DE LA NOMENCLATURE
Je ne présenterai pas ici au lecteur la liste générale des noms des villes et villages , ou des peuples , états et dieux divers visités par M. Gaiilié pendant le cours de son voyage; ce travail ferait presque double
R E MARQUE S
emploi, soit avec la liste de Titinéraire détaillé qui est dans ce volume*, soit avec le journal même du voyage, et j’invite le lecteur à consulter à cet égard les deux sources dont il s’agit. Mon but est seulement ici de faire quelques remarques sur la manière de retracerc.es noms, et sur d’autres points relatifs au même sujet. La nomenclature a d’autant plus d’importance pour la rédaction des cartes de l’Afrique, que les voyageurs peu attentifs recueillent souvent des noms génériques pour des appellations propres, et vice versâ; ou ils orthographient les mêmes noms de plusieurs manières difPérentes , ou bien , en écrivant des noms difPérens , ils font disparaître les nuances légères qui les distinguent. De là, multiplication vicieuse, sur les cartes, de lieux sans existence , et , à l’inverse , suppression des lieux existans.La difficulté est très-grande, et quelquefois inextricable pour les pays nouvellement parcourus et dont la langue est ignorée. J’ai dû ici me borner le plus souvent à recueillir de la bouche du voyageur les noms tels qu’il les avait dans la mémoire , et à les comparer devant lui avec son journal.
Entre autres termes génériques, regardés comme propres, j’en signalerai deux sur -tout , à cause de la confusion qu’ils ont amenée ; cette confusion répand les plus grands nuages sur des questions géographiques
[i] Voyrz chiipiti’c fil dr col ccril
ET RECHERCHES GEOGRAPHIQUES. ‘l kj
très -importantes , savoir, la position d’une grande chaîne de montagnes au S. du huitième degré , et l’issue encore cherchée du grand fleuve central. Kong est le nom donné , sur - tout depuis Mungo - Park , à une grande chaîne de montagnes tiansversales qu’il dit avoir vues à sa droite et au loin, en allant de la Gambie au Dhiolibâ. Or, il se trouve que Kong est un mot générique , d’après ce que les indigènes ont dit à M. Gailliéiil signifie en mandingue montagne ; Simsi la chaîne ou montagne en question est loin d’être la seule de ce nom. Je remarque que le voyageur anglais, dans son vocabulaire mandingue , explique le mot Koiing par tête ; de là peut-être le sens de Kong : et lui-même traduit Konko par colline h
Quand les voyageurs anglais en dernier lieu ont eu connaissance d’une rivière appelée Conara, à l’O. de Saccatou , et de la rivière qui est près de Funda , on s’est souvenu que ce nom est porté aussi par le haut Dhiolibâ , et l'on a aussitôt rapproché et identifié ces trois courans ; mais il se trouve que Conara est un terme générique , signifiant rivière. Les habitans à qui l’on a demandé , aux trois endroits differens , quelle était cette rivière , ont répondu assez naturellement par le mot rivière , faute de bien comprendre ce qu’on voulait savoir. Déjà la même confusion avait eu lieu
(i) Voyez chapitre II ci-dessous, pape 290.
REMARQUES
cent fois, à l’occasion des mots bâ, bahr et ru7, signifiant aussi rivière , eau courante , grande eau. H existe, sur la route de Time à Djenné, un village du nom de CoiiarUy et auprès, une rivière d’une médiocre largeur, appelée Coraba (ou Couara-hây selon moi^ ). Il est facile de voir , par la configuration du pays , que c’est un affluent du Dhiolibâ : c’est aussi ce qui a été rapporté à M. Caillié. Voilà donc encore une rivière du même nom , ou plutôt c’est encore une dénomination générale qui confirme la valeur du mot Coiiara, déjà remarquée par les voyageurs.
il m’a été facile de reconnaître que par -tout le son du lîlia arabe , ^ , est usité , meme dans les pays où la
langue arabe et l’islamisme ne sont pas en vigueur : le voyageur l’avait exprimé par un hiatus ; je fai écrit par hh , selon f ’usage le plus général. Le son légère ment grasseyé ^ est aussi usité dans plusieurs contrées centrales. On remarque , comme dans la Sénégambie, un son mouillé , qui peut se rendre par ghi ou par dhi. Le nom de la ville de Jenné a été écrit Djenné y parce que les Arabes écrivent aujourd’hui ou ; mais M. Caillié a remarqué que les indigènes prononçaient dhi : je suis donc porté à préférer Dhienné\ M. Caillié n’a pas eu connaissance de file de Jin-
( 1 ) Couara - bâ , c’est - à - dire Africains appellent le Nil Ba-ha.
[•i] Voyez ci-après § V.
Uivière-liivière ;
c’est ainsi que les
ET KECHERCMES GEOGRAPHIQUES. 249
ijala, figurée sur la carte de M. Parle : mais ce nom ne lui est pas resté tout- à -fait étranger; il signale une peuplade des J inhalas , dans le nord de Temboctou.
Je conserve des doutes sur plusieurs noms de lieux, et ces doutes , le temps seul peut les éclaircir : il m’a paru préférable de conserver ces noms sans altération. J’ai ôté seulement, mais en consultant notre voyageur, les lettres inutiles à la prononciation, ou c[ui pouvaient causer de féquivoque. Des noms de lieux tels que Brahihima auraient sans doute besoin de rectification; on trouve dans quelques voyages le nom d' Ahrahima ou Ibrahima, etc.
J’ai suppprimé fusage de la lettre (f et presque toujours celle du fc, excepté devant c, i, en me bornant à remploi du c. Les deux ss expriment seulement le son de notre S initiale. Enfin j’ai écrit sur les cartes, par ou, ïiv et foo des Anglais, dont M. Caillié avait pris fhabitude à Sierra - Léone ; les mots ont été assujettis généralement, dans le texte, aux mêmes règles de transcription.
Sur la route du Tafilet, on remarque les noms tels que Tamaroc et M-dayara, etc., à cause de l’emploi des lettres initiales t, m, qui rappellent le voisinage des Berbers. Le puits de Trasas ou Trazah doit peutêtre se prononcer T-ghazah ou T-ghazzali; dans ce cas il correspondrait au Técjasa ou Teejazza de Léon
REMARQUES
l’Africain ^ Mais clans plusieurs mots commençant par /, comme L-Eksebi, L-Giiédéa, L-Eyarac, L-Guim, etc., l’article arabe al me paraît joint au nom par contraction , comme cela se remarque dans la prononciation vulgaire , dans toute l’Afrique septentrionale. Les mots commençant par la lettre n doivent peutêtre se prononcer ain, mot qui veut dire source ou fontaine. Je le conjecture par la présence des puits c|u’on y trouve et par l’exemple d’Ain-Salah, lieu de f oasis de Touât, nom que plusieurs écrivent Ensalali ou Nsalah , en un seul mot. Il est difficile aux Européens de prononcer la gutturale ^ , et ils la remplacent souvent par un biatus , comme aussi le et le Je présume donc que les noms Nzéland, Nyéla, etc., sont pour Ain-Zéland, Ain-Yéla; mais cette conjecture pourrait être détr uite par f orthographe du nom de Hanâlak ( ou Hen-Alak ) , lieu situé sur la route
du pays de Galam à Maroc.
A cette occasion, je donnerai ici l’orthographe arabe de plusieurs noms delieux appartenant à l’espace compris entre Saint-Louis, Temboctou et le Maroc; je les dois à l’obligeance de M. le baron Roger, ancien gouverneur du Sénégal, qui vient d’ajouter, par
(1) « Ce lieu, dit Léon, est une mine très-abondante de sel , plus blanc que le marbre, à environ vingt jours de tout lieu habité, n’ayant que des puits d eau très-salée; » l’auteur n’en donne pas la position Voy. Descr. Jfricœ J. Vf , p. 4 ^5, Tigur. i 559.
ET RECHERCHES GEOGRAPHIQUES. 26 ï
d'iroporiantes publications, aux titres qu’il s’était acquis depuis long- temps à l’estime générale par les améliorations de toute nature introduites dans ce pays.
LISTE DE PLUSIEURS NOMS DE LIEUX DE l’aFRIQUE SEPTENTRIONALE.
Ouâd-Noun ijj
Sous cTl? ^
Marâkch, ou Maroc ...... ^
£1-Rebât, ou Arbate
Fês, ou Fez $
Kalam, ou Galam . . , 1-
Tâkânt-, ou Tajacantes * . . . o — El-Zâouât cj f ^ i
Oualâta, ou Walet
Ouâclân, ou Hoden
Hanâlak . . .
El-A’rousyoun, ou el-Ross.
Tychyt
Oualâta, ou Oualyâta". . , .
ülSlj
C£l]l  îb
Ci)^ — c — ^ • • • •
(1) Ce mot a été corrompu, je crois, par les Européens, attendu que le mot Koiint, le même peut-être que Kânt, est vraiment le nom d’une tribu du Sahara , d’après l’Itinéraire de M. Caillié.
(2) Peul-êlrc un autre lieu ((ue Walet, comme je l’ai conjecturé plus haut.
2^2 REMARQUES
A’râouân
Bouzbéyah
El-Mabrouk
(Jcy.J\
Tymboctou *
Touât
On trouvera dans la relation quantité de noms
de tribus maures et de peuplades diverses dont les
noms sont écrits avec une orthographe incertaine. 11
faudrait un travail très-étendu, et des secours qui
manqueront encore iong-temps, pour écrire ces noms plus correctement : je me suis borné, comme je l’ai dit plus haut , à faire disparaître, des noms écrits dans le journal, les lettres inutiles, et celles qui rendaient mai le son dont notre voyageur a gardé la mémoire.
Ce serait un travail utile pour la science que d’examiner avec soin les noms gravés sur les cartes de l’Afrique septentrionale , sans en excepter les récentes, et de signaler les doubles emplois et les noms vicieux ,
(i) Je ne crois pas que ce nom renferme un (J je dans une bonne transcription. On peut s’en tenir , en attendant, à l’orthographe isJC Temhoctou, et ce mot est peut-être composé du mot berber te ou ia, comme Tâ-maroc, Tâ-kant, Ta-rehia, T-rarzas, T-razah, etc., et de m-hoctouj, mot de la forme de M-dayara. Je sais que Ben-Batouta écrit Tenhoctoâ, Le doute ne peut guère rester que sur l’em-
ploi de 1 'm ou de ïn. Voy. the Travch of Ihn Batonta , trad. angl. par M. Lee, Lond. 1829, p. 287.
qui sont de véritables taches dans des ouvrages trèsestimables d’ailleurs-, mais ce travail serait trop long, même pour les pays qui rentrent dans mon sujet. La nomenclature a plus d’importance que les constructeurs de cartes ne lui en donnent communément, et je la regarde même comme une des parties fondamentales de la géographie : il est des cartes qui mériteraient de devenir classiques , si cette partie répondait à la précision et au mérite des autres. Quant aux différentes manières d’orthographier les noms , il faudrait deux choses qui nous manquent pour les fixer parfaitement : les noms écrits de la main des indigènes, et la prononciation recueillie avec un soin attentifs