne qui paraît être la plus "a,vantageuse et la plus courte, puisqu’elle est la plus fréquentée. Le rapprochement de tous ces noms en un seul tableau m’a paru pouvoir être de quelque utilité. Toutefois on remarquera que Toudeyni ne figure pas sur cette liste : ce lieu serait-il aujourd’hui sans eau potable, et Téiig aurait il succédé à Toudeyni, comme un lieu plus commode pour servir de station aux caravanes ? -C’est un doute que je soumets au lecteur.

(i) Peut-être el-Qebly JÎ mal prononcé; ce mot, signifiant qui est au midi, devrait peut-être disparaître des cartes.

REMARQUES

NOAIS

DES LIEUX

puits et stations.

HEURES

de

marche.

JOUR-

NÉES

PROFONDEUR

DES PUITS

et qualité de l’eau.

De Temboetou à El-

60 pieds de profondeur;

A’rouan.

— Mourat

eau saumâtre , malsaine, abondante. Station.

1 pied; eau saumâtre.

— Télig (2)

3 à 4 pieds ; eau saumâtre

1 — Cramès

et abondante.

Puits quelquefois à sec.

1 — TrazasouTghazah

7 à 8 pieds; eau très-salée

— Amoul-Gragim. .

et mauvaise.

7 à 8 pieds ; eau bour-

— - Amoul-Taf

bêuse, salée, mais moins mauvaise.

4 pieds; eau douce, mais

-L-Ekseif

peu abondante.

Eau excellente.

— Marabouty

Petite profondeur

— L-Guédca

Assez bonne eau.

— May ara

4 à 5 pieds; eau très -salée

1 — Sibieia

et mauvaise.

7 à 8 pieds; eau claire et

(1) Pour les carav

ânes moy{

înnemen

délicieuse.

t chargées, voyez ci -après

page 242.

(2) Toudeyni est à une journée.

(3) 11 y a lieu de croire (jue la caravane s’est arrêtée plusieurs fois

pendant des marches de plus de douze heures,

ET RECHERCHES GEOGRAPHIQUES. 2l5

NOMS

DES LIEUX

puits et stations.

HEURES

de

marche.

JOUR-

NÉES

PROFONDEUR

DES PUITS

et qualité de beau.

- El-Harib

Station.

— El-Hamid

20 à 25 pieds; eau bonne

— Mimcina ......

à boire.

Grande ville du Drah.

— Yéuegucdel. . . .

3 pieds ; eau bonne et

— Fara tissa

abondante.

2 pieds 7; eau très-bonne.

— Boliaraya

12 pieds; eau très -douce

— Goud-Zenaga. . ,

et excellente.

— Zenatyia (i) . . . .

20 à 24 pieds; eau assez

- — Chanérou

bonne et abondante.

Puits fréquenté par les

— Nyéla ou Ain-Yéla

Berbers.

On y puise avec la main ;

— Gliourland

eau abondante et bonne.

Station; chef- lieu du Ta-

— Boheim (2) . . . .

filet.

Afilé

— Tannéyara

Village sans eau.

— Marca

Puits profond; jardin.

— M-Dayara

Ville.

f 1 ) El-Yabo , ville berbère à un jour

de là au N. 0.

(2) Aûlé est aupr

ès de ce lieu.

REMARQUES

NOMS

DES LIEUX

puits et stations.

HEURES

de

marche.

JOUR-

NÉES

PROFONDEUR

DES PUITS

et qualité de l’eau.

~ Rahaba

Gros village.

— L-Eyarac

Hameau.

— Tamaroc

Village sur le bord du Guigo.

— Kars .... *

Village.

— N-Zéland ou Ain-

Zéland.

Hameau

— L-Eksebi

Gros village.

— L-Guim

lO

Petit village.

— Guigo

lO.

Village berber.

— Soforo

Belle ville.

— Fez

Ancienne capitale du Maroc.

ET RECHERCHES GEOGRAPHIQUES. ‘i 1 y

REMARQUES SUR LA CARTE GENERALE DU VOYAGE, ET LES ÉlÉMENS

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